Laissez-passer de Zepchi Sima

Légende :

Laissez-passer délivré par la légation de France en Suède pour une déportée de Ravensbrück libérée par la Croix-Rouge suédoise.

Type : Document administratif

Producteur : MUREL PACA

Source : © SHD-DAVCC Caen, 21 P 578 044 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Ce laissez-passer est établi par la Légation française en Suède pour Sima Zepchi, une déportée libérée du camp de concentration de Ravensbrück le 23 avril 1945 par la Croix-Rouge suédoise. Ramenée en bus puis en bateau jusqu’en Suède, il faut lui redonner une identité officielle après n’avoir été qu’un numéro matricule pendant la durée de sa déportation. Le 17 mai 1945, Sima Zepchi obtient ce laissez-passer qui lui sert de pièce d’identité. Il est « délivré sur la foi des déclarations faites par le titulaire à son arrivée en Suède ». N’ayant pas de preuves sur leur identité réelle, les diplomates français présents à Stockholm photographient les déportés et dressent ainsi leurs nouveaux papiers.

La mention « Légation de France en Suède » apparaît trois fois sur l’en-tête à gauche et sur les deux tampons apposés sur l’angle de la photographie (pour éviter le changement de photographie) avec au centre la mention « service des évadés » ce qui est paradoxal puisque Sima Zepchi ne s’est pas évadée de Ravensbrückmais qu’elle a été libérée après des négociations entre la Croix-Rouge et le chef de la SS, Heinrich Himmler.En réalité, ce service des évadés en Suèdea été mis en place en juillet 1943 par le Comité français de la Libération nationale (CFLN) pour des prisonniers de guerre français évadés d’Allemagne ou des travailleurs du Service du Travail obligatoire (STO) évadés d’Allemagne ou de Norvège. Une mission de rapatriement du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés est instaurée en avril 1945 sous la direction du commandant Hausamann.

L’officialité de ce document est renforcée avec l’inscription « République française » et la signature pour ordre du commandant Hausamann « pour le Ministre de France et p.o. le délégué du Ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés ».

Sima Zepchi obtient le laissez-passer n°189 897 qui correspond à son numéro matricule à Ravensbrück. Ce document présente les informations classiques d’identité : nom, prénoms, la nationalité française, le lieu et la date de naissance, la profession (non indiquée ici), l’adresse et des renseignements portant sur l’apparence physique (taille, couleur des cheveux et des yeux).Cette pièce n’est pas signée par Sima Zepchi. Il faut également préciser que Sima Zepchi n’est pas de nationalité française mais égyptienne habitant en France à Marseille donc le laissez-passer doit également servir pour les étrangers résidant en France.

 

 


                                                                                                                      Marilyne Andréo

Contexte historique

Lors de l’avancée des troupes alliées en Allemagne, la Croix-Rouge suédoise parvient à faire libérer 600 à 650 Françaises du camp de concentration de Ravensbrück. Près de 7 500 prisonnières de différentes nationalités vont pouvoir bénéficier de cette aide inespérée. L’opération est menée entre autres par le comte Folke Bernadotte, vice-président de l’association suédoise et neveu du roi de Suède Gustave V. En février 1945, à la demande des autorités danoises et norvégiennes, la Croix-Rouge suédoise commence à négocier avec le chef des SS, Heinrich Himmler, la libération des déportés scandinaves. Les négociations restent secrètes, même Hitler n’est pas au courant. La Croix-Rouge poursuit ses pourparlers et obtient un second accord pour libérer les femmes et les malades de divers camps. Himmler cherche à sauver sa peau et souhaiterait une paix séparée ou une capitulation allemande envers le Royaume-Uni et les Etats-Unis pour poursuivre le combat contre l’URSS ce qui est refusé par les Anglo-Américains.

Les déportées ainsi libérées sont transportées en bus blanc au milieu des bombardements via le Danemark puis envoyées en Suède, pays neutre pendant la guerre, en attendant d’être rapatriées en France. Sima Zepchi se trouvent parmi elles mais aussi les résistantes Odette Fabius et Sylvia Agostini de Marseille, Yvonne de Komornicka, notamment chef des Mouvements Unis de la Résistance dans le Vaucluse au moment de son arrestation, ou Germaine Tillion. Elles sont accueillies en convalescence dans plusieurs centres à Trelleborg, à Ryde, à Göteborg et à Malmö. Certaines sont hospitalisées, les autres sont logées dans des hôtels, des musées ou des écoles transformés en centre d’accueil. La légation française établit de nouveaux documents d’identité comme en témoigne ce laissez-passer. Des télégrammes envoyés en France donnent la liste de ces survivantes et leur nom est diffusé à la radio et dans les journaux français. A partir du milieu du mois de juin, les premiers rapatriements par avion commencent destination le Bourget puis le Lutetia.

Sima Marie Zepchi est née le 25 février 1908 au Caire en Egypte. Elle est la fille de Diran Zepchi et de Takouhie Tcheboukian. Elle arrive en France en 1928. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle demeure à Marseille. Dans le cadre de ses activités dans la Résistance, elle est en relation avec l’abbé Louis Blanc qui dirige un réseau de renseignements dans la cité phocéenne. Elle est également en contact avec des chirurgiens du comité médical de la Résistance (CMR) dont le professeur Robert de Vernejoul, responsable régional du CMR. Elle héberge des réfractaires et ravitaille des maquis. Le 29 novembre 1943, elle est en mission à Nîmes. Munie d’une lettre de recommandation, elle se rend au bureau du directeur du Service du Ravitaillement général de Nîmes afin d’échanger 3 000 coupons des feuilles semestrielles contre des tickets d’alimentation pour le pain et des denrées diverses à destination des réfractaires et des maquisards. Elle explique qu’elle est envoyée par la Résistance. Elle ne parvient pas à obtenir les documents qu’elle est venue chercher. Certainement dénoncée, elle est suivie et finalement arrêtée en gare de Nîmes le 2 décembre 1943 par un policier allemand en civil et un feldgendarme. Elle est appréhendée sous sa vraie identité car elle a sur elle sa carte d’identité d’étranger mentionnant sa nationalité égyptienne. Elle est emprisonnée à Uzès puis elle est transférée à la prison Saint-Pierre à Marseille en janvier 1944 et enfin au fort de Romainville le 5 mars 1944 (matricule 4 448). Elle est déportée le 18 avril 1944 à Ravensbrück dans un convoi comprenant 416 femmes. Elle y reçoit le matricule 189 897. Elle est libérée le 23 avril 1945 par la Croix-Rouge suédoise. Elle transite par la Suède avant d’être rapatriée en France le 14 juillet 1945 via le Lutetia. De retour à Marseille, elle retrouve son appartement qui a été pillé (ses vêtements, son linge de maison, une partie de ses meubles et son argent). Elle décède le 16 novembre 1974 à Marseille.

 


Marilyne Andréo

 

Sources

EC (Marseille).

2 159 W 469, AD BDR, dossier de demande de la carte de CVR de Sima Zepcki.

21 P 578 044, DAVCC Caen, Dossier de déportée de Sima Zepcki.

Exposition de la délégation de Paris des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, « Lutetia, 1945 – Le retour des déportés ». Site consulté le 8 février 2026.

https://lutetia.info/lexposition-3/panneau-n11-la-suede-accueille-des-deportees-de-ravensbruck/

France 2, « De l’enfer de Ravensbrück à Malmö : le convoi de la liberté des déportées françaises », sur le site internet de France 24, consulté le 8 février 2026.

https://www.france24.com/fr/france/20250424-ravensbr%C3%BCck-d%C3%A9port%C3%A9es-nazisme-allemagne-su%C3%A8de-r%C3%A9sistance-germaine-tillion-histoire

« France. Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés (1944-1946) » sur le site internet du Portail national des Archives, consulté le 8 février 2026.

https://francearchives.gouv.fr/fr/authorityrecord/FRAN_NP_051231