Extrait sonore sur la mort de Louis Aulagne

Légende :

Extrait du 33 tours « Eysses de la Résistance à la Déportation ».

Genre : Son

Type : Disque

Source : © Association nationale pour la mémoire des résistants et patriotes emprisonnés à Eysses Droits réservés

Détails techniques :

Durée de l’extrait : 00 :01 :33s. Emplacement : Face B 00 :04 :25s. Durée totale du 33 tours : face A : 00 :12 :40s - face B : 00 :15 :56s.

Date document : 1962

Lieu : France - Nouvelle-Aquitaine (Aquitaine) - Lot-et-Garonne - Villeneuve-sur-Lot

Ajouter au bloc-notes

Analyse média

Ce disque 33 tours a été réalisé à partir de la bande enregistrée, mise gracieusement à disposition de l’Amicale des anciens d’Eysses, après avoir été diffusée par Europe 1 dans l’émission « La Marche du Siècle ». Les textes sont de Claude Dufresne et le récitant est Julien Bertheau. Les témoignages ont été recueillis à l’occasion d’une cérémonie sur les lieux par Jean-Pierre Chapel. 

Un groupe commandé par Gabriel Pelouze décide de s'attaquer au mirador surveillant la porte Est, murée depuis l'évasion de 54 détenus le 4 janvier 1944. Parmi eux, Henri Coquet, Edmond Brun, Aldo Jourdan. Alors que le groupe parvient au pied du mirador et commence son travail de démolition à coups de pics de terrassier, une grenade explose à proximité et les contraint à se replier. Muni d'une échelle et de paillasses, ils lancent une nouvelle tentative. Louis Aulagne progresse en tête. Pelouze le suit avec Hervé Combes, Georges Arjaliès, Félicien Sarvisse et d'autres jeunes armés de grenades et de mitraillettes. Aulagne atteint le pied du mirador suivit du reste du groupe. Le travail reprend contre le mur de briques. Pendant ce temps, les autres jeunes ramassent les grenades lancées par les GMR pour leur renvoyer aussitôt. La porte Est devient le centre névralgique de la bataille. 
 C'est alors qu'une grenade roule sous la paillasse qui protège Aulagne et le blesse grièvement. Ramené à l'infirmerie, le docteur Weil tente de le sauver en l'amputant d'un bras mais ce ne sera pas suffisant. Louis Aulagne meurt après avoir confié ses dernières pensées à son camarade Edouard Aubert.

L’extrait sonore présenté ici débute par une reconstitution. Une des dernières chances des détenus est d’atteindre le mirador qui contrôle la sortie Est. Louis Aulagne se porte volontaire pour l’escalader à l’aide d’une échelle. Arrivé au pied du mirador, il est rejoint par un groupe de choc venu l’épauler. C’est alors qu’Aulagne est grièvement blessé. 
Edouard Aubert témoigne : « On ramenait Aulagne très grièvement blessé ; la grenade avait roulé sous la paillasse avec laquelle il se protégeait. Il avait le bras quasiment arraché, des éclats plein la poitrine. Arrivé à l’infirmerie, Aulagne, ouvrant les yeux, m’a reconnu, j’étais un de ses vieux camarades. Je me suis penché sur lui et il m’a dit « C’est la fin. Tu embrasseras ma femme, ma fille, et puis je meurs c’est pour la France ». Et il est mort dans mes bras ».


Auteur : Fabrice Bourrée
Sources : Amicale des anciens d'Eysses, Eysses contre Vichy 1940-..., Tiresias, 1992.

Contexte historique

Le 19 février 1944, Eysses est le théâtre d'une ambitieuse tentative d'évasion collective (de mille deux cents détenus politiques). Ce jour-là, alors qu'un inspecteur général effectuait une visite dans la centrale,  les détenus saisissent l'occasion pour le prendre en otage, ainsi que le directeur milicien de l'établissement, Joseph Schivo, et quelques membres du personnel, au moment où ceux-ci pénétraient dans le chauffoir du préau 1. Le plan, préparé depuis plusieurs semaines par l'état-major clandestin des détenus, consistait à s'emparer des gardiens et à se rendre maitre de la centrale en silence. Entre 14h, heure de la capture de l'inspecteur et du directeur au préau 1, et 17h, les détenus progressent, en silence, jusqu'au bâtiment administratif, capturant et ligotant les surveillants au fur et à mesure de leur avancée.

  Cependant, l'alerte est donnée vers 17 heures par une corvée de droits communs de retour dans la détention. Alerté par des coups de feu, la garde extérieure met alors en batterie des armes automatiques aux fenêtres des bâtiments d'entrée donnant sur la cour d'honneur et commence à ouvrir le feu sur les locaux de détention. Les groupes de choc, formés en particulier d'Espagnols bénéficiant de l'expérience du combat à la faveur de la guerre civile, après avoir sommé en vain les GMR des tourelles de les laisser sortir, tentent, à plusieurs reprises, de franchir les murs de l'enceinte extérieure en attaquant le mirador nord-est à la grenade. Certains détenus atteignent les toits, tirent à coups de mitraillette sur les gardes, pendant que d'autres, protégés par des matelas, tentent de monter à l'échelle jusqu'au mirador de la porte Est. Toutes ces tentatives sont repoussées. Du coté des détenus il y a un mort - Louis Aulagne - deux blessés graves et trois blessés légers. On compte un tué et un blessé parmi le personnel pénitentiaire et seize blessés parmi les forces de l'ordre.   Vers 21 heures, les troupes d'occupation venues d'Agen encerclent la centrale, munies de pièces d'artillerie. Vers minuit, l'état-major des détenus, installé dans le poste de garde du bâtiment administratif, tente de parlementer plusieurs fois par téléphone avec la préfecture, demandant au préfet de les laisser sortir, en arguant de la qualité des otages qu'ils détiennent. C'est Auzias qui dirige ces négociations avec la préfecture afin d'obtenir une reddition acceptable. On libère alors le directeur Schivo qui confirme le traitement correct dont il a été l'objet et relaie la demande des détenus auprès des autorités. Il est ici intéressant de signaler que tous les témoins insistent sur l'attitude particulièrement veule du milicien qui, craignant pour sa vie, tentera de se justifier par toutes sortes d'attitudes mensongères, tout en faisant état de sa qualité d'officier français. Vers trois heures, le commandant des troupes allemandes lance un ultimatum donnant aux révoltés un quart d'heure pour se rendre sans condition, faute de quoi la centrale sera bombardée. Les détenus demandent alors, par l'intermédiaire du directeur, un délai d'une heure pour regagner leurs dortoirs et déposer les armes (temps également nécessaire pour faire disparaître un certain nombre de papiers compromettants), celui-ci ayant donné sa promesse d'officier qu'il n'y aurait pas de représailles. Ce délai est refusé. Conscient que la poursuite des combats se solderait par un échec,  les détenus libèrent les otages, abandonnent leurs armes (onze mitraillettes et huit grenades) et regagnent leurs dortoirs : il est environ quatre heures du matin.     


D'après l'ouvrage de Corinne Jaladieu, La prison politique sous Vichy. L'exemple des centrales d'Eysses et de Rennes, L'Harmattan, 2007.