Laval se démasque, Front National, juillet 1942
Légende :
Tract du Front national distribué le 2 juillet 1942 à Aix-en-Provence (recto).
Rapport du commissaire central de police d'Aix-en-Provence au sous-préfet, 2 juillet 1942 (verso).
Genre : Image
Type : Tract et rapport
Producteur : MUREL PACA
Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 99 W 119 Droits réservés
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Aix-en-Provence
Analyse média
Ce tract est diffusé dans les rues d'Aix-en-Provence dans le nuit du 1 au 2 juillet 1942 comme l'indique le rapport du commissaire de police (voire album). Il émane du Front national de libération de la France et répond au discours que Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain, prononce le 22 juin 1942.
Le titre et les premières lignes utilisent la phrase prononcée lors de cette allocution par Pierre Laval - « Je souhaite la victoire de l'Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme, demain, s'installe partout. »- pour montrer le sens politique de la collaboration d'Etat. Loin de protéger les Français, elle constitue une trahison et un ralliement à l'Allemagne nazie.
Le tract s'adresse cependant avant tout aux travailleurs français. En effet, Pierre Laval a présenté dans son discours du 22 juin la politique de la « Relève » : les ouvriers partant volontairement travailler en Allemagne permettront le retour de prisonniers de guerre français. La presse régionale multiplie les articles en faveur de la Relève : devoir de solidarité envers les soldats prisonniers depuis 1940, avantages matériels, barrage au péril communiste. Le tract répond à chaque élément de la propagande :
– il ne s'agit pas de solidarité mais de chantage, rien ne garantit que le retour des prisonniers libérés sera en rapport avec les départs.
– le prélèvement de la main d'oeuvre ouvrière française affaiblira l'industrie française et sera donc cause de chômage futur. Les agriculteurs prisonniers seront libérés en priorité.Leur retour ne permettra pas à la population française de mieux se nourrir car l'Allemagne continuera à prélever les ressources du pays.
– les ouvriers ne doivent pas être dupes des avantages matériels que la propagande fait miroiter : ils risquent plutôt d'être tués dans les bombardements que les alliés vont intensifier sur l'Allemagne
– en travaillant pour la machine de guerre allemande ils prolongent le conflit qui profite aux trusts ,incarnation du capitalisme et de l'exploitation du prolétariat.
Refuser de travailler pour la machine de guerre allemande devient un thème récurrent des publications de la Résistance.
Le tract se termine par un appel à rejoindre le Front national et à plus courte échéance à manifester le 13 juillet devant la sous-préfecture d'Aix-en-Provence.
La déclinaison des signataires est conforme à l'objectif du Front national : rassembler sans exclusive. L'expression « sans partis » typique du vocabulaire communiste, montre l'influence du Parti communiste français.
Auteure : Sylvie Orsoni
Contexte historique
Ce tract répond à un double objectif :
-réagir au discours de Pierre Laval du 22 juin. Souhaiter publiquement la victoire de l'Allemagne et annoncer qu'au nom de la « Relève », des Français iront travailler en Allemagne provoquent indignation et inquiétude. L'impopularité profonde de Pierre Laval, régulièrement signalée dans les rapports des renseignements généraux, s'accroît encore Immédiatement l'opinion publique est persuadée que « la Relève » n'est qu'une étape avant la réquisition obligatoire, ce qui sera fait en février 1943. Le patronat provençal craint qu'une pénurie de main d'oeuvre ne l'oblige à augmenter les salaires. Les départs volontaires d'ouvriers pour l'Allemagne, en hausse en 1941 avaient connu un fléchissement au premier semestre de 1942. La propagande mise en place après juin 1942 porte ses fruits et le nombre de Provençaux partant pour l'Allemagne augmente. La presse régionale consacre de nombreux reportages enthousiastes aux convois qui partent de la gare Saint Charles à Marseille.
-mobiliser à l'approche de la fête nationale. Tous les mouvements de résistance mettent à profit les dates symboliques de l'histoire française : 11 novembre, 1er mai, 14 juillet pour organiser des manifestations qu'ils espèrent massives.
Le Front national en appelant à manifester le 13 et le 14 juillet a présumé de la combativité de la population qui préférera participer aux manifestations du 14 juillet (voire notice Combat La France a parlé).
Auteure : Sylvie Orsoni
Sources :
Joly Laurent( sous la direction de),VICHY. Histoire d'une dictature 1940-1944, Paris, éditions Tallandier, 2025
Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3, Paris, Syllepse, 2011.
Spina Raphaël, Histoire du STO, Paris, éditions Perrin 2017.
Virieux Daniel, Le front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France. Période clandestine( mai 1941-août 1944),thèse d'Etat, Paris VIII, 1996.


Voir le bloc-notes
()