Bilan de l'unité de contrôle des rapatriements 12 juillet 1945
Légende :
Rapport du capitaine Cherpin à ses supérieurs faisant le bilan de l'action de l'unité de contrôle des rapatriements, centre d'accueil de la Madrague, Marseille 12 juillet 1945
Type : : Rapport
Producteur : MUREL PACA
Source :
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Marseille
Analyse média
L'Unité de contrôle de rapatriement met fin à ses activités le 12 juillet 1945. Le capitaine Cherpin qui l'a dirigée depuis mars envoie à ses supérieurs un bilan et une analyse du travail de ses équipes. Entre le 23 mars et le 10 juillet 1945 le centre a examiné 53 643 personnes dont 6 076 étrangers. Les arrivées chutent nettement après les pics de mai et juin et deviennent anecdotiques à partir de septembre (voir notice statistique des rapatriés arrivés par mer)
L'unité de contrôle de rapatriement est une émanation du 5e Bureau de l'Etat-Major général de guerre. Le 5e Bureau a pour mission le contre-espionnage, le renseignement et en 1945 le contrôle des rapatriements. Au centre d'accueil de la Madrague, l'unité de contrôle devait repérer parmi les rapatriés les éléments dangereux pour la sécurité nationale et si les étrangers qui se présentaient pouvaient rester en France.
Le capitaine Cherpin consacre d'ailleurs une grande partie de son rapport à ce sujet.
Il se prononce pour une immigration choisie. Il ne cache pas que les critères raciaux doivent selon lui entrer en ligne de compte sans préciser lesquels : « cette importance même [l'apport de main d'œuvre étrangère] exige impérieusement une discrimination dans les nationalités et les races à accepter, et un filtrage à l'entrée qui repousse les éléments physiologiquement ou administrativement indésirables. » Son service a examiné en ce sens les 6076 étrangers qui se sont présentés. Il souhaite que son expérience serve à l'avenir pour les immigrés que les besoins en main d'œuvre amèneraient en France.
Le capitaine Cherpin revient comme dans d'autres rapports sur les renseignements que les rapatriés ont fourni sur l'Allemagne, l'Autriche et l'URSS. Comme dans ses rapports précédents (notice renseignements sur l'URSS fournis par les rapatriés), l'URSS est considérée avec méfiance. Le capitaine relève que les Soviétiques s'emparent du matériel industriel allemand le plus moderne. Il ne prend pas en considération les spoliations et exactions commises par les armées allemandes en URSS. Il signale que des prisonniers de guerre français ont été obligés de travailler en URSS, (ce qui est contraire aux conventions de Genève). Cette anomalie a pris fin. Le caractère opaque et peu coopératif de l'URSS apparaît dans la difficulté à connaître le nombre de ressortissants français encore présents sur le sol soviétique (contexte historique)
La fin du rapport montre que le capitaine Cherpin regrette un changement de direction et d'orientation à la tête du contrôle militaire de la XVe région. Sous sa direction les officiers et sous-officiers susceptibles d'être démobilisés envisageaient de rester mais le nouveau « management » qui use des « méthodes en usage dans les corps de troupes » les rebute et provoque leur départ.
Le capitaine Cherpin estime que son unité a travaillé à dépister les éléments indésirables avec « le souci d'un accueil humain, plein de bienveillance et de cordialité. Il n'y eut à aucun moment une suspicion systématique et encore moins un malsain désir de chasse à l'homme. » Les rapatriés ont été reçu dans une « atmosphère, empreinte à la fois de déférente sympathie et de cordialité. » Dans le rapport rédigé le 30 mai (notice « étrangères ayant épousé des prisonniers français »), le capitaine Cherpin ne témoignait guère de cette déférente sympathie à l'égard de femmes hongroises qui avaient épousé des prisonniers français évadés. Il recommandait leur mise en résidence forcée.
Auteure : Sylvie Orsoni
Contexte historique
Le centre d'accueil situé 309 chemin de la Madrague à Marseille ouvre le 20 mars 1945. Le centre fonctionne jusqu'à la mi-octobre et accueille au total 58 781 personnes. Deux ministères sont présents sur place le ministère des prisonniers, déportés et réfugiés (MPDR) et le ministère de la guerre à travers l'unité de contrôle de rapatriement relevant du 5e Bureau. L'antenne du MPDR fonctionne selon une logique humanitaire, le 5e Bureau selon des impératifs sécuritaires.
Les relations entre l'URSS et la Mission de rapatriement envoyée par le gouvernement provisoire auprès des autorités soviétiques furent longtemps très tendues. Des Soviétiques, sans doute 20 000, étaient présents en France : prisonniers de guerre travaillant pour l'organisation Todt ou la Wehrmacht mais aussi militaires de l'armée Vlassov qui combattirent aux côtés des Allemands. Le gouvernement soviétique craint qu'un certain nombre ne veuille rester en France. Malgré les concessions françaises, il oppose une fin de non-recevoir aux demandes françaises. Le nombre de prisonniers et déportés français, leur localisation restent inconnus. Il faut attendre le 29 juin pour qu'un accord réciproque de rapatriement soit signé. L'article 2 fait obligation aux autorités françaises de signaler au gouvernement soviétique la présence de tous les citoyens soviétiques sur son sol et non de ceux qui souhaitent être rapatriés en URSS. Les Soviétiques, du ministre des Affaires étrangères, Molotov, aux commandants de camps de regroupement ne comprennent pas la hâte que les Français ont de rentrer. Les rapatriables sont regrouper dans des camps et dirigés sur Odessa, ils embarquent par mer. A partir de juillet 1945, ils reviennent par train. Certains, comme des Alsaciens-Lorrains enrôlés dans l'armée allemande passeront de longues années dans les camps soviétiques.
Auteur : Sylvie Orsoni
Sources :
-Mencherini Robert, La Libération et les années tricolores (1944-1947) Midi rouge, ombres et lumières.4. Paris, Syllepse, 2014.
-Wieviorka Annette, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l'oubli. Paris, Plon, 2025.
-Wieviorka Olivier, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres de la Libération à nos jours. Paris, éditions du Seuil, 2010.


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