Film du défilé de la libération de Die le 14 juillet 1944

Légende :

Prise d’armes, remise de décorations, défilé, prévus pour conforter l’enthousiasme, font place à une atmosphère alourdie par la crainte des Allemands bombardant sur le Vercors tout proche.

Genre : Film

Type : Film amateur

Source : © Archives communales de Die Droits réservés

Détails techniques :

Extrait d’un film amateur muet, noir et blanc, de 2,28 mn.

Lieu : France - Rhône-Alpes - Drôme - Die

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Analyse média

Extrait d’un film amateur muet noir et blanc tourné par des résistants de Die : Jean Veyer, Élie Brochier, A. Challabond du groupe sédentaire AS (Armée secrète) de Die.

Cet extrait de film s’ouvre par la mise en place de la cérémonie sur la place de la République à Die, sobrement pavoisée de drapeaux tricolores. Les compagnies FFI et les officiels, civils et militaires, ainsi que la population spectatrice, se rangent sous le camouflage naturel des platanes. Après quelques images du passage des troupes en revue, on voit de Lassus Saint-Geniès (« Legrand »), en gants blancs, décorer quelques combattants, dont René Ladet, blessé quelques jours avant et portant encore un bandeau autour du crâne. Diverses compagnies AS et FTP, vêtues d’uniformes peu réglementaires, passent ensuite devant la caméra, dans une marche au pas un brin maladroite, mais avec une attitude mêlant fierté, application et espérance. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », défilent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm, accrochés aux coffres des traction-avant.


Auteurs : Robert Serre

Contexte historique

Le déroulement de la fête nationale à Die, dans un environnement d’espoirs et de craintes, résume bien les ambiguïtés des célébrations dans la Drôme. C’est à la demande du CDL, installé à la sous-préfecture, et avec l’autorisation de leur commandant de Lassus Saint-Geniès (« Legrand ») que les FFI défilent dans la ville. De nombreuses affiches appellent les Diois à célébrer la fête nationale.

Vers 9 heures, Die est survolée par des dizaines d’avions alliés qui vont parachuter des armes sur Vassieux. L’espoir d’un débarquement imminent et surtout d’une aide alliée importante renforce la perspective d’une libération proche. À midi, le commissaire régional de la République Yves Farge (« Grégoire »), le président du CDL Claude Alphandéry (« Cinq-Mars »), le futur préfet Pierre de Saint-Prix sont rejoints, dans le patio de la sous-préfecture, par le colonel Henri Zeller (« Joseph, Faisceau »), Francis Cammaerts (« major Roger ») et Christine Granville Skarbek (« Pauline ») ainsi que la mission américaine. Sont également présents le commandant Antoine Benezech (« Antoine »), le capitaine Jean Rueff, le capitaine Pierre Raynaud (« Alain »), le commandant Lucien Fraisse (« Xavier »), les capitaines Félix Germain (« Morvan »), Laurent Riausset (« Laurent »), René Gainet (« Vaillant »). La Clairette coule à flots. Le passage d’avions allemands basés à Chabeuil, en route pour empêcher la récupération des armes parachutées, provoque la crainte d’un nouveau bombardement de la ville. À la fin du repas, des bruits sourds, se répétant de quart d'heure en quart d'heure, aggravent l’inquiétude. Les autorités décident que le défilé n’aura lieu qu’après 17 heures en raison de ce qui se passe sur le Vercors voisin. Il est demandé à la population de rester sous le couvert des arbres de la place de la République. Dans ses notes, Robert Noyer remarque qu’il y a peu de monde.
Vers 18 heures, en présence de tous les officiels civils et militaires, défilent des détachements, FTP et AS, avec en tête une compagnie descendue du Vercors. Les combattants de l’accrochage de Montclus du 22 juin, la section « Oualhou », marchent avec leur prise de guerre, deux canons de 37 mm. Bien que ne possédant pas d'uniformes, plusieurs compagnies défilent en donnant l'impression d'une force disciplinée et parfaitement militaire. Le défilé est clos par les représentants des syndicats ouvriers arborant le drapeau rouge. De Lassus Saint-Geniès, en gants blancs, décore les FTP de Montclus, des hommes de la compagnie Maisonny qui s'est distinguée à la Rochette, du groupe franc Bernard de la compagnie Pons, le lieutenant Ladet, le capitaine Roger.
Puis Yves Farge, juché sur une marche de la fontaine, dans un vibrant discours, proclame et exalte les valeurs de la République.
Deux témoins oculaires relatent bien l’atmosphère du moment. Pour René Ladet, « Farge a déclaré : "vous êtes en terre libérée" pendant que les avions allemands bombardaient le Vercors, cela faisait une drôle d'impression. De Lassus était en gants blancs pendant que les gars défilaient débraillés ». Jean Veyer précise que « la prise d’armes est, dramatiquement, ponctuée par le bombardement lointain qui continue inexorable. Il y a eu un beau, un vibrant discours d’Yves Farge, juché sur le socle de la statue, agrippé d’un bras à la République et tendant l’autre vers la foule, proclamant sa foi dans la Libération prochaine. Ses accents de tribun, sa tête auréolée de cheveux blancs sont assez convaincants. Mais il n’y a pas tellement de civils pour l’écouter. Die commencerait, semble-t-il, à avoir peur. Beaucoup de gens se terrent chez eux. Il y a eu ensuite un défilé, type 14 juillet [...] Tout cela ne manque pas d’allure. Mais je suis rongé d’inquiétude. Il y a longtemps que je ne confonds plus l’esprit de combat et l’esprit de parade ».

Le survol de Die par les avions allemands, puis les bombardements du Vercors qui durent jusqu'à 18 h engendrent la crainte justifiée d'un bombardement possible de Die et une atmosphère lourde sur la ville.


Auteurs : Robert Serre
Sources : Veyer, Souvenirs sur la Résistance dioise. Abbé Bossan, Yves Farge, Combats pour le Vercors et pour la liberté. Pour l'Amour de la France, Archives Paul Arthaud (notes de Robert Noyer sur la Résistance dioise). Dauphiné Libéré, 24/08/1984. Drôme terre de liberté. Entretien René Ladet, 20 août 2000.