Jugements deLouis Ferrarese
Légende :
Jugements de Louis Ferrarese par le Tribunal militaire de Marseille puis de Lyon.
Type : Archives judiciaires
Producteur : MUREL PACA
Source : © SHD-DAVCC Caen Droits réservés
Date document : 1947-1948
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille
Analyse média
Lors de ses deux procès, Louis Ferrareseest reconnu coupable d’avoir fait arrêter plusieurs membres de la Résistance appartenant au mouvement Témoignage chrétien à Marseille, à Avignon et à Lyon et d’avoir travaillé au service de la Gestapo en entretenant « des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de favoriser les entreprises de cette puissance contre la France, notamment en révélant aux autorités allemandes l’activité du mouvement de Résistance catholique et antinazi des Cahiers du Témoignage chrétien ».
Lors du premier procès, son affaire est examinée par le Tribunal militaire de la IXème région de Marseille. Il est condamné le 6 novembre 1947à la peine de mort pour arrestations illégales et séquestration de personnes. La liste des résistants victimes des dénonciations de Ferrareseest présentée dans ce document mais sans préciser ce qu’ils sont devenus après leur interpellation par la Gestapo. Plusieurs ont été déportés comme l’abbé Paul Ardoin (et non Ardouin)à Mauthausen, Charles Bataillard à Neuengamme puis au Kommando de Brême-Farge où il meurt le 7 décembre 1944, l’abbé Ambroise Cognac à Neuengamme puis au Kommando de Brême-Farge, l’abbé Georges Hermellin à Dachau, Robert Maddalenaà Neuengamme puis au Kommando de Porta Westfalica. Fernand Belot (Jean est son autre prénom) a étéexécuté le 9 juin 1944 à Communay(Isère puis Rhône) par les Allemands.Son épouse, Raymonde, a été déportée à Ravensbrück puis au Kommando de Beendorf et enfin à Hambourg. Le séminariste Georges Blaize (et non Blaise), Philippe Doret René Michelotti, ont été arrêtés, emprisonnésaux Baumettes puis libérésen avril 1944 pour les deux premiers et le 20 juin 1944 pour le dernier, ils étaient alors tous mineurs. Henri Esquier a été lui aussi libéré.
Louis Ferrarese est jugé en deuxième instancepar le Tribunal militaire de Lyon qui le condamne le 9 décembre 1948 pour espionnage « à la peine des travaux forcés à perpétuité, à la dégradation civique et à la confiscation au profit de la Nation de tous les biens présents et à venir ». Ce jugement prévoit que la peine la plus forte doit être exécutée soit la peine de mort.
Son pourvoi en cassation est rejeté par arrêt en date du 4 août 1948 par le Tribunal militaire de Marseille. Il est exécuté le 8 juin 1949à 5h52 à Marseille.
Ce document est issu du dossier de demande du titre de déporté résistant de Charles Bataillard conservé à la Division des Archives des Victimes des Conflits contemporains (DAVCC) à Caen. Charles Bataillard est décédé en déportation. Le fait que son nom soit mentionné dans l’acte d’accusation contre Louis Ferrarese permet de prouver qu’il a bien été arrêté dans le cadre de son action dans la Résistance ce qui permet à sa famille que le titre de déporté résistant lui soit attribué puisqu’il y a bien un lien de cause à effet entre son activité résistante, son arrestation et sa déportation à la suite de la dénonciation de Louis Ferrarese. Ce document est également présent dans les archives privées de l’abbé Ambroise Cognac versées aux Archives départementales du Gard.
Marilyne Andréo
Sources :
SHD-DAVCC Caen, 21p625 461, Dossier de déporté résistant de Bataillard Adrien
Contexte historique
Dans les archives privées d’Ambroise Cognac, on peut retracer le parcours de Louis Ferrarese. Né en Italie, de nationalité italienne, il s’installe à Marseille en 1934. Il est marié et sans enfant. Pendant la guerre, sur les ordres de la Gestapo, il infiltre à Marseille le mouvement Témoignage chrétien. Ce catholique pratiquant connu dans les paroisses marseillaises n’éveille aucun soupçon et il est recruté par ce mouvement de Résistance. Il est présenté par l’abbé Alexandre Ardoin à son frère, l’abbé Paul Ardoin, responsable du mouvement dans la cité phocéenne. Louis Ferraresediffuse le journal clandestin Les Cahiers du Témoignage chrétien. Il a pour mission de trouver les rédacteurs des cahiers. Il provoque le 29 novembre 1943 l’arrestation de l’abbé Paul Ardoinsans se faire démasquer. Il poursuit ses activités au service de la Gestapo. Il connaît de mieux en mieux le fonctionnement de l’organisation à Marseille. Il apprend que celle-ci est en relation avec Robert Maddalena, professeur au collège des Jésuites à Avignon, responsable du mouvement à Avignon. Avec tous les renseignements accumulés, la Gestapo opère plusieurs arrestations le 7 et le 8 mars 1944 : l’abbé Ambroise Cognac, l’abbé Georges Hermellin, le séminariste de Georges Blaise, Philippe Dor, Henri Esquieret Robert Maddalena.Charles Bataillard et René Michelotti sont appréhendés le 8 par la Gestapo au bar Roman, près de la Chambre de Commerce à Marseille. Louis Ferrarese qui est avec eux repart libre.
Il poursuit sa quête à Montpellier puisà Toulouse afin de remonter la filière jusqu’à Lyon. Il arrive à obtenir un rendez-vous à Lyon avec le docteur Fernand Belot qu’il a déjà rencontré à Marseille lors d’une visite de ce responsable lyonnais du mouvement. L’organisation commence à avoir des doutes sur Louis Ferrarese. Un commissaire de police résistant est chargé de vérifier sa fiabilité. Il se rend à son hôtel pour procéder à un contrôle de tous les clients et Louis Ferrareselui montre sa carte d’agent de la Gestapo. Pensant le prendre au piège, Fernand Belot lui fixe un rendez-vous le 27 mars au soir ; il décide d’aller le voir dès le matin mais des agents de la Gestapo sont déjà là et l’arrêtent. Son épouse, Raymonde, est également interpellée par la Gestapo lyonnaise le 27 mars 1944 ainsi que son père, le colonel Belot, et ses beaux-parents. Fernand Belot est torturé par Klaus Barbie et ses sbires.Il ne parle pas alors qu’il connaît tous les renseignements tant recherchés par la Gestapo. Raymonde Belot se remarie après la guerre. Devenue Raymonde Guyon, elle témoigne lors du procès du chef de la Gestapo lyonnaise, Klaus Barbie, en 1987.
Certains diffuseurs marseillais des Cahiers du Témoignage chrétien sont libérés en avril et en juin 1944 alors que les autres sont déportés.
Après ses méfaits, Louis Ferrareserentre chez lui à Marseille. A la Libération, des FFI du quartier des Chutes-Lavies sont avertis de la présence d’un traître et ils vont arrêter Ferrarese. Tentant de prendre la fuite, celui-ci est blessé et hospitalisé à la salle des consignés de l’hôpital de la Conception puis il est transféré aux Baumettes dans l’attente de son procès.Il est jugé au Fort Saint-Nicolas par le Tribunal militaire de la IXème région militaire. Parmi les preuves contre lui, se trouvent des documents récupérés au siège de la Gestapo à Marseille. La patronne de l’hôtel lyonnais où il a résidé indique qu’elle l’a logé sur ordre de la police politique allemande. Des agents de la Gestapo confirment son appartenance à cette organisation.
Marilyne Andréo
Sources :
-Acte de décès de Louis Ferrarese, Archives municipales de Marseille.
-21p625461, SHD-DAVCC Caen, Dossier de déporté résistant de Bataillard Adrien.
-51 J 4, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Archives privées d’Ambroise Cognac.
-51 J 5, Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Archives privées d’Ambroise Cognac, dossiers des membres de Témoignage chrétien dans les Bouches-du-Rhône.
-18 P 40, SHD Vincennes, Dossier d’homologation du mouvement Témoignage chrétien.
-Laurent Cardonnet, Dominique Tantin, « Belot Fernand, Jean » sur le Maitron en ligne, consulté le 13 février 2026.
https://maitron.fr/belot-fernand-jean/
-Renée Bedarida, Témoignage chrétien : les armes de l’esprit 1941-1944, Paris, Editions ouvrières, 1977, p.238-240, p.243-244.


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