Naufrage du Cap Arcona dans la baie de Lübeck le 3 mai 1945

Légende :

Lettre du 17 novembre 1945 de la Croix-Rouge internationale à Marcelle Bussière.

Genre : Image

Type : Démarches administratives

Producteur : MUREL PACA

Source : © DAVCC Caen Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Cette lettre est adressée par la Croix-Rouge internationale à Marcelle Bussière, l’épouse de Jacques-Félix Bussière, préfet régional de Marseille, déporté pendant la guerre. Le document est une copie envoyée au ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés pour information. Elle est datée du 17 novembre 1945.

Marcelle Bussière, sans nouvelle de son mari, fit des démarches auprès du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés dès décembre 1944. Elle contacta ensuite la Croix-Rouge internationale à Genève en Suisse le 17 janvier 1945 qui lui répondit 10 mois plus tard ce qui montre les difficultés pour obtenir des informations sur les déportés. Au moment où elle a écrit à la Croix-Rouge internationale, son mari n’était pas décédé et l’Allemagne n’était pas encore vaincue. La chute du régime nazi provoqua le chaos dans le pays ce qui complexifia la recherche des « absents ». Comme beaucoup de familles de déportés, Marcelle Bussière ne savait pas ce que son mari était devenu. Les dernières nouvelles qu’elle avait reçues de sa part étaient un courrier l’avertissant de son départ pour l’Allemagne. C’est par cette lettre de la Croix-Rouge qu’elle apprit officiellement son décès lors de l’évacuation des déportés du camp de Neuengamme et de plusieurs de ses Kommandos par bateaux dans la baie de Lübeck.

La lettre est surchargée d’annotations au crayon dont celles-ci « Bussières 10/10/95 Jacques Félix ». Ces notes sont des informations concernant le déporté Jacques-Félix Bussière, né le 10 octobre 1895 à Paris dans le 10e arrondissement. Elles servent à classer le document dans le dossier de Jacques-Félix Bussière conservé au ministère.

 


                                                                                                                                                         Marilyne Andréo

Sources : 21pP432078, © Division des Archives des Victimes des Conflits contemporains (DAVCC), Service historique de la Défense à Caen

Contexte historique

Jacques-Félix Bussière est né le 10 octobre 1895 à Paris. Il était le fils d’un représentant en textile et d’une mère femme au foyer. Lors de la Première Guerre mondiale, il fut décoré de la Légion d’honneur à titre militaire avec le grade d’officier et de la Croix de Guerre (trois citations). Il se maria le 8 septembre 1924 à Joigny dans l’Yonne avec Marcelle Hamelin avec qui il eut deux enfants. Licencié en droit, il fit une carrière de haut fonctionnaire. En 1936, il devint préfet de Mayenne.

Il s’engagea volontairement dans l’armée lors de la déclaration de guerre et il reçut de nouveau la Croix de guerre. Pour éviter d’être capturée par l’ennemi, son unité, le 45e corps d’Armée, se réfugia en Suisse où il fut interné. Libéré, il est rapatrié le 9 septembre 1940. Il reprit ses fonctions à la préfecture de Mayenne en octobre 1940 avant d’être muté en Haute-Marne en juin 1941 puis dans le Loir-et-Cher en décembre 1941, à la préfecture régionale d’Orléans en novembre 1942 et enfin à celle de Marseille. Il détestait le régime de Vichy mais il accepta ces fonctions pour servir la Résistance : aide aux prisonniers de guerre français évadés en leur fournissant de faux papiers d’identité, surveillance des groupes pro-allemands, obstruction à la Relève, asile à des résistants recherchés, etc. En février 1944, il arriva à la préfecture régionale de Marseille. Il était alors en relation clandestinement avec le gouvernement d’Alger qui l’incita à accepter cette proposition afin de servir de relais lors du débarquement de Provence. Il fut arrêté par la Gestapo le 14 mai 1944. Transféré à Compiègne, il fut déporté le 15 juillet 1944 au camp de Neuengamme près de Hambourg (matricule 36246), Block 26.

Le 3 mai 1945, 9 000 prisonniers du camp de concentration de Neuengamme et de divers Kommandos sont évacués et entassés par les SS sur plusieurs bateaux dans la baie de Lübeck. Les paquebots Cap ArconaDeutschland et le cargo Thielbeckfurent bombardés et coulés par l’aviation britannique. Ces navires n’arboraient pas de Croix-Rouge, piège tendu délibérément par les SS, ce qui trompa l’aviation britannique sur la nature exacte de ces embarcations. Celle-ci crut à un transport de troupes allemandes. Les déportés se trouvaient sous les ponts ou dans les cales. Peu réussirent à sortir des navires. Au total, près de 6 600 déportés moururent dans les flammes, se noyèrent dans les eaux glaciales de la mer Baltique en raison du froid, de leur manque de force après des mois de mauvais traitements ou du fait que certains ne savaient pas nager ou furent mitraillés. Sur les berges, des SS abattirent ou massacrèrent des survivants. Il n’y eut que 450 rescapés parmi les personnes embarquées sur ces trois bateaux. Seul l’Athen arborant un drapeau blanc et ses 2 000 passagers en réchappèrent.

Jacques-Félix Bussière se noya en tentant de se sauver du Cap Arcona. Son corps fut retrouvé et il fut inhumé au cimetière de l’hôpital civil de Neustadt.

Il reçut la médaille de la Résistance en 1946 à titre posthume. Ses services dans la Résistance furent homologués par les autorités militaires après la guerre.

 

 


                                                                                                                                                      Marilyne Andréo

 Sources : 

-Dossier 21p432 078, DAVCC Caen, Dossiers de demande du titre de déporté résistant de Bussière Jacques Félix.

-Association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du Ministère de l’intérieur, Mémorial des fonctionnaires du corps préfectoral morts au cours de la guerre 1939-1945.

-R. Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets, septembre 1870-mai 1982, Paris Archives nationales, 1994, p.127.