La mémoire d'un lieu de résistance icaunais : la forêt d'Othe

Légende :

Stèle érigée en 1979 à Bussy-en-Othe, au cœur de la forêt d'Othe, à la mémoire de tous les maquisards du Pays d'Othe (Yonne)

Genre : Image

Type : Stèle

Source : © Cliché Arnaud Fouanon Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur. Voir aussi l'album photo lié.

Date document : 19 juin 1979

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Bussy-en-Othe

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Analyse média

Cette stèle se compose d'un gros bloc de granite - qui n'est pas une roche locale - sur lequel a été fixée une plaque de marbre noir. Sur cette plaque, barrée sur son bord supérieur gauche des trois couleurs nationales, a été gravée une inscription à la mémoire des maquisards de la forêt d'Othe.  

Cette stèle a été financée par souscription au sein de l'ANACR et inaugurée le 19 juin 1979 en présence du colonel Jean Magendie, qui avait commandé en 1944 la compagnie FTP Rouget de Lisle, le plus important des maquis de la forêt d'Othe.

L'inscription ne fait volontairement aucune référence historique précise. Les dates de 1940 et de 1945 sont celles du second conflit mondial. Aucun maquis ne s'est formé en forêt d'Othe avant la fin de 1943. Certains maquisards ont combattu dans les Vosges et en Allemagne jusqu'en 1945, après avoir signé un engagement « pour la durée de la guerre ». Aucune référence précise n'est faite aux maquis de la forêt d'Othe, dont les noms ne sont pas cités.
Sur le territoire de la même commune, près de Villechétive, au bord de la route départementale 77, se trouve une autre stèle du même type, qui rend hommage aux hommes de la compagnie FTP Rouget de Lisle et qui cite les noms de ceux qui sont morts au combat.

Cette stèle a donc pour objectif de rendre hommage à tous ceux qui gagnèrent les maquis dans l'ensemble d'un territoire, la forêt d'Othe (on dit aussi, car la forêt n'est plus que résiduelle, le Pays d'Othe). Ce territoire fut effectivement couvert par un dense réseau de résistants sédentaires (qui, cependant, ne sont pas cités) qui furent le soutien logistique de plusieurs petits maquis mobiles et temporaires, puis de plusieurs gros maquis de combat.

[Voir l'album photo lié.]


Auteur : Joël Drogland

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Au nord-est du Jovinien, le Pays d’Othe apparaît comme un plateau élevé de 100 à 200 mètres au-dessus des vallées de l’Armançon, de l’Yonne et de la Vanne, qui en constituent les limites naturelles. Il se prolonge sur le département de l’Aube.

Resté à l’écart des axes de communication, le Pays d’Othe est, à la fin des années 1930, un territoire peu densément peuplé, abritant une population essentiellement rurale et agricole qui pratique une polyculture où les labours céréaliers s’accompagnent de vergers de pommiers à cidre et d’élevage bovin. La forêt n’a plus l’importance économique qui fut la sienne aux siècles précédents, mais son exploitation est d’autant plus forte sous l’Occupation que la demande de bois s’accroît, tant pour le chauffage que pour le charbon de bois nécessaire aux gazogènes des véhicules.

La Résistance est bien présente dans ce pays rural, boisé et enclavé. Son organisation se caractérise par la présence d’un dense réseau de sédentaires, qu'il s'agisse d'individus, de familles paysannes ou de groupes structurés pour l'action et homologués par une organisation. Ces sédentaires agissent en liaison étroite avec des maquis. Il s’agit d’abord, au printemps 1944, de petits maquis FTP mobiles : maquis Bourgogne, maquis Victoire et Liberté, maquis Gaulois, maquis Boigegrain, maquis Politzer - tous sont des maquis FTP. En juin et en juillet se structurent de plus grosses unités : maquis Bourgogne (Service National Maquis n° 6), 2de compagnie FTP Rouget de Lisle.

La limite Aube-Yonne n’est pas une frontière, comme en témoigne l’implantation d’un maquis aubois dans l’Yonne (maquis de Suy) et d’un maquis icaunais dans l’Aube (maquis Politzer), ainsi que les contacts entre Francœur, responsable du BOA (Bureau des Opérations Aériennes) de l’Aube avec des résistants othéens et florentinois.

Les maquis du Pays d’Othe sont attaqués de mai à juillet 1944. La plus puissante attaque a lieu le 20 et le 23 juin 1944. Elle vise le maquis aubois de Saint-Mards-en-Othe et le maquis Horteur, alors en cours d’installation par le responsable militaire de Libération-Nord, qui comptait implanter un puissant maquis dans la région de Chailley. Il s’agit pour la Wehrmacht d’anéantir les forces de la Résistance dont l’existence menace la sécurité de ses communications avec le front de Normandie. Il s’agit aussi de terroriser les populations civiles soupçonnées d’aide aux maquisards : Chailley, le 20 juin ; Arces, le 22 juin ; et le hameau de la Rue Chèvre (Sormery) sont l’objet d’exactions du 20 au 23 juin. Le maquis Bourgogne est attaqué près du hameau de La Grange-aux-Malades, sur la commune des Bordes, le 3 août 1944.


Auteur : Joël Drogland

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.