Femmes suspectes jetées dans le Vieux-Port de Marseille

Légende :

Article paru dans le quotidien Midi-Soir, supplément de La Marseillaise, le 30 mai 1945 (page 1)

Lettre du Directeur départemental du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés au Préfet du 6 juin 1945 (page 2), AD Bouches du Rhône 77W60

Réponse du Préfet au Directeur départemental du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés (page 3), AD Bouches du Rhône 77W60

 

Type : Article de presse

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 77 W 60 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Le petit article de Midi-Soir fait état des réactions au retour de trois femmes suspectées d'avoir été volontairement travailler en Allemagne. Pour le rédacteur de l'article, il n'y a aucun doute sur le statut de ces femmes. Elles se sont glissées dans un convoi de rapatriés et profitent indûment des « maigres avantages réservés aux déportés ». Les rapatrié-e-s devaient passer par un centre d'accueil, ici à la gare Saint Charles.  Un interrogatoire devait permettre d'arrêter les personnes soupçonnées de collaboration. Les trois femmes n'ont pas su ou pu répondre correctement et ont été immédiatement prises à partie dans le centre de Saint Charles. Elles ont dû marcher nues de la gare au Vieux-Port et jetées à l'eau. Le journaliste en utilisant le terme « trempées » suggère qu'elles ont été repêchées. Il ne s'agissait pas de les noyer mais de les humilier. Elles doivent ensuite aller nues au commissariat central où elles sont traitées comme des victimes : des policiers vont récupérer leurs vêtements et enregistrent leur déposition.

Le ton de l'article ne témoigne d'aucune empathie pour ces femmes victimes de violences spécifiques au caractère sexuel évident.

Midi-Soir est le supplément de La Marseillaise, organe du Front national de Libération et défend des positions proches de celles du Parti communiste français. Pour les mouvements de Résistance, aller travailler volontairement en Allemagne était synonyme de collaboration.

 

 


Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

La presse à partir du printemps 1945 consacre régulièrement de petits articles au retour « des absents ». Marseille est la destination de rapatriement de nombreuses personnes libérées par l'avance de l'armée soviétique.

Tous les rapatriés ne sont pas accueillis avec la même chaleur. Ceux et celles qui sont partis travailler volontairement en Allemagne sont considérés comme des traîtres et des profiteurs.

Au printemps 1945, on assiste à une nouvelle flambée de violences à l'égard des femmes soupçonnées de collaboration. En effet, à partir d'avril 1945, les déportés commencent à rentrer de camp et à témoigner. Leur seul aspect physique bouleverse l'opinion qui se retourne contre ceux et celles partis travailler volontairement en Allemagne. Qu'ils osent se mêler aux victimes est considéré comme une provocation. Comme dans les jours qui suivent la Libération à l'été 1944, les femmes subissent des violences spécifiques à caractères sexuel. Certaines sont tondues, d'autres comme ici dénudées et exposées à la vue des passants. Les violences sont suffisamment répétées pour que le responsable départemental de l'accueil des rapatriés demande au préfet un renforcement du service d'ordre. La réponse du préfet est fraîche. Il accepte de renforcer le service d'ordre mais considère que les équipes d'accueil du centre sont à l'origine des violences et que le directeur départemental devrait d'abord examiner le fonctionnement de son service.(voir album a et b)

 

 


                                                                                                                      Auteure : Sylvie Orsoni

Sources :

-Mencherini Robert, La Libération et les années tricolores(1944-1947) Midi rouge, ombres et lumières.4. Paris, Syllepse, 2014.