Voir le recto

UnserVaterland (Notre Patrie), journal allemand antinazi, août 1943.

Légende :

Premier numéro du journal clandestin édité par le comité national « Allemagne libre » : UnserVaterland (Notre Patrie). Traduction de Christian Oppetit.

Genre : Image

Type : Journal clandestin

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives privées du comité de Marseille de l'ANACR Droits réservés

Date document : Août 1943

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

Ajouter au bloc-notes

Analyse média

Après la guerre, d'anciens résistants marseillais, souvent communistes, fondent une antenne locale de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR). Elle conserve dans ses archives de nombreux documents provenant des organisations liées au parti communiste français. Ce premier numéro de UnserVaterland (Notre Patrie) en est un exemple. D'août 1943 à août 1944, vingt-cinq numéros sont publiés en zone sud. UnserVaterlandest l'organe du Comité national pour l'Allemagne libre créé à Moscou en juillet 1943 (voir contexte historique). Ce sont les militants du parti communiste allemand qui sont chargés de sa diffusion en France. Ils reçoivent un appui très important des militants de la MOI (Main d’œuvre immigrée) organisation créée par le parti communiste français au début des années 1930 à destination des immigrés.

Dans ce premier numéro, le comité national s'adresse essentiellement aux soldats et officiers allemands en France. Il s'agit de convaincre les troupes d'occupation que la guerre est irrémédiablement perdue pour l'Allemagne. La seule issue raisonnable est d'arrêter les combats et de se désolidariser de Hitler pour permettre la survie de la nation allemande et du Reich.

Les troupes d'occupation ne doivent pas aggraver leur situation de futurs vaincus en massacrant les résistants français qualifiés d'authentiques patriotes.

Comme dans toutes les publications communistes, des nouvelles dont il est très difficile de vérifier la véracité sont destinées à montrer la justesse de la ligne défendue :

            -déclarations de très hauts gradés faits prisonniers à Stalingrad comme le général Edler von Daniels, commandant la 376e division d'infanterie du XIe corps de la 6e armée (voir contexte historique),  

            -en Allemagne même, manifestations de femmes et d'ouvriers en faveur de la paix et contre Hitler, grève victorieuse menée par les syndicats clandestins sur des revendications matérielles et non politiques. Le journal se félicite de l'union des travailleurs allemands et étrangers sans mentionner que ces « travailleurs étrangers » ont été pour la plupart requis de force, voire prélevés dans les camps de concentration pour servir l'effort de guerre allemand.

       Comme le Front national en France, créé à l'initiative du Parti communiste français, le comité national pour l'Allemagne libre veut rassembler tous les antinazis. Le Comité national pour l'Allemagne libre en insistant sur les aspects militaires passe sous silence les aspects majeurs de la politique nazie, en particulier son volet génocidaire. Il ne faut pas heurter les éléments conservateurs, et tenir compte des effets de la propagande développée par le régime depuis son arrivée au pouvoir en janvier 1933. Les fréquences radio indiquées à la fin du journal sont celles du Comité national pour l'Allemagne libre émettant de Moscou.


                                                             Sylvie Orsoni

 

Contexte historique

A l'été 1943, il apparaît que Hitler ne peut plus gagner la guerre.  Le gouvernement soviétique entend utiliser l'impactdel'effondrement de la 6e armée allemande à Stalingrad. Sur 250 000 combattants allemands, 113 000 soldats et officiers ont été faits prisonniers et 112 000 ont péri. Le gouvernement soviétique suscite donc la création d'un comité national pour l'Allemagne libre (CNAL) en juillet 1943. Le CNAL se compose de vingt-cinq officiers et soldats prisonniers de guerre et de communistes réfugiés en URSS comme Walter Ulbricht, futur dirigeant de la RDA ou l'écrivain Erich Weinert . Ce comité est contrôlé par le Parti communiste allemand mais reçoit comme objectif de rassembler tous les opposants allemands et autrichiens au nazisme. Il met en avant la participation d'officiers et place sa propagande défaitiste sous l'égide du patriotisme : Hitler et sa guerre insensée conduisent le peuple allemand au désastre voire à la disparition. Le 8 décembre 1944 le maréchal Paulus, fait prisonnier à Stalingrad le 31 janvier 1943, accepte de lire à l'émetteur de FreiesDeutschland un appel reprenant ces thèmes.

     A Marseille, les communistes allemands et autrichiens réfugiés politiques en France avant la guerre, se trouvent dès juin 1940, sous la menace de l'article 19 de la convention d'armistice : le gouvernement français s'est engagé à livrer sur demande les réfugiés politiques que réclamerait le gouvernement allemand. Dès août 1940, Lex Ende, ancien député communiste au Reichstag, met en place des filières d'évasion à partir de Marseille. Le Parti communiste français suscite « le travail allemand » (TA) à destination des troupes d'occupation. Les militants, et militantes allemands, autrichiens, tchèques, aidés de Polonais, Hongrois, Roumains parfaitement germanophones ont une triple mission extrêmement dangereuse: développer la propagande auprès des troupes d'occupation, les infiltrer pour recueillir des renseignements et former des cellules de résistants au sein de la Wehrmacht. A l'été 1941, le tchèque Artur London prend la direction du TA. Le responsable de la branche allemande au sein du TA, Otto Niebergall dirige à partir de septembre 1943 le « comité national Allemagne libre pour l'Ouest» (CALPO).  Heinz Pries est à la tête de la délégation en zone sud dont le siège est à Lyon. Les résistants de la MOI (Main d’œuvre immigrée) fournissent un appui matériel : tracts, papillons et journaux clandestins, qu'ils émanent du TA ou du CALPO circulent dans Marseille. UnserVaterland est la trace de cette résistance reconnue en avril 1944 par le Comité français de libération nationale.

 


                                                                                                          Sylvie Orsoni

 

Sources : 

 -Courtois Stéphane, Peschanski Denis, Rayski Adam, Le sang de l'étranger. Les immigrés de la MOI dans la Résistance, Paris,Librairie Arthème Fayard,1989.

-Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944), Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3, Paris, Syllepse, 2011.