La mémoire d'un résistant de l'Yonne, Pierre Argoud

Légende :

Monument à la mémoire du résistant Pierre Argoud et des déportés politiques morts en déportation du canton d'Aillant-sur-Tholon (Yonne), située place Michel-Muzard

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Cliché Thierry Roblin - ARORY Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur (2004).

Date document : 2004

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Aillant-sur-Tholon

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Analyse média

Le monument est composé de trois parties superposées. La base est un bas-relief représentant deux soldats allemands encadrant deux déportés qui s'effondrent sous les coups de crosse de l'un des soldats. Ce sont ainsi les terribles conditions de la déportation qui sont évoquées. Au-dessus de ce bas-relief est sculpté un portrait de Pierre Argoud, sous lequel sont gravées ses dates de naissance et de mort (1892-1944) et une inscription à la mémoire des "déportés politiques" du canton d'Aillant-sur-Tholon, morts en déportation. Sur la partie supérieure du monument sont gravés les noms de ces déportés, hommes et femmes.

Ce monument a été financé par souscription publique et inauguré le 17 novembre 1946, sous la présidence du préfet de l'Yonne, Jacques Brunel, et du maire d'Aillant-sur-Tholon, en présence des autorités civiles, militaires, de tous les représentants des organisations de résistance et des groupements d'anciens combattants.

À l'origine, ce monument avait été érigé devant la maison de Pierre Argoud. Les commémorations devenant de plus en plus difficiles en raison du développement de la circulation, la maison étant à proximité du carrefour de trois routes départementales, l'idée d'un transfert fut avancée en 1981. Cela provoqua un long débat entre ceux qui y étaient favorables et ceux qui refusaient, regroupés majoritairement au sein d'une association, les premiers compagnons de Pierre Argoud. Etant très attachés à l'emplacement d'origine, symbolique et de surcroît très visible, ils redoutaient que le déplacement vers un lieu plus excentré n'entraîne l'isolement du monument. Le conseil municipal vota le transfert du monument en 1994. Il fut réinstallé sur la place du 8-Mai-1945, devant l'ancienne gare d’Aillant-sur-Tholon. Une plaque avait été en outre apposée sur la façade de la maison de Pierre Argoud, le 15 décembre 1946.

L'importance du monument, la constitution d'une association de défense de sa mémoire et les polémiques relatives au transfert du monument témoignent de l'importance accordée par les habitants, les élus et les institutions, à l'égard d'un résistant connu et admiré, qui fut un acteur essentiel de la résistance dans l'Aillantais et dans le département.

La mémoire de cet acteur respecté de la Résistance est associée à celle de tous les résistants du canton morts en déportation, quelle qu'ait été leur appartenance.


Auteurs : Joël Drogland et Thierry Roblin

Sources : 

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI/ARORY, 2004

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin et J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l'Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Pierre Argoud est né le 25 mai 1899 à Fleury-la-Vallée, fils d’Henri Argoud, vétérinaire et maire d’Aillant-sur-Tholon de 1925 à 1929.
En 1923, il prend la succession de son père comme vétérinaire. Sa renommée dépasse largement les limites du canton, sa clientèle s’étendant de Toucy à la forêt d’Othe.
Après sa démobilisation, Argoud, de retour à Aillant-sur-Tholon en septembre 1940, reprend son activité de vétérinaire. Patriote mais pétainiste, ce sont les événements de novembre 1942, avec l’occupation totale de la France par les troupes allemandes, qui constituent l’élément déclencheur de son engagement dans la Résistance.

Au début du mois de février 1943, Alain de La Roussilhe sollicite Pierre Argoud et réussit à le convaincre de créer et d’organiser une antenne du réseau Jean-Marie Buckmaster dans la région. De La Roussilhe n’ignore pas que le vétérinaire aillantais jouit de toute la considération du monde paysan. Dans la nuit du 22 au 23 juillet 1943, le groupe formé par Argoud réceptionne un parachutage sur la commune de Chassy. Le 23 août, Argoud est chargé d’en réceptionner un second à Piffonds. Pierre Argoud multiplie les contacts avec de nombreux groupes de résistance, dont celui créé par Irène Chiot à Epizy. Ensemble, ils réceptionnent le parachutage du 16 septembre à Volgré, au lieu-dit « Les Tuileries ». Argoud rencontre également plusieurs fois Paul Herbin, responsable du groupe Bayard. Enfin, il intègre le réseau d’évasion d’aviateurs alliés Bordeaux-Loupiac, étant chargé de cacher des aviateurs alliés chez des fermiers de la région.

À la fin de l’année 1943, il doit quitter Aillant-sur-Tholon et passer dans la clandestinité sous le pseudonyme de Paul Ailleret.
Il est arrêté à Dijon le 25 janvier 1944, au cours d'un transport d'armes. Emprisonné et torturé à Dijon, il est transféré au camp de Royallieu avant d’être déporté, d'abord à Dachau puis à Flossenburg, et enfin au Kommando de Hersbrück, où il meurt d’épuisement le 20 octobre 1944.

L’acte de décès de Pierre Argoud n’est transmis à la mairie d’Aillant-sur-Tholon que le 31 octobre 1946. Entre-temps, le 18 mai 1945, il avait été élu maire jusqu’en 1947.


Auteurs : Joël Drogland et Thierry Roblin

Sources : 

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin et J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l'Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.