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Hommage aux FTP-MOI de l'Affiche rouge, UJRE, mars 1944.

Genre : Image

Type : Tract

Producteur : MUREL PACA

Source : © archives privées de l'ANACR des Bouches-du-Rhône. Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Après la guerre, d'anciens résistants et résistantes marseillais fondent une antenne locale de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance(ANACR) qui conserve dans ses archives de nombreux documents témoignant de leur engagement.   Une imprimerie clandestine de la MOI(Main d'œuvre immigrée) réalisait à partir de carbones envoyés du centre national les publications des organisations liées au Parti communiste français, comme ce tract de l'UJRE(voir contexte historique)

Quelques semaines après l'exécution de 22 membres des FTP-MOI (Francs-Tireurs et partisans- Main d'œuvre immigrée) de la région parisienne qui passent à la postérité sous le nom de « groupe Manouchian », l'UJRE rend hommage à ces combattants présentés par la propagande allemande comme les représentants de « l'armée du crime », coupables d'assassiner des Français. Le premier paragraphe rend compte de la diffusion de ce qui deviendra l'Affiche rouge (voir contexte historique).

Le but principal du tract est de contrer la propagande allemande activement relayée par la presse au service du gouvernement de Vichy. Si dans le premier paragraphe, les FTP-MOI condamnés sont définis comme des travailleurs immigrés, au fil du texte, il apparaît que c'est la participation des Juifs, français et immigrés qui est au cœur du propos.

L'essentiel du texte est un hymne à la France, patrie des Droits de l'Homme, asile des persécutés, incarnation de la liberté et de l'égalité. La France que le gouvernement du maréchal Pétain a trahie. Si dans d'autres publications, l'UJRE, liée au parti communiste français glorifie l'URSS comme le meilleur rempart à l'antisémitisme, dans ce document l'internationalisme s'efface au profit du patriotisme absolu de tous les résistants qu'ils soient français ou immigrés.

L'UJRE tient à montrer que les Juifs,français ou immigrés, sont profondément patriotes et qu'ils prennent toute leur part dans les combats pour la libération du pays. Ils méritent, par leur sacrifice, d'y vivre sans discrimination. La conclusion témoigne de cette espérance et prépare la réintégration des Juifs, immigrés ou français dans la communauté nationale: « Le sang des combattants juifs abondamment versé sur le sol de la France s'y mêle tous les jours au sang généreux des meilleurs fils du peuple français.De cette communauté de sacrifice... sortira un pays rénové... un pays qui saura assurer des droits égaux à tous ses enfants. »

 


Sylvie Orsoni

Contexte historique

Depuis le printemps 1943, les responsables de la section juive de la MOI(Main d'œuvre immigrée, organisation créée par le Parti communiste français au début des années 1930) ont pris la mesure de l'extermination en cours et décident de réunir l'ensemble des organisations juives communistes au sein d'une structure commune : l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide (UJRE). Alors que la MOI concernait les seuls immigrés, l'UJRE s'adresse à tous les Juifs, français comme étrangers car« tous les Juifs, quels qu'ils soient, sont frappés », rappelle-t-elle dans un de ses premiers tracts. L'intitulé affirme la primauté de la Résistance, y compris par les armes, mais il associe également l'entraide et le sauvetage auxquels se consacrent les autres organisations juives. L'UJRE complète le dispositif mis en place avec le Mouvement National contre le racisme (MNCR)qui s'adressait aux Juifs comme aux non Juifs afin de développer les actions de solidarité envers les persécutés.

L'UJRE se pose en contre-pouvoir face à l'UGIF (Union générale des Israélites de France) créée par le gouvernement de Vichy (loi du 29 novembre 1941) à la demande des autorités allemandes pour représenter les Juifs auprès des pouvoirs publics. Dès sa création, l'UGIF est condamnée par la presse communiste et ses membres sont considérés comme des traîtres qui mènent les Juifs de France à la catastrophe.

Le 21 février 1944, 22 membres des FTP-MOI de la région parisienne sont fusillés dans la clairière du Mont-Valérien.  En février 1944, ils avaient été condamnés à mort avec leur camarade Golda Bancic qui sera guillotinée le 10 mai dans la prison de Stuttgart.

La Propaganda Abteilung, service de propagande allemand, choisit parmi les 22 hommes condamnés, dix, dont sept Juifs, qui devaient par leur nom et leur origine symboliser l'idée que la Résistance était le fait d'étrangers, communistes et principalement juifs. Une officine collaborationniste, le Centre d'Études Antibolchéviques(CEA) réalise l'affiche(voir album).  Cette affiche placardée dans de très nombreuses villes de France passe à la postérité lorsque, en 1955, le parti communiste français commande à Louis Aragon un poème intitulé tout d'abord « Le groupe Manouchian » puis « Stances pour se souvenir » et surtout lorsque Léo Ferré met en musique le poème en 1959.

L'UJRE, comme le CNR et les journaux clandestins s'élèvent contre cette assimilation de la Résistance à une bande de criminels étrangers et rendent hommage aux combattants exécutés.

En mars 1944, la défaite de l'Allemagne nazie semble inéluctable mais les rafles et les déportations alimentent la machine exterminatrice. L'UJRE exhorte les Juifs à s'engager dans le combat y compris armé, seul voie de salut

L'UJRE, instruite par le retard que le général Giraud avait mis à supprimer la législation antisémite du gouvernement de Vichy en Algérie, met en avant les sacrifices des immigrés juifs afin de s'assurer qu'il n'en sera pas de même en métropole. Participer aux combats de la Résistance puis de la Libération qui approche devient un thème récurrent dans les publications de la section juive de la MOI.


Sylvie Orsoni

 Sources :

Diamant David, Les Juifs dans la Résistance française 1940-1944( avec armes ou sans armes), Roger Maria Éditeur, 1971.

Georges-Picot Grégoire, L'innocence et la ruse. Des étrangers dans la Résistance en Provence. Éditions Tirésias, Paris 2011.

Poznanski Renée, Propagandes et persécutions. La Résistance et le « problème juif »,éditions Fayard, Paris 2008.

Ravine Jacques, La résistance organisée des juifs en France1940-1944,  Paris, 1973.

Wieviorka Annette, Ils étaient juifs, résistants, communistes, éditions Perrin, Paris, 2018.