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Film de la 1ère libération de Romans (22 août 1944)

Genre : Film

Type : Film

Source : © Association pour la sauvegarde du patrimoine romanais-péageois Droits réservés

Détails techniques :

Film de 4,10 mn.

Date document : 22-23 août 1944

Lieu : France - Auvergne-Rhône-Alpes (Rhône-Alpes) - Drôme - Romans-sur-Isère

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Analyse média

Nous sommes le 30 août 1944. La scène débute place Ernest Gailly. Une voiture « traction-avant » semble ouvrir la voie à la colonne alliée à travers la ville. C’est vraisemblablement un véhicule des FFI (Forces françaises de l'intérieur). La colonne débouche, au sud de la Côte des Cordeliers, et se dirige au nord via la place Philippe Pétain (ex et future place Jean-Jaurès), la rue Jacquemart pour aller, au nord, traverser la voie ferrée et prendre ensuite la route d’Hauterives-Beaurepaire. Le défilé a dû être assez long puisque, au tout début, une forte averse a accumulé l’eau sur la chaussée et qu’ensuite la route semble sèche.

Au bas de la place Ernest Gailly, deux « tractions-avant » sont stationnées autour desquelles circulent vraisemblablement des résistants.

Le convoi militaire états-unien est composé de jeeps, de camions divers tirant souvent des remorques, d’engins blindés et chenillés de plusieurs types. Avant de tourner à droite pour emprunter la rue Jacquemart, il longe un pâté de maisons incendiées le 27 août lors de la reprise de la ville par les Allemands. En rez-de-chaussée, on distingue le café Mondon.

On constate qu’il n’y a pratiquement personne dans les rues, sauf un petit groupe à l’entrée de la rue Jacquemart. Un vélo circule au milieu des véhicules militaires. On est loin de l’enthousiasme déclenché le 22 août lors de la libération de la ville par les résistants et surtout le 23, lors du défilé des valeureux résistants. D’ailleurs, cette colonne alliée ne s’arrête pas à Romans qu’elle ne fait que traverser, pour poursuivre, au nord, l’armée allemande qui va quitter définitivement le département le lendemain soir.

Le cinéaste amateur était certainement dans un des étages du « Café Central », filmant d’abord la place Ernest Gailly, vers le sud, puis se déplaçant devant une fenêtre de la façade nord, pour saisir le passage devant les immeubles incendiés et le virage vers la rue Jacquemart.


Auteur : Jean Sauvageon

Contexte historique

Le 15 août 1944, c’est le débarquement en Provence, à quelque 300 km au sud. Les forces alliées, américaines et françaises libres, remontent la vallée du Rhône alors que des éléments légers foncent sur Grenoble ; dans la soirée du 20 août, des avant-gardes américaines atteignent Crest par la vallée de la Drôme.

Cette avancée rapide soulève d'immenses espoirs dans la région de Romans et de Bourg-de-Péage encore sous le coup du désastre du Vercors. Les résistants rescapés se sont regroupés autour de Romans. Il n'est pas question de libérer la ville dans l'immédiat, cependant l'arrivée imminente des Américains précipite les événements alors que les troupes allemandes défendent âprement leurs positions au cours de la Bataille dite de Montélimar, dans la vallée du Rhône.

La petite garnison allemande de Romans est composée d'environ 200 hommes de deux compagnies du « Eisb.pi.Komp.100 » (compagnie des pionniers des chemins de fer n° 100), équipées de quelques véhicules légers, de grosses mitrailleuses, de petits canons, de mortiers. Pour l'essentiel, ce sont des ouvriers spécialisés chargés essentiellement de gérer des stocks de matériels et de munitions. Il y a aussi quelques blessés du front de l'Est, au repos ou en convalescence, quelques-uns viennent de Grèce ; certains sont jeunes, 16 ou 17 ans. Ces hommes, qui occupent la caserne Bon et le collège, sur l'avenue Gambetta, utilisent un atelier de réparation dans le garage Citroën, boulevard de l'Ouest. Leur valeur militaire semble faible.

Qui a pris l’initiative de la prise de Romans par les résistants ? Est-ce le futur maire Roger Raoux voulant éviter la destruction de la ville par les bombardements alliés ? Est-ce Narcisse Geyer, alias "Commandant Thivolllet", officier du 11e Cuirassiers qu’il a reconstitué (environ 700 hommes, dont une soixantaine de Tirailleurs sénégalais) ?

Dans la matinée du 22 août, vers 9 h, les hommes du 11e Cuirassier venus du nord de Romans conduits par Marc Coquelin (aspirant "Charvier") attaquent la gare puis le garage Citroën. Des tirailleurs sénégalais, une soixantaine environ, ont rejoint le 11e Cuir. Ils avaient été libérés, en juin 1944, par la Résistance alors qu’ils étaient internés à La Doua à Lyon. Ils ont participé à la prise de Romans.

Avertis avec un peu de retard, des hommes de la compagnie Daniel, du maquis Bozambo puis des FTPF arrivent alors que la bataille est déjà engagée.

L'Hôtel de Ville est pris. La caserne et le collège sont bientôt encerclés, la caserne s'embrase. La garnison allemande tente deux sorties : les soldats sont arrêtés et faits prisonniers. Vers 14 heures, les combats sont terminés. En fin d'après-midi, les Allemands de la garnison capitulent. Une douzaine de maquisards ont été tués ainsi qu'une dizaine de civils et une quarantaine d'Allemands.

Malgré les terribles massacres du Vercors, les prisonniers ont la vie sauve. L'abbé Michel Lémonon intervient pour éviter qu'ils ne soient maltraités. Les blessés allemands sont conduits à l'hôpital (la présence de ces blessés évitera un désastre aux Romanais le 27 août).

Dans l'après-midi, la foule romanaise enthousiaste acclame les maquisards, les drapeaux sortent de leur cachette et sont accrochés aux fenêtres. Le lendemain 23 août, les résistants défilent dans les rues. La population accueille les Américains venus de Grenoble mais ces derniers ne s'arrêtent guère et se hâtent vers le sud pour rejoindre les autres éléments qui tentent de barrer la route à la Wehrmacht entre Loriol et Montélimar. Cette présence momentanée des Américains conforte les Romanais et les Péageois dans l'idée de la Libération définitive mais les deux cités sont au voisinage d'une armée allemande encore importante dans la vallée du Rhône toute proche.

Un administrateur est nommé, c’est Roger Raoux, alias "capitaine Morgan", en remplacement du maire René Barlatier, maréchaliste. Le Comité local de Libération s’organise et se réunit tous les jours.

Une affiche signée Morgan est apposée en ville : « L’heure de la Libération est venue. Aidées et soutenues par l’avance foudroyante des troupes alliées, nos forces ont libéré notre ville de l’envahisseur. La Liberté reprend ses droits dans le Dauphiné d’où elle est partie à la conquête du monde. Sachez vous en montrer dignes. Conservez le calme et le sang-froid qui vous ont valu l’admiration du monde pendant les années douloureuses que vous venez de vivre. Nos épreuves ne sont pas terminées. La guerre est encore à nos portes. Nous mettrons tout en œuvre pour adoucir vos souffrances et vos privations, mais nous exigeons de vous la stricte discipline que nous imposent encore les événements. Chacun doit rester à son poste ou à sa place. Nous ne tolérons aucune vengeance personnelle. Nous punirons de mort tout acte de pillage. Les traîtres seront châtiés, les coupables quels qu’ils soient seront punis, mais dans la stricte légalité. L’arbitraire a fini son temps. La vraie France renaît ! Vive la France ! Vive la République ! »


Auteurs : Jean Sauvageon.
Sources : Dvd-rom La Résistance dans la Drôme-Vercors, éditions AERI-AERD, février 2007 (notice Laurent Jacquot). Sauvegarde du Patrimoine romanais-péageois, La libération de Romans et de Bourg-de-Péage.