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14 juillet 1942 La France a parlé !

Légende :

Copie d'un tract distribué à Aix-en-Provence par le mouvement Combat (recto)

Tract "Nous les vengerons" (verso)

Genre : Image

Type : Tract

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 99 W 120 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Aix-en-Provence

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Analyse média

Le mouvement de résistance Combat poursuit son action entamée le 14 juillet 1942 à l'occasion de la fête nationale (voir notice Aixois Manifestez) Le tract est résolument positif : la mobilisation a été un succès dans toute la zone non occupée (voir contexte historique). Le titre « la France a parlé » entend faire des manifestations du 14 juillet 1942 le signe éclatant du rejet du gouvernement de Vichy alors que les consultations électorales sont suspendues.  Les chiffres annoncés sont sans commune mesure avec la participation réelle : à Aix-en-Provence, un millier de personnes ont répondu à l'appel des différents mouvements de Résistance ce qui est loin d'être négligeable compte tenu des risques encourus. S'il est exact que des membres du parti collaborationniste franciste ont été pris à partie par la foule rien ne confirme la fuite d'allemands vers l'hôtel de luxe du Roy René. Il s'agit de montrer que face à une foule déterminée les vainqueurs battent en retraite et qu'ils mènent une vie insouciante alors que la population souffre de graves pénuries. Le tract utilise comme de coutume le terme de « boches ».

La manifestation de Marseille a été endeuillée par la mort de deux manifestantes. Elles ont été tuées par des tirs provenant de l'immeuble du PPF, parti collaborationniste dirigé à Marseille par Simon Sabiani. Il est inexact en revanche, que l'immeuble était protégé par « quatre rangs de policiers ». Les policiers sont intervenus à la fois pour tenter d'interpeller les auteurs des coups de feu et pour éviter que la foule n'envahisse les locaux, ce qui aurait entraîné d'autres victimes. Les écoutes téléphoniques des renseignements généraux montrent que Simon Sabiani intervient en personne pour faire libérer les militants interpellés au siège de son organisation.

Le drame marseillais permet aux mouvements de résistance de montrer qu'il n'y a aucun retour en arrière possible avec le gouvernement de Vichy qui a du sang sur les mains. Ce tract reste cependant plus proche de la réalité des événements que celui intitulé « nous les vengerons » et saisi par la police aixoise en septembre (voir album).

 


 Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

Les 2 et 12 juillet, Maurice Schumann dans l'émission « Honneur et Patrie » lance à la BBC un appel à manifester le 14 juillet en zone non occupée. Tous les mouvements de Résistance s'emparent de cette date symbolique et relaient cet appel. Combat dans les jours qui précèdent diffuse tracts et papillons pour mobiliser la population aixoise. Le fait même qu'un millier d'Aixois ait répondu présent constitue un succès que Combat continue d'exploiter dans le tract diffusé au lendemain de l'événement. Le tract obéit aux règles de la propagande : le nombre de manifestants   est sciemment gonflé, l'intervention des policiers marseillais est présentée de manière à montrer la collusion du gouvernement avec les collaborateurs assassins de patriotes. Les policiers, en réalité, ont eu un rôle plus nuancé que ne le suggère le tract de Combat.

Aix-en-Provence est représentative des manifestations qui se sont déroulées le 14 juillet 1942. La Résistance intérieure et Radio-Londres ont une audience dans la population qui dépasse le nombre de manifestants.


                                                                                                                      Auteure : Sylvie Orsoni

Sources :

Joly Laurent (sous la direction de), VICHY. Histoire d'une dictature 1940-1944, Paris, éditions Tallandier, 2025

Mencherini Robert, Vichy en Provence, Midi Rouge, ombres et lumières, tome 2. Paris, Syllepse, 2009.

Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3, Paris, Syllepse, 2011.