Plaque en hommage à Lucien Germereau, responsable castelroussin du réseau Ecarlate, Châteauroux (Indre)

Légende :

Plaque en hommage à Lucien Germereau, agent du BCRA responsable du sous-réseau Écarlate de Châteauroux, mort pour la France le 6 août 1944, située 51, rue Ledru-Rollin, en centre ville de Châteauroux (Indre)

Genre : Image

Type : Plaque

Source : © ANACR Indre Droits réservés

Détails techniques :

Montage d'après photographies numériques en couleur.

Lieu : France - Centre - Indre - Châteauroux

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Contexte historique

Lucien Germereau, né à Orléans le 20 juillet 1906, est arrivé à Châteauroux à l'âge de 8 ans. Il apprendra le métier d'ébéniste d'art, et deviendra commerçant en meubles. Créateur doué de tous ses modèles, l'entreprise qu'il fonde à l'âge de 29 ans acquiert rapidement une grande réputation. Musicien, il était également premier pupitre de cor d'harmonie de la Musique Municipale, et faisait partie du Cercle symphonique et des Concerts Zighera.

Résistant dès 1942 il devient membre du réseau Amarante sous le pseudonyme de Milo. Il est chargé de découvrir dans le département des terrains pouvant convenir aux atterrissages des avions Lysander ou aux parachutages. À lui d'en dresser les plans et de les adresser à Londres pour homologation. À lui également de recruter des sympathisants. En 1943, Amarante est l'un des neuf réseaux chargés des opérations aériennes couvrant l'ensemble de la France. Le 10 juin, à la suite d'une refonte interne et d'une redistribution territoriale, il cède la place au réseau Écarlate, dirigé, toujours en liaison avec Lyon, par Félix Guilch'er, alias Romain, un Breton de 24 ans qui a quitté l'Ile de Sein en bateau pour rejoindre le général de Gaulle à Londres. Romain divise sa zone d'action en trois secteurs, Bléré-Tours, Loches et Châteauroux qu'il confie à Lucien Germereau. Les objectifs comportent une spécialisation renforcée dans les opérations aériennes avec Londres incluant le transit du courrier, des fonds, des armes, du matériel et des agents du B.C.R.A. dirigés par le colonel Passy. L'ensemble du réseau Écarlate aura à son actif 69 atterissages nocturnes et la réception de 82 parachutages. Marc Picatelot, radio du réseau, alias Maxime, opère soit depuis le fond du jardin du 51, rue Ledru-Rollin, soit depuis la rue des Halles, pour éviter les repérages-gonio. Quant aux instructions, elles sont codées en fonction d'une formule basée sur une combinaison à cinq chiffres et cinq lettres. Le décryptage s'effectue à l'aide d'une grille. Bien que chaque opération porte un nom particulier, ce sont les messages personnels de la B.B.C. qui apportent les confirmations.

Pour des raisons de sécurité, Lucien Germereau ayant été repéré au printemps de 1944, son pseudo change pour devenir Gil… sa fausse identité également, Daniel Esnould faisant place à Lucien Pradier. À plusieurs reprises, la police se présente au 51 de la rue Ledru-Rollin. Le 5 juin, Gil juge plus prudent de se mettre à l'abri dans des fermes avec son épouse Madeleine, qui lui apporte un soutien indéfectible et précieux, et ses trois filles Lucette, 17 ans ; Nicole, 6 ans, et Françoise, 4 ans. Tous les quatre se cachent tout d'abord près de Levroux puis à Villiers.

Dans la nuit du 7 au 8 juillet, Lucien Germereau, appelé à Londres, quitte la France à bord d'un Lysander qui décolle du terrain baptisé "Planète" près de Luzillé en Indre-et-Loire. Dans le cadre de la mission "Sussex", il a emporté un ensemble de documents et de renseignements de grande importance concernant les activités de l'ennemi dans la région et les atrocités nazies en Berry et Limousin. Le vol baptisé " Palais " est doublé puisque deux appareils se suivent. Le sien, piloté par le captain George Turner, a pris également à bord Roger Hérissé, alias Debey, et Louis Prache, dit Dutertre. Ce dernier a laissé une relation du vol : "Après une heure de navigation, une lueur à l'horizon qui va grandissant nous fait savoir que nous nous dirigeons vers la tête de pont. La bataille fait rage au-dessous de nous. Caen brûle sur notre gauche. Nous survolons Deauville. Je vois distinctement l'embouchure de la Seine (...) ". À l'atterrissage, une triste nouvelle : l'autre Lysander piloté par le captain Per Hysing-Dahl a été touché et s'est abîmé dans la mer.

La Gestapo se révèle particulèrement active et bien informée. Le 24 juillet, elle se présente rue Ledru-Rollin, perquisitionne et emmène pour l'interroger Bernard Germereau qui travaille dans l'atelier. Elle arrête en même temps un policier français du réseau, André Mesnard, et M. Mennetrat, tapissier avenue de Paris. Lorsqu'à Londres, il apprend ces événements, Lucien Germereau veut rentrer. Après trois jours d'attente à Tangmere, il prend place sur un vol double qui décolle dans la nuit du 4 au 5 août. C'est l'opération "Pirouge". L'objectif fixé au lieutenant J-P Alcock, âgé de 30 ans, qui est aux commandes de l'appareil, est de se poser dans l'Indre, à Saint-Valentin, près de la ferme des Dormes. Hélas, un Messerchmitt interrompt ce retour nocturne. Le chasseur, allemand ouvre le feu... l'appareil de la R.A.F., en flammes, s'écrase au sol, au lieu-dit " La Patouillais ", près de Messac, dans le sud du département de l'Ille-et-Vilaine. Les deux occupants du Lysander trouvent la mort et sont enterrés dans le cimetière communal. Pendant deux ans, Lucien Gérmereau est porté " disparu en mer ", sans autre explication. Le curé de Messac, se doutant que les papiers au nom de Pradier sont faux - explique Lucette Proteau, née Germereau - eut l'idée de faire publier dans un, journal de recherches, La Chaine, la photo contenue dans le porte-feuille retrouvé sur le corps. C'est ainsi que la vérité a été connue.

La croix de la Légion d'honneur, la Médaille de la Résistance, la croix de guerre avec étoile vermeil lui ont été décernées.
Le nom de Lucien Germereau fut proposé par Pierre Chaumeil, premier maire de Châteauroux après la Libération (le 21 décembre 1944) pour dénommer la place de la Poste. Dans la même séance, le nom du général de Gaulle pour l'avenue de la Gare et celui de Pierre Sémard pour une autre voie avaient été proposés. Ces modifications ne furent pas acceptées par l'autorité préfectorale, et c'est le 22 novembre 1963 que le conseil municipal décida cette dénomination.


Paulina Brault

D'après le site Internet de l'Association bretonne du souvenir aérien 39-45, consulté le 13 mars 2018.