Le groupe jovinien Bayard et son action mémorielle dans l'Yonne

Légende :

Réunion de bureau de l'Amicale Bayard, présidée par Henri Pannequin, le 5 mai 1973

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © ARORY Droits réservés

Détails techniques :

Photographie argentique en noir et blanc (1973). Voir aussi l'album photo lié.

Date document : 5 mai 1973

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Joigny

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Analyse média

Cette photographie a été prise le 5 mai 1973, dans les locaux du 5 de la rue Boffrand à Joigny, actuel lieu du musée mémorial de l’association.

Henri Pannequin, au centre de la photographie, préside l’Amicale Bayard. Entré en résistance fin 1941, c’est un membre historique de Bayard.
Sur sa gauche se trouve Serge Caselli, vice-président, qui prendra la succession de Pannequin en 1975.

À droite de la photographie se trouve la secrétaire, Germaine Vauthier, qui a joué un rôle important dans la Résistance aux côtés de son époux Pierre, représentant dans l’Yonne de Libération-Nord, puis responsable au sein du groupe Bayard.

Sur la gauche, Roland Bresset (lunettes noires), le trésorier, seul membre du bureau à ne pas avoir été résistant.

En 72 ans d’existence, l’Amicale Bayard a connu successivement six présidents : Jean Marot, Émilie Herbin, Henri Pannequin, Serge Caselli, André Guttin, et enfin, Dany Charpy, l’actuel président.

Paul Herbin, dont nous pouvons apercevoir le portrait accroché au mur, est le président d’honneur de cette Amicale.


Auteur : Thierry Roblin

Sources : 

Compte rendu de l’Amicale Bayard, musée de la Résistance du groupe jovinien Bayard, ARORY.

Contexte historique

Apparu au cours de l’hiver 1941, le groupe Bayard est l’un des premiers groupes de résistance de l’Yonne. Implanté à Joigny, créé et dirigé par Paul Herbin, Bayard a mené, de 1941 à 1943, des actions de propagande comme la diffusion de tracts. À partir du printemps 1943, ce groupe décide de s’affilier à deux organisations de plus grande envergure, le mouvement Libération-Nord et le réseau anglais Jean-Marie Buckmaster. Cette stratégie lui permet d’obtenir d’importants moyens qui l’aideront à passer à la lutte armée. Le groupe réceptionne des parachutages d’armes et d’explosifs qui lui permettent d’organiser des sabotages. Cette double affiliation a aussi permis au groupe de recruter un grand nombre de résistants, surtout à l’approche de la Libération, Paul Herbin revendiquant plusieurs centaines de membres actifs (ce qui semble toutefois quelque peu exagéré). Grâce à la volonté de son fondateur, Bayard a réussi à préserver son indépendance vis-à-vis des organisations nationales, ce qui explique sans doute, en partie, le phénomène d’identification d’une ville à un groupe de résistance. Cette relation identitaire est unique dans l’Yonne, il s’agit là d’un particularisme local incontestable.

La création de l’Amicale du groupement Bayard est actée le 18 février 1945. Un bureau provisoire est constitué et Athos Rabier en est le président, alors que Paul Herbin, fondateur du groupe de résistance Bayard, en est président d’honneur. L’assemblée générale se réunit le 7 juillet 1945 afin d’élire un bureau et un conseil d’administration. André Marot (élu également conseiller général de l’Yonne en septembre 1945) est le premier président de l’Amicale Bayard. Ses fonctions politiques et associatives étant de plus en plus prenantes (il préside l’Association des Déportés et Internés Politiques de l’Yonne), Marot est secondé par un président adjoint à partir de 1946. L’Amicale se réunit tout d’abord dans une annexe de la mairie de Joigny puis, en mai 1946, elle investit les locaux de la caserne Dubois-Thainville (actuellement centre administratif situé sur les quais à Joigny) avant de s’installer en avril 1967 au 5 rue Boffrand, où elle réside encore actuellement.

Dès sa création, l’Amicale Bayard entreprend des actions mémorielles qui rendent hommage à ses résistants. Réunis régulièrement (tous les mois), les membres du bureau évoquent le financement de monuments commémoratifs dans le Jovinien. Parallèlement, Paul Herbin, président d’honneur, s’attache à renforcer l’esprit de corps au sein de l’Amicale en adoptant un écusson brodé et en éditant des cartes de membre. L’Amicale Bayard pratique également l’entraide mutuelle en octroyant des dons pour les veuves de résistants tués ou morts en déportation, ainsi que des primes de naissance pour les enfants de résistants. Ainsi, pour l’année 1945, l’ensemble des aides versées par « la mutuelle Bayard » s’élève à 22 500 francs. Parallèlement, l’Amicale Bayard organise des bals et spectacles (citons l’opérette La Cocarde de Mimi Pinson, mise en scène en 1946 par un membre de l’Amicale Bayard). Elle organise également des fêtes populaires, comme le Noël des enfants, ainsi que des fêtes de quartier, comme celle du quartier Saint-André, et surtout, une course cycliste de grande renommée qui se tient chaque année le troisième dimanche d’août, Joigny ayant été libéré le 23 de ce mois. L’Amicale participe à des conférences, en particulier sur la déportation, tout en intervenant auprès des scolaires dans le cadre de la préparation au Concours national de la Résistance et de la Déportation, Henri Pannequin, Serge Caselli, Luc Berton et Jacqueline Herbin se montrant parmi les plus actifs à cette occasion.

Si toutes ces aides et actions se sont estompées au fil des années, au point de disparaître dans les années 1990 (d’où la volonté à partir de cette période de créer un musée mémoriel), elles n’en constituent pas moins les éléments qui ont contribué à l’identification de toute une cité à un groupe de résistance et à inscrire dans les mémoires locales l’idée que la Résistance dans l’Yonne se limitait quasiment au seul groupe Bayard. Cette vision, aussi réductrice que partisane, ne correspond évidemment pas à la grande diversité des organisations qui caractérise la Résistance dans l’Yonne.


Auteur : Thierry Roblin

Sources : 

Compte rendu de l’Amicale Bayard, musée de la Résistance du groupe jovinien Bayard, ARORY.