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15 000 bénévoles pour accueillir les prisonniers et déportés à Marseille

Genre : Image

Type : Correspondance administrative

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 150 W 182 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Le directeur départemental, Monsieur Charpin, chargé de l'accueil des prisonniers de guerre, déportés et réfugiés tient à assurer le préfet que son service fait tout son possible pour accueillir dignement les rapatriés. Son discours est résolument positif.

La lecture du document montre que l'accueil repose essentiellement sur le bénévolat des mouvements de résistance et des associations caritatives. Le ministère des Prisonniers de guerre, Déportés et Réfugiés n'a que 6 employés pour accueillir les rapatriés dans trois lieux différents : en gare Saint Charles, au port et dans les centres d'accueil dont celui de La Madrague près du port. Le directeur fait de nécessité vertu : la Nation est ainsi associée au rapatriement. Le dévouement de ses équipes est sans limite : « Dans les centres d'hébergement des Équipes d'Accueil s'y trouvent constamment pour s'occuper des Prisonniers et satisfaire leurs moindres désirs. » Dans le contexte de pénurie généralisée, cette affirmation relève du rêve. (voir contexte historique)

Deux problèmes perturbent cependant le directeur :

–   il est à craindre que l'accueil des prisonniers (on remarque que les déportés ne sont mentionnés qu'en début de document en reprise d'une formulation officielle) ne puisse toujours se faire en musique. La musique de la police et de la base militaire ne sont pas toujours disponibles.

–   Les bénévoles doivent être dédommagés. Le patronat doit contribuer.

Un bilan plus que positif : « Ils [les rapatriés] ont tous déclaré que les réceptions à Marseille resteraient un souvenir inoubliable. »

 

D'autres correspondances et des manifestations de rapatriés montreront que la réalité ne correspondait pas vraiment au tableau dressé par M. Charpin (voir contexte historique).

Dans son rapport adressé le 16 juin 1945 au général commandant la XVe région militaire (Marseille), le capitaine Cherpin note « Les réceptions de navires sur quai perdent peu à peu le caractère émouvant qu'elles avaient eu dans les premiers temps. Le service d'honneur ne se fait plus, la musique n'est plus disponible. Les quais eux-mêmes ont offert pour ces derniers navires un aspect lamentable de destruction. »

 


Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

Lorsque le directeur départemental du ministère des prisonniers, déportés et réfugiés adresse ce courrier au préfet des Bouches-du-Rhône, on assiste au pic d'arrivée des rapatriés des territoires peu à peu libérés par les Alliés :11 581 personnes sont arrivées à Marseille pour le seul moisd'avril 1945. Malgré le dévouement du personnel et des bénévoles chargés de l'accueil, les besoins des rapatriés étaient loin d'être assurés. Nourriture, vêtements, moyens de transports, d'hébergement étaient insuffisants pour la population en général. Il n'était pas possible de fournir en particulier des vêtements civils aux déportés. Dès le 16 mai, le directeur départemental faisait état auprès du préfet du manque criant de moyens en termes de personnel, de locaux et indique que la situation est particulièrement grave (album a). Le 6 juin alors qu'il a dû gérer en mai l'arrivée de 13 0006 rapatriés, M. Charpin se plaint du manque de camions pour transporter les rapatriés arrivant par avion (album b). Le préfet fait une réponse dilatoire car il ne peut que gérer la pénurie (album c).

Le 29 mai, le quotidien gaulliste La France de Marseille et du Sud-Est annonce la décision gouvernementale : seuls les déportés politiques (ce terme englobe les déportés juifs) recevront un habillement gratuit. Les autres seront pourvus en fonction des disponibilités. Tous recevront un bon textile de 200 points et un bon de chaussures.

 

 


 

                                                                                                          Auteure : Sylvie Orsoni

Sources :

-Mencherini Robert, La Libération et les années tricolores (1944-1947) Midi rouge, ombres et lumières.4. Paris, Syllepse, 2014.

-Wieviorka Annette, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l'oubli. Paris, Plon, 2025.

-Wieviorka Olivier, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres de la Libération à nos jours. Paris, éditions du Seuil, 2010.