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La mémoire de l'aide alliée à la Résistance : le monument de Chigy

Légende :

La mémoire de l'action des Alliés en aide à la Résistance et pour la libération du territoire : ici, la stèle de Chigy, à la mémoire des aviateurs alliés tués au retour de missions sur l'Allemagne,
à Champigny-sur-Yonne, le 6 septembre 1943,
à Champlay le 10 septembre 1944,
à Chamvres le 11 septembre 1944,
et à Chigy le 19 mars 1945

Genre : Image

Type : Stèle

Source : © Cliché Joël Drogland Droits réservés

Détails techniques :

Photographies numériques en couleur (2017). Voir recto - verso et l'album lié.

Date document : 14 mai 2017

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Chigy

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Analyse média

La stèle en marbre noir, de grande dimension, est fixée sur un massif bloc de grès. Le texte de la stèle est long, avec une destination clairement informative, autant que strictement mémorielle. L'ensemble se situant sur une aire de repos assez fréquentée, sur la RN 60 reliant Sens à Troyes, nombreux sont ceux qui peuvent prendre connaissance du texte. Attiré par le dessin d'un bombardier gravé dans le marbre et par les insignes de l'US Air Force, le visiteur apprend que « ce mémorial est dédié à la gloire et au souvenir de la 8th United Air Force dont dépendaient les quatre bombardiers tombés dans le nord de l'Yonne au cours de la guerre 1939-1945 au retour de missions de bombardement sur l'Allemagne ».
Sont ensuite données les références des quatre bombardiers avec leur date et leur lieu de crash. Enfin, le texte insiste sur l'importance des pertes humaines dans ces missions de bombardement, et donne un sens particulier à cette guerre : « la défense de la liberté et la réconciliation entre les peuples ».

Dans la partie inférieure de la stèle sont cités ceux qui ont financé le monument : ministère de la Défense (DMPA-DPMA), collectivités locales (Conseil général de l'Yonne, Communauté de communes de la Vanne), associations d'anciens combattants, entreprise (Senoble est la plus grosse entreprise du nord de l'Yonne), particuliers (une souscription avait été ouverte).

La stèle a été inaugurée le 20 septembre 2003, en présence de nombreuses personnalités et de plusieurs centaines de personnes. Elle fut édifiée à l'initiative de Pierre Colson et de son association "Les amis d'El Lobo".
Durant la cérémonie, le B-17 Pink Lady, le dernier à voler en Europe, a survolé l'aire du lieu-dit « la Grenouillère ».


Auteur : Joël Drogland

Sources : 

Rémi Couvignou, Les avions américains et britanniques tombés dans le département de l'Yonne - 1939-1945, La Gazette 89 éditions, 2008.
 
Cédérom La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Quatre B-17, cinq Lancaster, mais aussi deux Wellington, un Blenheim, deux Stirling, un Halifax, un Battle, un B-25, un A-20, un P-38... Au moins 19 avions britanniques et américains tombèrent entre 1939 et 1945 (deux en 1940 avant l'occupation du département, quatre dans les mois qui suivirent sa libération) dans le département de l'Yonne. C'est dans le nord du département que les crashes furent les plus nombreux, compte tenu de l'itinéraire aérien suivi depuis Londres en direction de l'Allemagne, ou au retour. Quelques-uns des membres des équipages furent faits prisonniers. D'autres furent pris en charge par des réseaux d'évasion et purent reprendre le combat. Beaucoup furent tués dans la chute, l'explosion ou l'incendie de leurs avions et furent inhumés dans des cimetières icaunais.

La mémoire de ces événements est présente et vivante dans le département de l'Yonne. Les tombes sont fleuries et entretenues ; de nombreux monuments ont été construits et sont le centre de commémorations. On observe d'ailleurs une tendance au renforcement de cette mémoire dans les dernières années du XXe siècle.

Le B-17 Slightly Dangerous appartenant au 388e Groupe de bombardement de la 8e Air Force s'est écrasé dans l'après-midi du 6 septembre 1943, à proximité de La-Chapelle-Champigny, sur une maison dont l'habitante a été tuée (un monument a été érigé à cet endroit). L'équipage était composé de dix hommes. Cinq d'entre eux périrent carbonisés ; les cinq autres sautèrent en parachute et bénéficièrent de filières d'évasion efficaces qui leur permirent de rejoindre l'Angleterre. L'inhumation des cinq aviateurs tués dans le crash fut organisée discrètement au cimetière de Sens par les autorités allemandes. Elle fut néanmoins l'occasion d'une impressionnante manifestation patriotique improvisée, qui témoigne de la profonde sympathie des Sénonais pour les aviateurs alliés.

Le B-17 You Never Know appartenant au 457e Groupe de bombardement revenait d'une mission sur Gaggenau quand il fut touché par la Flak (défense anti-aérienne allemande), le 10 septembre 1944. Deux mitrailleurs membres de l'équipage sautèrent en parachute. L'un fut tué pendant la descente, l'autre exécuté dans un camp de prisonniers. L'équipage réussit à reprendre le contrôle de l'appareil et à le maintenir en vol sur un seul moteur jusqu'au territoire déjà libéré par les troupes américaines. Il se posa sur le ventre, dans une prairie au pied du Mont-Tholon, à proximité du hameau du Grand-Longueron, sur le territoire de la commune de Champlay.

Le B-17 Oombree Ago appartenant au 100e Groupe de bombardement décolla le 11 septembre 1944 de l'aérodrome de Thorpe Abbots en direction de Ruhland. Au retour de mission, il se posa dans un champ de navets près de Chamvres, dans le Jovinien, sous les yeux de deux fillettes. Après l'atterrissage, le train heurta une levée et l'avion se mit en "pylône" avant de retomber sur le ventre. L'équipage fut recueilli par les habitants et retourna rapidement à sa base, l'avion étant récupéré quelques jours plus tard.

Le B-17 El Lobo II appartenant au 457e Groupe de bombardement fut touché par la Flak lors d'une mission au-dessus de la gare de triage de Lohne et se posa, en panne d'essence, au lieu-dit « La Plaine de Champmot », proche de la RN 60 Sens-Troyes. L'équipage fut rapatrié sans délai à sa base de Glatton d'où il avait décollé.


Auteur : Joël Drogland

Sources : 

Cédérom La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.