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Laval au poteau, Combat, avril 1942.

Légende :

Tract saisi par la gendarmerie d'Aix-en-Provence, 25 avril 1942 (recto).

Rapport de gendarmerie (verso). 

Genre : Image

Type : Tract 27/21 cm

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 99 W 120 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Aix-en-Provence

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Analyse média

Le 25 avril 1942, le commandant de gendarmerie d'Aix-en-Provence transmet à ses supérieurs une série de tracts saisis dans la nuit du 24 au 25 avril 1942( album). Celui portant le titre « Laval au poteau » est signé Libération française. Il émane du mouvement de Résistance Combat( voire contexte historique).

Le titre  voue d'emblée  Pierre Laval au peloton d'exécution. Chaque paragraphe  développe, avec une grande violence dans les termes, la légende noire de Pierre Laval, redevenu vice-président du gouvernement du maréchal Pétain le 18 avril 1942( voire contexte historique).

-incarnation de toutes les tares des politiciens de la IIIe République : affairiste, corrompu, « aventurier malpropre » entourée d'une « bande de forbens ( sic)», intrigant

-traître à son pays depuis les années trente( voire contexte historique). Jugé responsable de  l'armistice de juin 1940, de la politique de collaboration car vendu aux Allemands, il est comparé au norvégien Quisling(18-7-1887/fusillé le 24- 10-1945) qui incarne pour la Résistance européenne la collaboration d'Etat.

Le maréchal Pétain est encore ménagé en avril 1942 : «... le Maréchal passe à l'arrière-plan...Désormais l 'opposition irréductible que masquait sa haute figure  éclate en plein jour ».Pierre Laval assume entièrement la responsabilité de toutes les décisions découlant de la collaboration d'Etat.  La Révolution nationale n'est pas mise en cause puisque le maréchal Pétain n'a plus d'autonomie mais se trouve sous la coupe de Pierre Laval, « homme des Boches ».

Ce tract montre la place particulière que Pierre Laval occupe : impopulaire avant guerre, il devient un objet de détestation pendant l'occupation. Il est fusillé à la prison de Fresnes le15 octobre 1945 après un procès en Haute Cour.

L'appel à la lutte, y compris armée contre les occupants et les collaborateurs du gouvernement de Vichy peut se conjuguer avec une attitude ambiguë vis-à-vis du maréchal Pétain.


                            Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

Pierre Laval a une longue carrière politique derrière lui lorsqu'il est rappelé par le maréchal Pétain le 18 avril 1942 avec des pouvoirs exceptionnels.Vice-président du gouvernement, ses prérogatives s'étendent  aux ministères des affaires étrangères, de l'intérieur et de l'information. Vice-président du conseil des ministres du 23 juin au 10 juillet 1940, il manœuvre effectivement  de Bordeaux à Vichy pour que les membres de l'Assemblée nationale votent les pleins pouvoirs  constituants au maréchal Pétain le 10 juillet 1940 et sabordent ainsi la démocratie avec la IIIe République. Son impopularité remontait cependant bien avant. A partir de 1931, il participe régulièrement aux gouvernements comme ministre ou Président du Conseil. C'est à ce titre  de juin 1935 à janvier 1936 qu'il pratique une politique de déflation qui frappe durement les fonctionnaires et contribue à la victoire du Front populaire. Ministre des affaires étrangères de septembre 1934 à janvier 1936, il ne croit pas à une alliance de revers  avec l'URSS défendue par Louis Barthou et met à profit la mort de celui-ci, tué à Marseille le 9 octobre 1934, pour défendre une alliance  avec l'Italie, ce qui lui vaut dans le tract l'accusation  d'être « vendu à Mussolini ».

Issu d'un famille modeste, Pierre Laval  réalise une  fortune considérable en tant que patron de presse et de radio, ce qui suscite régulièrement des accusations de corruption et d'affairisme.  Enfin ses adversaires et les caricaturistes se moquent de son apparence peu soignée( un mégot decigarette constamment collé aux lèvres) et lui renvoyaient ses origines auvergnates (un bougnat, un maquignon) quand ils ne le taxaient pas d'être gitan. Son physique est constamment opposé à celui du maréchal aux yeux « bleus de France ».

Lors de la constitution du gouvernement présidé par le maréchal Pétain le 12 juillet 1940, Pierre Laval en devient le vice-président. Il est désigné comme le successeur du maréchal en cas de vacance du pouvoir. La rencontre Hitler-Pétain du 24 octobre 1940 à Montoire qui aboutit à l'annonce par le maréchal de la politique de collaboration avec l'Allemagne a été préparée par une entrevue Hitler-Laval deux jours plus tôt. Laval défend une alliance étroite avec le Reich. Il est donc considéré comme le responsable de la collaboration d'Etat.  Le maréchal Pétain prend ombrage de son autorité, de sa proximité avec les autorités allemandes  et utilise son impopularité pour le renvoyer  en décembre 1940 . Cela n'amène aucun changement dans la politique vis-à-vis de l'Allemagne mais son retour au pouvoir le 18 avril 1942 est interprété comme un diktat de l'Allemagne.

Pour les auteurs du tract, Laval est totalement soumis aux occupants et le maréchal tenu à l'écart.

Combat au printemps 1942 avait commencé à prendre ses distances avec le maréchal Pétain( voire introduction) mais il faut attendre l'été 1942 pour que la rupture soit définitivement scellée et l'autorité du général de Gaulle reconnue.  Combat issu de la fusion entre  le Mouvement de libération nationale (MLN)f et  Liberté signe parfois  ses tracts  Combat, Libération française.


Auteure : Sylvie Orsoni

Sources

Cogniez Hugo, La mort de la IIIe République, 10 mai-10 juillet 1940. De la défaite au coup d'Etat.  Paris, éditions Perrin, 2024. 

Joly Laurent( sous la direction de),VICHY. Histoire d'une dictature 1940-1944, Paris, éditions Tallandier, 2025

Kupferman Fred, Laval, éditions Balland, Paris, 1987,  réed. Tallandier, Paris, 2006.

Mencherini Robert, Vichy en Provence, Midi Rouge, ombres et lumières, tome 2.Paris, Syllepse, 2009.

Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3. Paris, Syllepse, 2011.

Peschanski Denis et Douzou Laurent, La résistance française face à l'hypothèque de Vichy, http://hal.archives-ouvertes.fr/aut/Denis+Peschanski/ aut/ Laurent Douzou.