Pour ceux qui ne reviendront pas, 12 juillet 1945

Légende :

Lettre du chef de service de la direction départementale du ministère des prisonniers, déportés et réfugiés au directeur de cabinet du préfet des Bouches-du-Rhône, 12 juillet 1945, Marseille.

Genre : Image

Type : Correspondance administrative

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 150 W 182 Droits réservés

Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille

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Analyse média

Le chef de service de la direction départementale du ministère des prisonniers, déportés et réfugiés transmet au directeur de cabinet du préfet des Bouches-du-Rhône, Flavien Veyren, une invitation à la cérémonie organisée le 13 juillet 1945 à « la mémoire de ceux qui ne reviendront pas, et qui par leur souvenir et la cause de la Liberté qu'ils ont défendue sont vivants parmi nous ». Il ne s'agit donc pas d'honorer toutes les victimes de la guerre et de l'occupation mais essentiellement ceux et celles qui ont combattu pour la Liberté. Si les prisonniers de guerre peuvent être inclus pour avoir, de septembre 1939 à juin 1940, défendu le pays et donc la liberté face à l'Allemagne nazie, on ne voit pas la place accordée dans cette définition aux familles juives déportées et exterminées. 

Les dispositions retenues prévoient une cérémonie nocturne, la lumière et la chaleur de juillet s'accordant mal avec une atmosphère funèbre. Outre les services religieux célébrés par les confessions catholique, protestante et juive, une manifestation laïque est organisée:une veillée funèbre autour d'un cénotaphe placé devant le palais Longchamp.

 


 Auteure : Sylvie Orsoni

Contexte historique

En juillet 1945, l'essentiel des survivants est rentré. Le rapatriement est officiellement considéré comme terminé sauf pour celui effectué à partir de la zone soviétique qui ne prend fin qu'en novembre 1945. Le gouvernement décide de clôturer la séquence d'attente du « retour des absents » par une cérémonie nationale. La date choisie,13 juillet, permet d'enchaîner le lendemain sur la fête nationale symbole de liberté et de grandeur pour la France.

Les familles juives sans nouvelle des leurs continueront à attendre même si le Service central des déportés israélites avait publié le 15 mars 1945 de larges extraits de l'interview du docteur Jedrychowski, représentant à Paris du comité polonais de Libération nationale (futur gouvernement provisoire de la Pologne). Annette Wieviorka en rapporte l'essentiel :

            « _ La presse n'a-t-elle pas exagéré les récits sur les camps de Pologne et de Haute Silésie ? »Un silence et la réponse, terrible :

            « -Elles sont encore pires. Aucune plume humaine ne peut se résoudre à les décrire. »

Au bout d'un moment nous demandons encore :

            « -Pour tous les Juifs, de tous les pays ?

            -Pour tous les juifs, de tous les pays »

 

 


 Auteure : Sylvie Orsoni

Sources :

-Wieviorka Annette, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l'oubli. Paris, Plon, 2025. Citation p.85

-Wieviorka Olivier, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres de la Libération à nos jours. Paris, éditions du Seuil, 2010.