La mémoire d'un acte de résistance

Légende :

Plaque à la mémoire du FTP Marcel Dumont, de son épouse Yvonne, de leur fils Pierre, âgé de 17 ans et du FTP en mission Roger Roy, tués au cours de l'attaque par les Allemands de la maison Dumont, le 13 juin 1944 - située à Guerchy, 44 rue Dumont (Yonne)

Genre : Image

Type : Plaque

Source : © Cliché Thierry Roblin Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur (2004).

Date document : 1951

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Guerchy

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Analyse média

Plaque de marbre blanc posée sur un mur en ruine de la maison de la famille Dumont, située 44 rue Dumont, à Guerchy. La plaque est encadrée par deux bouquets de fleurs artificielles (coquelicots et bleuets principalement), liés par un ruban aux couleurs tricolores.

Dans la partie supérieure de la plaque, un bonnet phrygien stylisé - avec au centre une cocarde bleu-blanc-rouge et encadrée des sigles FFI et FTP - revendique clairement l'appartenance des résistants à l'organisation des FTP. Celle-ci est rappelée avant l'inscription de leurs noms. La présence répétée des trois couleurs nationales insiste sur la motivation patriotique des actions résistantes, de même que l'évocation, dans la partie inférieure, de la lutte pour la « libération de la patrie ».

La rue Dumont fut inaugurée le 10 juin 1945. Cette plaque a été inaugurée en 1951 par l'ancien ministre communiste François Billoux, en présence de Robert Loffroy, paysan communiste de Guerchy, responsable des FTP de l'Yonne en 1944. Elle est l'objet d'une commémoration, chaque année le 13 juin.


Auteurs : Joël Drogland et Thierry Roblin

Sources :

CD- Rom La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

Ces quatre résistants FTP ont péri sous les balles des soldats allemands, le 13 juin 1944, après avoir soutenu un véritable siège de six heures.

Venant de la région parisienne, la famille Dumont avait décidé de s’installer à Guerchy pour raisons de santé, Marcel, le père, étant malade. Proche du Parti communiste, Marcel Dumont avait pris dès 1942 des contacts avec des responsables du Front national de l’Yonne. En octobre 1943, son épouse et son fils Pierre, serrurier à Auxerre, accompagné du jeune auxerrois Roger Roy, s’engagent dans la Résistance. Marcel Dumont stocke une quantité importante d’armes et de matériel, dont la machine à écrire et la ronéo du groupe FTP.

Certains témoignages ont affirmé que les Dumont avaient été dénoncés. Robert Loffroy précise même que « le 12 juin, deux miliciens se faisant passer pour des résistants ont demandé à Marcel Dumont si ce dernier pouvait accueillir six jeunes résistants d’Auxerre… ». Le commissaire spécial Grégoire, accusé lors de son procès d’être à l’origine de l’arrestation des Dumont, ce dont il s’est vivement défendu, a déclaré que « Tout le monde savait que les Dumont faisaient de la résistance car ils s’étaient faits remarquer à Guerchy en se baladant armés dans le village… ».

Cette tragédie est à replacer dans le contexte des opérations d’insurrection et de « libération », déclenchées par l’état-major FTP au lendemain du débarquement du 6 juin 1944. Ces libérations anticipées ont eu lieu dans plusieurs villages de la forêt d’Othe et de l’Auxerrois.

Le 7 juin, des résistants FTP cachés dans les bois à proximité de Guerchy et dont certains membres étaient hébergés par la famille Dumont, demandent au maire de Guerchy de sonner le tocsin. Devant le refus de ce dernier, ils donnent l’ordre au garde-champêtre de battre le tambour. Puis, ayant réuni les habitants du village, ils distribuent des armes aux jeunes gens, dont les membres de la famille Dumont. L’euphorie gagne les jeunes résistants et ceux qu’ils ont armés. Tous parcourent les rues du village en chantant, avant de se retirer dans la soirée, non sans avoir auparavant dressé des barrages routiers entre Guerchy et Branches. Le lendemain, une voiture occupée par des officiers allemands se heurte à l’un de ces barrages faits de troncs de bois. Les Allemands donnent l’ordre au maire de faire dégager la route. La population appréhende la suite de ces événements. Leurs inquiétudes sont fondées car la Feldkommandantur est évidemment alertée, et Guerchy n’est pas loin d’Auxerre.

Le 13 juin à l’aube, une trentaine de soldats allemands investissent Guerchy et tentent d’arrêter la famille Dumont, qui décide d’engager un combat désespéré. Pendant six heures, trois hommes et une femme résistent à une troupe de soldats allemands fortement armés. Même si les Allemands enregistrent des pertes, ce combat forcément inégal s’achève par la mort des résistants. Ces derniers se seraient suicidés, retranchés dans la cave de la ferme. Seule Yvonne Dumont se rend, s’accrochant peut-être à l’espoir de revoir ses deux filles, Simone et Jacqueline, âgées respectivement de 15 et 12 ans, réfugiées chez des voisins. Peu après s’être constituée prisonnière, elle est abattue d’une balle dans la tête. Après avoir exhibé les quatre corps devant les ruines de la maison, les Allemands ne donnent l’ordre de les enterrer que le lendemain et interdisent d’éteindre l’incendie qui embrase la maison, n’autorisant que la protection des habitations voisines. Pendant ce temps, le groupe FTP, qui avait passé la nuit dans une grange proche de la maison Dumont, s’est prudemment replié en direction de Lindry, à Chazelles. Une partie de ce groupe formera par la suite la compagnie Pierre Dumont.

L’inconscience et l’imprudence des résistants FTP semblent donc être à l’origine de ce drame. Arrivée depuis peu à Guerchy, de sensibilité communiste, la famille Dumont ne semblait pas bien intégrée au village, certains habitants reprochant à Marcel Dumont « son caractère peu souple ». Il est probable aussi qu’une bonne partie de la population ait pris peur à la suite de la résistance acharnée des Dumont. Cela explique sans doute le peu d’empressement des habitants du village à commémorer l’événement. Ainsi, Robert Loffroy se souvient qu’à l’inauguration de la rue Dumont, le 10 juin 1945, « Plus de mille personnes étaient présentes, mais parmi elles, il y avait bien peu de ressortissants de la commune de Guerchy ».

La brutalité de la répression allemande n’a cependant pas laissé complètement insensibles les habitants de Guerchy : Maître Pascal, le notaire, signale qu’une collecte a été organisée en faveur des deux orphelines et que 10 000 francs ont été rassemblés. Simone et Jacqueline Dumont ont été hébergées à tour de rôle chez des habitants, avant que des membres de la famille ne viennent les prendre en charge. Même le préfet de l’Yonne est intervenu en demandant au Secours National de fournir des vêtements aux deux jeunes filles.


Auteurs : Joël Drogland et Thierry Roblin

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.