Les associations d'anciens combattants et la mémoire de la Résistance dans l'Yonne

Légende :

De nombreuses amicales et associations d’anciens résistants, d'anciens maquisards, d'anciens déportés voient le jour dans l’Yonne après la guerre - elles entretiennent la mémoire spécifique de leur organisation, se coordonnent toutefois au sein de comités de liaison et organisent les cérémonies commémoratives

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Montage : F. Gand Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur (2002).

Date document : 24 août 2002

Lieu : France - Bourgogne - Yonne

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Analyse média

Depuis quelques années s’est constitué un conseil départemental qui, sous l’autorité du préfet et par le biais du secrétariat icaunais de l’ONAC, organise le déroulé de la cérémonie du 24 août à Auxerre, date de la Libération, en accord avec la municipalité d’Auxerre (cabinet du maire) et en concertation avec la Commission mémoire. Les associations y sont toutes représentées.

La situation fut différente par le passé. Après la guerre, Auxerre, chef-lieu du département, a vu la naissance d’un comité d’entente, qui fixait collectivement le calendrier des commémorations nationales, non sans conflits. René Aubin, le président du comité d’entente, tenta de constituer un front commun, par l’organisation à Auxerre de la journée départementale de la Résistance, célébrée le 6 juin 1954, date anniversaire du Débarquement. La journée, qui se voulait apolitique, fut un demi-échec et n’eut pas de postérité. La mémoire de la Résistance n’était pas encore consensuelle. Le comité d’entente fut ensuite remplacé par le comité de liaison et d’action de la Résistance de l’Yonne (CLARY), dont l’action se limitait, il y a encore une dizaine d’années, à l’organisation, en accord avec la municipalité d’Auxerre, des cérémonies commémorant la libération de la ville le 24 août.


Auteur : Frédéric Gand

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Les associations d’anciens résistants, combattants de la guerre 1939-1945 et déportés n’ont pas été fondées pour travailler ensemble, mais pour défendre leur mémoire et leurs intérêts particuliers face à l’État. Dès l’après-guerre, leur participation commune aux cérémonies nationales, comme celles du 11 novembre ou du 8 mai 1945, est une nécessité qui révèle des antagonismes. La « Guerre froide » les radicalise encore davantage, opposant, pour l’essentiel, les associations communistes (ANACR, FTPF et ADIRP) aux autres. Des comités d’entente, regroupant les représentants de différentes associations, aplanissent toutefois les divergences. Ces comités ont existé dans plusieurs centres urbains comme à Auxerre, à Sens, ou à Tonnerre.

L’Union départementale des anciens combattants (UDAC), ainsi que ces comités d’entente, forment alors les structures motrices de l’organisation des cérémonies du 8 mai, de la Libération et du 11 novembre, avec le concours fréquent des municipalités.

Les associations créées dans l’Yonne depuis 1945 correspondent à trois grandes familles (voir organigramme de la photo). La première est celle des anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale, ceux de la campagne de France de 1940, des fronts extérieurs rattachés à Londres. Il s’agit des membres de la fédération Maginot, des anciens de Rhin-et-Danube, de la 2e DB ou des Forces françaises libres en Allemagne et en Autriche. Elles se sont renforcées au retour au pouvoir du général de Gaulle et se sont maintenues dans les cérémonies nationales, épaulées par les associations, aujourd’hui majoritaires, des combattants de l’Afrique du Nord et de l’Indochine. Ils sont les porteurs de la mémoire gaulliste. La seconde famille est celle des comités départementaux des associations nationales de résistants et de déportés. Ces associations rayonnent dans tout le département et réunissent des anciens déjà inscrits dans les amicales. Elles ont une véritable influence locale et tiennent des congrès annuels. Du côté communiste figurent l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance) et la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP), tandis que du côté conservateur coexistent le Groupement national réfractaires et maquisards (GNRM) - peu implanté dans le département - et l’UNADIF (Union nationale des associations des déportés, internés et familles de disparus). La dernière famille est celle des amicales qui sont centrées sur un mouvement (l’amicale Chevreuil, l’amicale Bayard, l’amicale des anciens du Service national maquis, celle des anciens de Libération-Nord…), un réseau (l’amicale Jean-Marie Buckmaster) ou un régiment de maquisards, parti combattre dans l’Est de la France et en Allemagne jusqu’au 8 mai 1945 (l’amicale du régiment « Verneuil », des anciens du 1er régiment des volontaires de l’Yonne, du 1er régiment du Morvan...).

Toutes ces  amicales ont joué un grand rôle dans la défense de la mémoire de leur organisation. Elles ont souvent collecté des archives, dressé un historique de leur action et composé un programme de commémorations. Les anciens de « Verneuil » ont ainsi fait poser une stèle aux Iles Ménéfrier et ont veillé à la mise en place du monument de Quarré-les-Tombes. L’amicale Bayard a réussi, après de longs efforts, et avec le soutien de la municipalité de Joigny, à créer un « musée-mémorial » consacré au groupe Bayard.

Au milieu des années 70, ces associations, encore très actives, étaient toujours dirigées par des présidents « historiques » et souvent fondateurs. Les présidents étaient Jean Marot pour l’ADIF, Geneviève Verneiges pour l’ADIRP (la seule présidente à l’époque), Robert Bailly pour l’ANACR, Jean Guyet pour l’amicale Jean-Marie, Albert Barbotte pour le maquis « Verneuil », Henri Pannequin pour l’amicale Bayard, Robert Loffroy pour les FTPF, Louis Priault pour le Service national Maquis.

Les conflits qui opposaient ces associations entre elles pendant la « Guerre froide » ont vécu, mais certaines tensions existent encore, souvent à cause d’antagonismes personnels. Aujourd’hui, les relations entre associations se sont apaisées et la baisse des adhérents a favorisé des fusions, comme celle qui s’est opérée entre l’ADIF (UNADIF) et la FNDIRP (ADIRP).


Auteur : Frédéric Gand

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.