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Campagne nationale du retour, mai 1945

Légende :

Article paru dans La France de Marseille et du Sud-Est, quotidien gaulliste, le 29 mai 1945.

Au verso, Lettre du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés aux Commissaires Régionaux de la République et aux Préfets.

(c) AD Bouches du Rhône 77W60

Genre : Image

Type : Article de presse

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 77 W 60 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Le 29 mai 1945, La France de Marseille et du Sud-Est fait paraître un petit article annonçant qu'une campagne nationale est lancée par Henri Frenay, ministre des Prisonniers, Déportés et Réfugiés. 

La « campagne du retour » initiée par Henri Frenay est une tentative pour faire prendre en charge par la solidarité nationale ce que les pouvoirs publics ne peuvent assumer seuls étant donné la situation du pays détruit pas les années d'occupation et de guerre. Si la Croix-Rouge s'est mobilisée dans l'accueil des rapatriés, elle fut loin d'être la seule :  le ministère a créé en mars le Conseil de l'absent qui regroupe des représentants du CNR, du COSOR (Comité des Œuvres sociales des Organisations de Résistance), des fédérations de prisonniers, de déportés, de femmes « d'absents », des représentants des différentes confessions religieuses. Le ministre préfère citer la Croix-Rouge, clairement identifiée et plus neutre au détriment d'organisations qui illustrent par leur diversité la difficulté à construire une unité nationale.

Car la campagne du retour à un autre but : réunir un pays déchiré dans l'accueil de tous les rapatriés sans distinction de mérite, à l'exception d'une minorité de collaborateurs et de traîtres : « Par sa réussite, nous prouverons au monde qui nous regarde, l'unité réelle de ce pays... »


                                                                                                                      Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

Depuis le 8 mai 1945, les combats en Europe sont terminés. Les arrivées en provenance de l'Allemagne et des pays libérés par les Alliés se succèdent à un rythme toujours plus soutenu. Le mois de mai marque un sommet avec près de 900 000 rapatriements.  Le centre d'accueil de la Madrague à Marseille (B-d-Rh) connaît lui aussi un pic avec 13 006 passages. Les autorités françaises se trouvent face au plus vaste mouvement de population jamais enregistré par le pays. Les infrastructures sont détruites, les pénuries généralisées. La volonté d'accueillir dignement prisonniers et déportés ne fait pas défaut au gouvernement mais les moyens manquent. Il fait donc appel à la générosité publique. Pour Henri Frenay, la démarche est aussi politique : la nation tout entière donc réconciliée après les années de division accueille avec chaleur tous les rapatriés à l'exception d'une poignée de réprouvés. Cela n'allait pas de soi. Les anciens combattants de la Première Guerre mondiale considéraient avec dédain les prisonniers de guerre. Les requis du STO pouvaient invoquer les actes de sabotage dans les usines allemandes et les représailles qui en découlaient, ils ne pouvaient bénéficier du même prestige que les résistants déportés ou les anciens maquisards.

Cette campagne du retour est jugée suffisamment importante pour que le ministre de l'Intérieur Adrien Tixier prie les commissaires régionaux de la République de la soutenir (verso).


                                                                                                          Auteure : Sylvie Orsoni

Sources :

-Wieviorka Annette, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l'oubli. Paris, Plon, 2025.

-Wieviorka Olivier, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres de la Libération à nos jours. Paris, éditions du Seuil, 2010.