Cérémonie d'inauguration de plaques à la mémoire de Marc Bizot

Légende :

Allocution du maire de Cuy, M. François Sylvestre - Le porte-drapeau à gauche est M. Cyril Foisard, président d'honneur de l'ANACR de l'Yonne ; à droite, M. Jean-Luc Prieur, petit-fils de déporté, président de l'ANACR de l'Yonne, acteur de la mémoire de la Résistance icaunaise, à l'initiative de cette cérémonie, 13 avril 2014

Genre : Image

Type : Photographie

Producteur : Cuy Info, n° 51, mai 2014

Source : © Municipalité de Cuy Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur. Voir aussi l'album photo lié.

Date document : 13 avril 2014

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Cuy

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Analyse média

Dans un premier temps, les participants ont déposé une gerbe sur la tombe de Marc Bizot au cimetière de Michery, puis deux plaques ont été dévoilées sur la façade de la mairie de Cuy. En présence de la famille de Marc Bizot, des élus des communes voisines, des conseillers généraux de Pont-sur-Yonne et Sergines, du président de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance, du président de l'AMMRY (Jean-Luc Prieur, à droite sur la photo, à la gauche du maire de Cuy), du maire de Michery, Francis Garnier, et de celui de Cuy, François Sylvestre, un hommage a été rendu à Marc Bizot (né à Cuy mais habitant et résistant de Michery) le 13 avril 2014. Le financement a été assuré pour l'essentiel par l'ANACR, ainsi que par deux subventions des municipalités de Cuy et Michery.

La première des plaques de marbre noir rappelle qui était Marc Bizot, ses actions de résistance et le contexte de son arrestation : « Il n’accepte pas l’occupation allemande, entre en Résistance début 1943 et opère plusieurs missions en France. Agent du réseau Donkeyman, dit Jean-Marie, des services secrets britanniques, il réceptionne un parachutage d’armes à Michery, près des carrières où les containers sont enfouis. Plusieurs résistants viennent s’y approvisionner, dont les Francs-Tireurs et Partisans de Paris. Mais ce groupe est démantelé dans la capitale par les policiers français de la Brigade Spéciale. Durant les interrogatoires, le dépôt d’armes de Michery est dévoilé et le 7 octobre 1943, Marc BIZOT y est arrêté ! Doté d’un courage exceptionnel, il se tait sous la torture. Livré aux Allemands, il est fusillé le 7 mars 1944 au Mont Valérien ! »

La seconde plaque, elle aussi de marbre noir, propose quelque extraits de la dernière lettre écrite à sa famille par Marc Bizot, quelques instants avant son exécution : « Fresnes, le 7 mars 1944. Chers parents, frères et sœurs. Je vous embrasse tous bien fort pour la dernière fois. Je viens d’apprendre que mon recours en grâce a été refusé et, dans quelques heures, j’aurai cessé de vivre. Mon grand désir aurait été de voir la France libre, mais la destinée en aura voulu autrement.
Tout le temps de ma captivité, j’ai pensé à vous dans la solitude de ma cellule, et me suis familiarisé avec la mort. Aussi, c’est avec courage que je vais l’affronter aujourd’hui. J’aurais mieux aimé mourir en combattant, mais le sort en a décidé autrement. Mais mourir pour la patrie, c’est le sort le plus beau ! Je vous quitte et vous embrasse une dernière fois. Adieu… Adieu tous les copains. Du courage et Vive la France ! Marc ».


Joël Drogland

Contexte historique

Marc Bizot est né le 13 avril 1922 à Cuy, près de Pont-sur-Yonne, du second mariage de sa mère. Son père était travailleur agricole saisonnier. Il a une sœur, Rolande, née en 1924 et un frère, Georges, né quelques années plus tard. Il est élevé à Michery, village voisin de Cuy. Il y fait ses études primaires et y passe son certificat d'études. Dès l'âge de treize ans, il est employé chez des maraîchers de Sens.

Il entre dans la Résistance à la suite de contacts avec des camarades qu'il a rencontrés au cours de son service militaire dans l'Armée de l'Air à Salon-de-Provence.
Il revient à Michery après l'invasion de la zone Sud, en novembre 1942. Ses activités de résistance débutent en 1943, au sein du réseau Jean-Marie (l'un des réseaux Buckmaster, French Section - Section française du SOE). Il accomplit de nombreuses missions en divers points de la zone occupée. Il semble qu'elles aient consisté en des transports d'armes et d'explosifs et en sabotages de voies ferrées.

En mai 1943, un parachutage a lieu sur le plateau qui domine les carrières de Michery. C'est le second parachutage dans le département de l'Yonne et le premier dans le Sénonais. Dix containers sont largués, remplis de deux tonnes d'armes légères et de munitions. Elles sont cachées dans les carrières de Michery, et Marc Bizot devient responsable de ce dépôt. Nous ignorons cependant la nature des contacts qu’il a pu nouer avec les responsables du réseau Jean-Marie. Bernard Furet, son ami d’enfance, qui assure la garde du dépôt pendant les absences de Marc, suppose « qu’il recevait ses directives de contacts parisiens ».
En réalité, les armes n'étaient pas stockées pour le réseau Jean-Marie Buckmaster, mais elles approvisionnaient les FTP-MOI de la région parisienne. Pendant plusieurs mois, des résistants de cette organisation sont venus de Paris pour récupérer des armes du parachutage de Michery. Accueillis en gares de Champigny et de Pont-sur-Yonne, équipés de sacs à dos et de matériel de camping, ils étaient conduits de nuit au dépôt par Marc Bizot ou Bernard Furet. Ensuite, hébergés au domicile de la famille Bizot, les résistants regagnaient Paris par le train, au petit matin.

« Le 7 octobre au soir, M. Bizot vint m'avertir que son fils Marc était allé aux carrières, car il avait vu plusieurs voitures s'y rendre… », se souvient Bernard Furet. Ces voitures sont celles de policiers français, comme le confirme un rapport de gendarmerie daté du 8 octobre 1943. « Des policiers français venus de Paris s’étaient présentés vers 18 h 30 à la caserne de Pont-sur-Yonne. Déclarant chercher un dépôt d’armes dans la région, ils ont demandé si la route de Michery était praticable. Ces policiers disposaient d’une camionnette Renault type voiture cellulaire, voiture de tourisme 402 Peugeot. Ils étaient armés de pistolets automatiques et de grenades… ».
La lecture des minutes de l’instruction du procès Barrachin permet ensuite de comprendre comment Marc Bizot fut arrêté. Arrivé à proximité de la carrière et probablement persuadé qu’il avait affaire à des résistants, le jeune Marc interpelle des hommes, mitraillettes en bandoulière : « Vous êtes du groupe ? Des choses comme celle-là (en leur désignant la mitraillette), il y en a plein la carrière ! » Marc est aussitôt arrêté. Les policiers trouvèrent ensuite huit containers cylindriques ainsi que deux imprimés décrivant l’utilisation de la mitraillette Sten. Ce n’était qu’une partie des armes entreposées, le reste ayant été récupéré par des membres parisiens des FTP-MOI. Cette opération policière fut menée par les inspecteurs Barrachin et Belard de la Brigade Spéciale 2. La BS était le fer de lance de la répression française contre les communistes. Elle redoubla d’effort après l’exécution, le 28 septembre 1943, du général SS Julius Ritter par un commando FTP-MOI. Arrêté, un membre des FTP-MOI parisien indiqua le dépôt de Michery aux policiers français. Transféré à Paris pour y être interrogé par Barrachin, dont la violence des interrogatoires a été prouvée, Marc Bizot fut livré par la suite aux Allemands, puis fusillé le 7 mars 1944 au Mont-Valérien ; il avait 21 ans.


Auteur : Thierry Roblin

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.