Autobiographie du déporté vauclusien Jean Geoffroy
Légende :
Jean Geoffroy, Au temps des crématoires, Cavaillon, Imprimerie Mistral, 1948.
Genre : Image
Type : Livre témoignage
Producteur : MUREL PACA
Source : © Archives privées Marilyne Andréo Droits réservés
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Vaucluse - Saint-Saturnin d'Apt
Analyse média
Le document est la couverture d’un ouvrage paru en 1948. L’auteur, Jean Geoffroy, y raconte son parcours d’interné dans les prisons françaises puis de déporté en Allemagne à Buchenwald et à Flossenbürg et en Tchécoslovaquie à Hradischko, Kommando de Flossenbürg. La couverture rayée en bleu et marron clair rappelle la tenue rayée des prisonniers dans les camps de concentration.
La couleur du triangle indique le statut du déporté. Le triangle rouge désigne les déportés politiques qui s’opposent au régime nazi comme les résistants, les opposants politiques, les francs-maçons. Plusieurs catégories existent avec des couleurs ou des symboles différents. Les Juifs sont marqués avec une étoile jaune ou avec un triangle rouge surmontant un triangle jaune pour les déportés politiques juifs, avec un triangle bleu surmontant un triangle jaune pour les apatrides juifs, avec un triangle noir surmontant un triangle jaune pour les Juifs asociaux. Toutes les autres catégories de la population concentrationnaire portent un triangle inversé, noir pour les asociaux et pour les Roms, marron pour les Tsiganes, rose pour les homosexuels, bleu pour les apatrides, vert pour les criminels de droit de commun, violet pour les Témoins de Jéhovah.Le F au centre correspond à l’initiale de la nationalitédu détenu en langue allemande, F pour les Français, B pour les Belges etles Bulgares, D pour les Allemands, DKpour les Danois, GR pour les Grecs, H pour les Hongrois, I pour les Italiens, L pour les Luxembourgeois, N pour les Norvégiens, NL pour les Néerlandais, P pour les Polonais, R pour les Roumains, SP ou E pour les Espagnols, SK pour les Slovaques, SU pour les Soviétiques ou parfois R pour les Russes, T pourles Tchèques, Y pour les Yougoslaves, etc. Les lettres peuvent varier selon les camps.
Le numéro 6 632 est le matricule de Jean Geoffroy au camp de Flossenbürg puis au Kommando de Hradischko. A l’intérieur des camps, les captifs ne sont plus appelés par leur nom mais par ce numérosoulignant la volonté de les déshumaniser de la part des nazis. Ce triangle en tissu et le matricule inscrit sur un tissu rectangulaire blancsont cousus sur la veste sur la poitrine à gauche et le matriculeest également cousu sur le pantalon.
La couverture veut d’emblée plonger le lecteur dans l’univers concentrationnaire nazi. Le titre Au temps des crématoires est glaçant. Il rappelle que les corps de millions de personnes décédées dans le système concentrationnaire nazi ont été brûlés par les nazis faute de place pour les ensevelir étant donné le nombre élevé de victimes et aussi pour effacer les traces de leurs crimes.
Ce livre est achevé d’imprimer le 24 septembre 1948 et le dépôt légal date du troisième trimestre 1948 soit seulement trois ans après le retour de déportation de Jean Geoffroy.
Cette autobiographie de 113 pages comprend neuf chapitres non numérotés : Arrestation. Premiers Contacts, En prison, Compiègne, « Nous avons fait un beau voyage », Buchenwald, Flossenbürg, Hradischko, Le train de Velezin, Tchèques, mes frères !
Jean Geoffroy y décrit la fin de l’univers concentrationnaire nazi de la page 99 à la page 110.
Marilyne Andréo
Contexte historique
Jean Geoffroy est né le 7 janvier 1905 à Malaucène dans le Vaucluse. Il est le fils d’Auguste Joseph Ferdinand Geoffroy, industriel fabricant de papier, chevalier de la Légion d’honneur en 1905, et de Laure Eugénie Louise Desplans. La tradition républicaine est fortement ancrée dans sa famille. Son grand-père, Ferdinand, fabricant de papier, a été maire de Malaucène de 1870 à 1874 et conseiller général de cette commune de 1871 à 1877 et de 1883 à 1895. Son père, Joseph, a suivi le même parcours, conseiller municipal de la commune de 1896 à 1919, élu maire en 1900 et conseiller général de 1895 à 1919. Il est vice-président de la Chambre de commerce d’Avignon et de Vauclusede 1909 à 1912 puis président. Il l’est encore en 1921 lorsqu’il est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur.
Jean Geoffroy fait ses études secondaires au lycée d’Avignon dans le Vaucluse puis de Valence dans la Drôme. Il poursuit ses études à la faculté de droit de Grenoble dans l’Isère. Il se marie en 1926. Docteur en droit, il s’établit comme notaire à Apt dans le Vaucluseà partir de 1932 puis comme avocat au barreau d’Avignon de 1936 à 1960. Il adhère au parti socialiste.
Il devient maire de Saint-Saturnin-lès-Apt dans le Vaucluseen 1933. Il est déchu en 1941 par le régime de Vichy « pour attitude hostile à l’égard de la Révolution nationale » de ses mandats de maire et de conseiller général pour le canton d’Apt (éluen 1937). Pendant la guerre, il habite dans l’ancienne cité papale et poursuit son activité d’avocat. Il défend les résistants arrêtés. Il s’engage dans la Résistance le 1er janvier 1942 au sein du mouvement Combatpuis des Groupes francs. Sous les ordres d’Yvonne de Komornicka, il est le responsable départemental du service identité et propagande sous le pseudonyme de Garnier. Il est membre du Comité d’action socialiste et du parti socialiste clandestin. Son frère Charles et ses neveux, Gilbert et Jacques sont également entrés dans la Résistance dans l’Armée secrète dans le secteur d’Apt. Son frère est le chef de ce secteur.
Jean Geoffroy est arrêté le 7 août 1943 par la Gestapo en gare d’Avignon. Il est interné à la caserne Hautpoul puis à la prison Saint-Pierre à Marseille du 18 août jusqu’au 17 décembre. Le train parti de la gare Saint-Charles met trois jours pour atteindre Compiègne (numéro 22 002). Il est déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald où il arrive deux jours plus tard. Il y reçoit le matricule 40 839. Après la période de quarantaine au Block 52 du petit camp, il est transféré le 22 février à Flossenbürgoù il porte le numéro 6 632 qui apparaît sur la couverture de son livre. Le 5 mars, ilarriveau Kommando de Hradischko se situant dans la banlieue de Prague. Ce Kommandoconstruit un champ de manœuvres pour les SS. A l’approche des troupes soviétiques, les SS évacuèrent tous les détenus le 26 avril. Ceux-ci marchent jusqu’à la gare de Miehnitz puis ils sont entassés dans des wagons à bestiaux avec des prisonniers d’autres Kommandos de Flossenbürg. Le convoidémarre le 28 avril et erre pendant 10 jours, les prisonniers sont privés d’eau et ils n’ont qu’un morceau de pain et un morceau de margarine par jour. Ils survivent dans la puanteur, au milieu des cadavres qui sont déposés lors des arrêts voire jetés hors des wagons. En gare de Prague, le 29 avril, des habitants parviennent à leur faire passer un peu de nourriture mais le train repart rapidement avec de nouveaux wagons comprenant des déportés d’autres camps. Il retourne en direction Hradischko.Dans le wagon de Jean Geoffroy, tous les détenus sont malades et ont la dysenterie. « Les jours succédaient aux jours. Le wagon nous semblait une tombe de laquelle nous ne devions jamais plus sortir. Le voyage sans but paraissait ne devoir jamais prendre fin ».
Lesrescapéssont libérés le 8 mai 1945par la Résistance tchèqueentre Velesin et Kaplice. « Le 8 mai, dans la matinée, nous avons vu à travers les fentes des wagons, toutes les maisons pavoisées aux couleurs tchèques. Quelque chose d’important se préparait. Mais le train marchait toujours et se hâtait, comme s’il avait brusquement un but précis. Puis, il s’est arrêté brutalement, des portes se sont ouvertes. Nous avons eu devant nous les civils tchèques. Les SS avaient disparu. Nous étions libres. Nous avons su plus tard qu’en cette ultime journée, nous avions échappé à un grand danger. C’est vers la région de Linz, en Autriche, que le train se dirigeait, dans le but de nous y exterminer avant l’arrivée des Alliés ».
Jean Geoffroy est très affaibli et malade, il a contracté le typhus. Deux jours plus tard, il est hospitalisé à Budejovice. Il a du mal à prendre contact avec les autorités françaises car il est dans un secteur libéré par l’armée soviétique. Le 25 juin, il est transporté par avion à l’hôpital français 413 de la 1ère armée à Reicheneau près du lac de Constance. Il n’est rapatrié en France que le 10 septembre alors que presque tous les rescapés sont déjà rentrés chez eux ce qui témoigne de son mauvais état de santé ne permettant pas son retour plus tôt.
Malgré son absence, il récupère son fauteuil de maire de Saint-Saturnin-lès-Apt lors des élections municipales de 1945. Battu en 1947, il est réélu en 1955 et il reste en fonction jusqu’en 1983. Il redevient conseiller général juste après son retour, il est ensuite battu en 1949. Il est député socialiste à la première Assemblée nationale constituante d’octobre 1945 à juin 1946 et ensuite sénateur de 1948 à 1986.
A son retour de déportation, il reprend son métier d’avocat jusqu’en 1960. Il termine sa carrière en redevenant notaire à Châteauneuf-de-Gadagne et à Saint-Saturnin-lès-Apt de 1960 à 1982.
Il reçoit la Légion d’honneur et la médaille de la Résistance.Son livre est réédité en 1986. Il décède le 3 février 1991 à Saint-Saturnin-lès-Apt à l’âge de 86 ans.
Marilyne Andréo
Sources :
-21p613772, SHD-DAVCC Caen, Dossier de déporté résistant de Geoffroy Jean Ferdinand.
-Archives départementales de Vaucluse, Dossier de demande de la carte de CVR de Jean Geoffroy.
-Jean Geoffroy, Au temps des crématoires, Cavaillon, Imprimerie Mistral, 1948
-Assemblée nationale, Dictionnaire des parlementaires français. 1940-1958. Tome 4, Paris, La Documentation française, 2001, p.172-173.
-Base Léonore pour le dossier de la légion d’honneur de Geoffroy Auguste Joseph Ferdinand.
-Gilles Morin « Geoffroy Jean » sur le Maitron en ligne. Site consulté le 29 janvier 2026.
https://maitron.fr/geoffroy-jean/
-Biographie de Jean Geoffroy sur le site de l’Association française Buchenwald Dora et Kommandos. Site consulté le 29 janvier 2026.
-https://asso-buchenwald-dora.com/geoffroy-jean-klb-40839/
-Biographie de Jean Geoffroy sur le site de l’Association des déportés et familles de disparus du camp de concentration de Flossenbürg et Kommandos. Consulté le 26 janvier 2026.
-https://asso-flossenburg.com/deporte/geoffroy-jean/
-Biographie de Jean Geoffroy sur le site du Sénat. Consulté le 26 janvier 2026.
https://www.senat.fr/senateur/geoffroy_jean000114.html
-Canton de Malaucène sur le site Geneawiki. Consulté le 26 janvier 2026.


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