Poème de Louis Gaillard intitulé "Je n'oublierai jamais (Samedi 3 juin 1944)"

Légende :

Poème composé par le combattant volontaire de la Résistance Louis Gaillard à Mayres (Ardèche), le 3 juin 1944, intitulé "Je n'oublierai jamais (samedi 3 juin 1944)"

Genre : Image

Type : Poème

Source : © Archives départementales de l'Ardèche - 70 J 60 Droits réservés

Détails techniques :

Document dactylographié d'une page.

Lieu : France - Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône-Alpes) - Ardèche

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Analyse média

Ce texte, du même auteur, Louis Gaillard, que « Complainte de l’ancienne Verrerie » et ayant le même contexte, à savoir, les événements du 3 juin 1944, est totalement différent de celui-ci car plus personnel. Sans doute a-t-il été écrit avec le recul du temps.

Trois quatrains et deux strophes de huit vers, le plus souvent des alexandrins, le composent.

À l’exception de la dernière phrase, les deux premières strophes présentent l’espace magnifié occupé par les fils de la Résistance. Les trois dernières sont marquées par des ruptures, véritables contrastes qui, dans certains passages, associent ombre et lumière, vie et mort : « L’aube pâle, l’outrage », « Le paisible vallon devenu un cercueil », « La rosée du matin et ses larmes de deuil », « Mon copain que l’aurore a fauché », « Un regard d’enfant que la mort a figé ».

Dans ce poème très émouvant, lyrique, Louis Gaillard présente les deux visages de ce printemps 1944 :

- une saison radieuse s’annonce avec les fils de la Résistance, des fleurs dans les prairies, les jardins dans ce haut lieu de l’Ardèche ayant pour âme la maison forestière ; autant d’espérances en demain.

- et soudain, le 3 juin avec des ordres aux accents gutturaux, le fracas des armes, les cris déchirants et rauques des corbeaux, la mort, une balle en plein crâne frappe son copain. À ses larmes de deuil s’ajoutent celles versées pour le calvaire subi par sa maman. Bien que l’âme et le corps meurtris, elle est restée digne et silencieuse, prête à mourir pour son fils de 20 ans, afin de lui donner la vie une deuxième fois.


Alain Martinot

Contexte historique

Début mai 1944, un groupe de maquisards non armés, réfractaires au STO, s'installe dans une bâtisse inoccupée au lieudit « La Veyreyre », proche du col du Pendu, sur la commune d'Astet. Ces jeunes, hébergés auparavant à La Vireyre, commune de Saint-Etienne-de-Lugdares, n'ont pas suivi au début de l'année 1944 quelques autres réfractaires qui, sous la direction de Georges Menneglier, sont partis dans le camp de La Haute-Valette, commune de Lentillères aujourd'hui. Eux rejoignent l'adjudant André Serein, parisien envoyé par le Service national maquis (responsable : Michel Brault, alias Jérome), à l'insu des chefs de l'AS d'Aubenas. Aussi ce maquis est inconnu des organisations de Résistance ardéchoises. André Serein dispose d'un poste émetteur récepteur et dit être chargé de baliser sur le plateau de Cham Longe un terrain de parachutages et d'atterrissages (aucun terrain n'a été homologué au col du Pendu). Serein est informé plusieurs jours à l'avance, par message codé, du débarquement. Il établit alors sur un carnet la liste des maquisards présents, une douzaine, sous leur véritable identité en les informant qu'ils seront désormais des soldats réguliers. Le maquis est dénoncé.

Les forces d'occupation préparent avec minutie une opération répressive. Le 3 juin au matin, de Langogne (Lozère) et du Puy (Haute-Loire), des soldats sont amenés à pied d'œuvre à La-Chavade. Dix véhicules et des autocars réquisitionnés transportent ceux de Langogne - des supplétifs arméniens pour la plupart - trente camions acheminent ceux du Puy. Plusieurs maisons de La-Chavade et d'Astet sont encerclées. Des exactions sont commises. La colonne répressive prend position sur les hauteurs face à La-Veyreyre qu'ils démolissent par tirs de mortier. Les maquisards ont le temps de fuir à travers bois, mais André Serein, revenu chercher son carnet d'adresses, est abattu dans la prairie. Les quelques fermes des environs et la maison forestière de La-Grézouze sont pillées par cette horde ennemie et des habitants sont brutalisés.


Auteur : Alain Martinot

Sources :

Archives départementales de l'Ardèche - 70 J 60.

CD-ROM La Résistance en Ardèche, AERI, 2004.

Echanges avec Raoul Galataud.