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Manifeste du Comité d'action socialiste, juin 1942

Genre : Image

Type : Journal

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives privées de l'ANACR- Bouches-du-Rhône Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Après la guerre, d'anciens résistants et résistantes marseillais fondent une antenne locale de l'Association nationale des anciens combattants de la Résistance(ANACR) qui conserva dans ses archives de nombreux documents témoignant de leur engagement. Ce document est le deuxième numéro du journal clandestin Le Populaire, qui est, comme le sous-titre l'indique, l'organe du Comité d'action socialiste(CAS). Les pages une et trois sont consacrées à la publication d'un manifeste qui doit fixer la ligne politique du CAS.

Toute la première page est consacrée à persuader le lecteur que le CAS n'est pas la continuation de la SFIO d'avant-guerre mais que c'est un parti rénové qui a tiré les leçons des erreurs du passé, en particulier des défaillances humaines : « Le Comité d'Action Socialiste -tel qu'il se présente à vous- n'est pas le parti d'hier... Il a rompu délibérément et définitivement avec ceux de ses élus qui n'ont pas su manifester leur attachement à la République. » En effet, 71 % des parlementaires socialistes ont voté les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 à Vichy.

            Mais si les hommes ont failli, les principes du socialisme gardent toute leur valeur.

La deuxième partie du manifeste, en page trois, présente le programme à court et moyen terme du CAS.Le CAS est prêt à discuter avec tous les mouvements de résistance car la libération du territoire est la condition d'établissement d'une démocratie sociale.La page de la IIIe République est définitivement tournée. Une IVe République doit permettre l'établissement d'une démocratie sociale conformément à la pensée socialiste.

            Le CAS qui souhaite travailler avec toutes les composantes de la Résistance tient à préciser sa position :

            -Vis-à-vis des gaullistes : le CAS reconnaît le général de Gaulle comme le « symbole naturel et nécessaire de la résistance et de la libération ». Militaire, marqué à droite, le général de Gaulle pouvait inquiéter les démocrates. Le CAS envisage même la possibilité qu'à la Libération s'établisse « unedictature temporaire, sans doute présidée par le général de Gaulle ». Le CAS est prêt à y participer et y voit le prélude à l'instauration d'une démocratie sociale et non une menace.

            -Vis-à-vis des communistes : l'espoir de voir l'URSS rejoindre « la famille internationale des nations démocratiques » grâce à la pression du Parti communiste français « indépendant dans son action » relève du vœu pieux et annonce les affrontements de l'après-guerre. 

            Au niveau international, les leçons des traités qui mirent fin à la Première Guerre mondiale doivent être tirées : pas de paix de vengeance et une Allemagne intégrée dans une communauté internationale qui devra mettre en place le désarmement, seule garantie d'une paix mondiale respectant une égalité entre les nations.  Le manifeste reconnaît que dans le contexte de 1942, l'opinion publique des pays occupés a du mal à ne pas assimiler Allemands et Nazis.

Pour diffuser le manifeste, le CAS dispose à Marseille et dans la région, d'un noyau actif autour d'élus comme Félix Gouin, député et maire d'Istres, Max Juvénal,conseiller d'arrondissement d'Aix-en-Provence, Victor Savine, militant syndicaliste et maire de Gardanne, de Gaston Defferre, d'Henri Malacrida et d'Horace Manicacci.


Sylvie Orsoni

Contexte historique

Avant la guerre, le parti socialiste est très bien implanté dans les Bouches-du-Rhône : cinq des onze sièges de députés et la direction du Conseil général où il compte 44 % des élus. Le parti socialiste se divise sur la politique à mener face à la politique agressive d'Hitler(pacifisme intégral ou coup d'arrêt au risque d'entraîner un conflit) et sur la ligne à suivre(ligne révolutionnaire ou réformiste). Lors de la réunion des parlementaires à Vichy, les élus socialistes des Bouches-du-Rhône ne se distinguent pas des autres parlementaires : comme l'immense majorité de leurs collègues, ils votent les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, mettant ainsi fin à la République et la démocratie. Seul Félix Gouin fait partie des 80 parlementaires qui refusent les pleins pouvoirs. Dès le 15 juillet 1940, il essaie de regrouper des socialistes et de reconstruire une organisation clairement opposée à la Révolution nationale. Il bénéficie de l'arrivée à Marseille de Daniel Mayer, journaliste au Populaire, le journal socialiste,et proche de Léon Blum.

Le 30 mars 1941, Daniel Mayer, Félix Gouin, Suzanne Buisson et Lucien Hussel créent à Nîmes le Comité d'action socialiste. Suivant les directives de Léon Blum, la reconstruction d'un parti socialiste rénové se fait indépendamment de la création d'un mouvement de résistance spécifique.  Les militants socialistes se retrouvent dans différentes mouvements comme Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur ou le réseau Brutus pour Gaston Defferre. Le CAS en mars 1941 se dote d'un journal clandestin Socialisme et Liberté qui devient en mai 1942 Le Populaire-nouvelle série. En mai 1942, Daniel Mayer et Félix Gouin désignent Horace Manicacci, vieux militant socialiste, comme responsable du CAS dans les Bouches-du-Rhône.

Le CAS en mars 1943 reprend l'appellation de Parti socialiste-SFIO. 


Sylvie Orsoni

Sources :

Mencherini Robert, Vichy en Provence, Midi Rouge, ombres et lumières, tome 2. Paris, Syllepse, 2009.

Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3, Paris, Syllepse, 2011.