Raymond Bouchet

Légende :

Raymond Bouchet, alias "Minihi ", responsable Libération-Nord de la région rochelaise

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Collection privée Fédération départementale de la Résistance de Charente-Maritime Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc extraite du CD-ROM La Résistance en Charente-Maritime AERI, 2010.

Lieu : France - Poitou-Charentes - Charente-Maritime

Ajouter au bloc-notes

Contexte historique

Farouchement opposé à l'occupation, Raymond Bouchet commence à recruter autour de lui et devient un des organisateurs de la Résistance dans l'arrondissement de Jonzac et à La Rochelle.

A la fin du mois de septembre 1942, alors qu'il vient d'être révoqué par Vichy, il reçoit la visite de Jean Garnier qui l'informe qu'il a réussi à nouer des contacts avec la Résistance de Bordeaux, il lui expose également les projets qu'il a conçus dans le cadre du département. Il lui explique ce qu'il attend de lui et lui conseille d'essayer de trouver du travail chez les Allemands, estimant qu'un jour ou l'autre ce serait utile.

Quelques jours plus tard, Raymond Bouchet se fait embaucher au service des plans à la Kriegsmarine dans le quartier Saint-Maurice à La Rochelle. Peu après, Léopold Robinet un camarade socialiste qui vient de fonder un groupe de Résistance, Honneur et Patrie, lui demande son aide. Pour le même motif, Edmond Grasset responsable du Parti socialiste clandestin lui rend visite. Raymond Bouchet comprend l'intérêt qu'il y a à unir ces différentes énergies et il met en relation Léopold Robinet et Edmond Grasset avec Jean Garnier, les deux derniers ayant chacun un moyen pour transmettre à Londres les informations.

Durant l'hiver 1942-1943, une série de réunions permet aux résistants de Charente-Maritime de structurer la Résistance départementale autour de Honneur et Patrie sous la responsabilité de l'OCM de Bordeaux.
Dans le cadre de cette organisation, Raymond Bouchet est nommé responsable de la région rochelaise, chargé également d'organiser la Résistance dans le pays jonzacais où il compte des amitiés sûres chez les socialistes et les francs-maçons. Dans ce secteur, il passe ensuite le relais à Roger Faraud.
Toujours dans le même souci d'extension géographique, il conseille à son ami Jean Garnier, responsable du sud-ouest du département, de rencontrer Jean Hay à Marennes.

A la Kriegsmarine, peu à peu, il finit par être affecté au tirage et à la correction des plans importants. Il obtient une carte qui lui permet d'entrer librement dans la base de sous-marins de La Pallice où il peut relever de nombreuses informations.
Les renseignements sont transmis à Londres par l'intermédiaire de Jean Garnier ou de l'agent de liaison OCM Yves Toussaint qui, régulièrement, fait la navette entre Bordeaux et la Charente-Maritime.
Il fait ainsi passer les plans de la base et l'emplacement des défenses anti-aériennes de La Pallice. Dans le même temps il poursuit le recrutement autour de lui : Lucien Désoyer coupé de son organisation par les arrestations, Bas contrôleur à la régie municipale des autobus, Jean Augé agent de Louis Prunier responsable du réseau Manipule, Jourde, un marennais qui a fait la liaison à plusieurs reprises avec le groupe Chotard, le commandant Libot.

A la suite d'un parachutage auquel il participe, Edmond Grasset signale, lors de son compte-rendu chez Léopold Robinet, la présence, dans l'un des conteneurs, de pilules qui, déposées dans les accus des sous-marins, vont permettre de les détruire.
Raymond Bouchet se charge de trouver quelqu'un pour exécuter le sabotage. Il semblerait qu'en juillet ou août 1943, il en ait chargé Gaston Gaillard, un agent de CND.

Le 19 août, une importante réunion rue Bouguereau doit parachever l'organisation de la Résistance départementale. Elle est annulée et reportée au lendemain chez Chauvin, une nouvelle recrue de la préfecture.
Au cours de cette dernière réunion de l'état-major, les participants mettent au point un parachutage à Saint-Germain-de-Marencennes pour la lune de septembre.
Henriette Bouchet est chargée de porter les coordonnées du terrain en gare de Saint-Savinien où un agent de liaison, probablement Louis-Eugène Bastard, l'attend.

L'opération est annulée par les arrestations qui, à partir de mi-septembre 1943, entraînent l'anéantissement d'Honneur et Patrie et de l'organisation départementale à peine achevée.
En vélo, Raymond Bouchet part avertir Jean Garnier à Saint-Hilaire-de-Villefranche. A la demande de Madame Robinet, les Bouchet transformés en voyageurs de commerce se rendent à Bordeaux le 21 septembre, pour informer le colonel Thinières mais chez ce dernier alors en fuite, ils tombent dans une souricière organisée par la Gestapo.
Henriette et Raymond Bouchet, internés au Fort du Hâ, sont relâchés deux semaines plus tard après interrogatoires. Sans doute leurs réponses sont elles concordantes et la Gestapo manque-t-elle d'éléments solides contre eux.
Leur libération est, semble-t-il, utilisée dans le cadre d'une opération de propagande montée par Dhose. En effet, leurs noms se retrouvent sur la liste des prisonniers libérés par la Gestapo bordelaise en échange des caches d'armes livrées par Arnaud Grandclément.

A leur retour à La Rochelle, bien que prévenus d'un danger imminent, ils regagnent leur logis.
Dans la nuit du 7 au 8 octobre 1943, au petit matin, à grand renfort de forces de police, Raymond Bouchet est arrêté, interné à Lafond puis au Fort du Hâ avec ses camarades de Honneur et Patrie.
Fin décembre, il est jugé comme eux, par le tribunal militaire allemand de La Rochelle déplacé à Bordeaux. Condamné aux travaux forcés à vie, il est déporté au Struthoff, à Natzwiller, puis à Neuengamme. Il est ensuite dirigé vers le camp d'Aurich dépendant de Neuengamme. La date et le lieu du décès diffèrent selon les sources : 16/06/1944 à Natzwiller (d'après la FMD) et 24/11/1944 à Georgheis, Allemagne (Mémoire des Hommes). Selon l'attribution du titre de déporté résistant, il serait décédé le 26 novembre 1944 à Aurich; kommando de Neuengamme.

Décorations :
Homologué au grade de capitaine dans la Résistance 
Croix de guerre avec étoile

A La Rochelle une école primaire porte son nom. 
Cité à l'ordre de la division à titre posthume par le général Koenig par ordonnance du 7 janvier 1944 ;
Médaille de la Résistance avec rosette (7 janvier 1946) ;
Certificat pour services rendus à la cause des Nations Unies délivré par le général Montgomery.


Nicole Proux, " Raymond Bouchet " in CD-ROM La Résistance en Charente-Maritime, AERI, 2010.
Service historique de la Défense, 16 P 77178