Cérémonie d'inauguration d'une place Jean-Léger dans son village natal

Légende :

Article de presse intitulé « Tout un canton a rendu hommage au résistant et déporté Jean Léger », publié dans l'Indépendant de l'Yonne, le 6 octobre 2009 - après avoir été résistant et déporté, puis actif militant de la mémoire de la déportation, Jean Léger est devenu lui-même objet de commémoration, et l'un des éléments majeurs du panthéon résistant de l'Yonne

Genre : Image

Type : Article de presse

Producteur : L'indépendant de l'Yonne

Source : © Cliché Joel Drogland - ARORY Droits réservés

Détails techniques :

Document imprimé sur papier journal et portant photographie.

Date document : 6 octobre 2009

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - La-Chapelle-sur-Oreuse

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Analyse média

Le samedi 3 octobre 2009, sous un beau soleil, une imposante cérémonie se déroule dans le village de La Chapelle-sur-Oreuse, à l'initiative de la municipalité et du comité du Souvenir Français du canton de Sergines.
Il s'agit d'honorer un enfant du village, l'ancien résistant et déporté Jean Léger, qui y est né 84 ans plus tôt. Le cœur de la cérémonie est le dévoilement d'une plaque à son nom, sur une petite place du village proche de sa maison natale, qui porte cette simple inscription « Place Jean-Léger. Résistant et déporté ». La notoriété du personnage peut être estimée à différents critères : un public exceptionnel pour une cérémonie de ce type dans un petit village (près de 300 personnes), la présence de nombreux élus (Mme la députée, le président du Conseil départemental de l'Yonne, plusieurs conseillers départementaux, de nombreux maires des cantons du nord de l'Yonne) et représentants de l'État (le sous-préfet, des officiers de police, de gendarmerie et de l'Armée de terre). La municipalité a fait appel à une fanfare et à des véhicules militaires. Les porte-drapeaux de nombreuses associations d'anciens combattants se comptent par dizaines.

De la mairie du village, un cortège se forme qui gagne la place où la plaque sera dévoilée. Les enfants de l'école du village et leurs maîtres se sont joints au cortège dans lequel on remarque de nombreux professeurs d’histoire-géographie des collèges et lycées du Sénonais, et au-delà.
Jean Léger est assis dans une jeep qui roule en tête du convoi. En présence de ses enfants, de sa famille et de ses amis résistants, Jean Léger écoute le discours écrit et prononcé par un historien de l'ARORY, lui-même professeur d'histoire au lycée de Sens. Après le dévoilement de la plaque, Jean Léger prononce quelques mots centrés sur sa jeunesse au village et sur ses parents, bien davantage que sur son rôle dans la Résistance.

Puis le cortège se reforme et se rend au monument aux morts, où un hommage est rendu à Alfred Rondeau, maire du village pendant l’Occupation, résistant, fusillé le 28 octobre 1943, au fils duquel Jean Léger était très lié. Un vin d'honneur est ensuite servi à la salle des fêtes du village.


Auteur : Joël Drogland

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI-ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Une telle cérémonie invite l'historien à réfléchir à la façon dont se constitue la notoriété d'un résistant, et à la part qu'il prend dans ce que l'on pourrait appeler "l'héroïsation" de certains d'entre eux. Ce n'est pas lui faire injure que de constater que l'action de résistance de Jean Léger fut brève et modeste. Il aimait d'ailleurs à le dire lui-même. Dans la mesure où il avait échappé aux arrestations du 22 septembre 1943 dans son village et où, après la guerre, il était parti vivre en Afrique pendant plusieurs décennies, il était, à son retour dans le Sénonais au début des années 1980, un parfait inconnu et n'était en aucun cas connu pour avoir été résistant.

Mais dans les années 1980, il se fait conférencier et complète ses souvenirs par des ouvrages historiques, ce qui lui permet de proposer aux élèves et aux adultes des interventions solides et précises. Pendant plus de 25 ans, il sillonne les établissements scolaires du département, à raison de six ou sept interventions par an, sans compter les conférences qu'il fait dans un autre cadre, souvent organisées par l'ANACR. Des générations d’élèves et de nombreux enseignants l’ont ainsi rencontré et accueilli. Il les a toujours beaucoup impressionnés. En 1998, il publie un ouvrage intitulé Petite chronique de l'horreur ordinaire, dans lequel il raconte son expérience concentrationnaire, et auquel sa qualité littéraire et documentaire, ainsi que la vente militante, assurent une large diffusion et une grande notoriété, empreinte de respect pour son auteur. Jean Léger devient ainsi le plus connu des anciens résistants déportés du département.

Il travaille en étroite collaboration avec les professeurs d'histoire qui encadrent des élèves dans divers types de travaux de groupe, dans tout le département. Sa notoriété lui vaut de voir le collège de Paron, puis le lycée Jacques-Amyot d'Auxerre, baptiser des salles à son nom. C'est le militant de la mémoire qui a fait la notoriété et l'admiration générale pour le résistant. En faisant souvent appel à lui, les professeurs d'histoire et les historiens de l'ARORY ont permis sa distinction au sein de l'ensemble des résistants, dont certains furent plus actifs que lui, parfois déportés eux aussi, et parfois morts en déportation. La même procédure d'héroïsation, ou de mise au premier plan si l'on préfère, a opéré pour quelques autres qui eux aussi ont vécu assez longtemps et ont eu les moyens intellectuels de témoigner, d'écrire et de collaborer avec les historiens : Catherine Janot, par exemple, dont le nom a été donné de son vivant au lycée polyvalent de Sens, en 2000.

D'un point de vue déontologique et épistémologique, l'historien doit être conscient du phénomène. Il est de fait créateur de mémoire et, lorsqu'il intervient dans ce type de cérémonie, il fait du résistant dont il parle, par son discours adressé aux citoyens et aux élèves, un symbole tout autant qu'un acteur de l'histoire.


Auteur : Joël Drogland

Sources :

Entretiens et longue collaboration avec Jean Léger en tant que professeur et historien.