Nationalité des résistants étrangers dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse
Légende :
Graphiques présentant la nationalité des résistants étrangers dans les Bouches-du-Rhône et dans le Vaucluse.
Genre : Image
Type : Document statistique
Producteur : MUREL PACA
Source : © Marilyne Andréo Droits réservés
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur
Analyse média
Les étrangers représentent 6,8% des effectifs de la Résistance dans les Bouches-du-Rhône et 3,7% dans le Vaucluse. Les origines des résistants sont très variées : 40 nationalités différentesdans les Bouches-du-Rhône et 15 dans le Vaucluse.
Les Italiens sont la nationalité étrangère la plus importante dans les Bouches-du-Rhône (35,6% des résistants étrangers) et dans le Vaucluse (43,9%). Les nationalités les plus impliquées dans la Résistance des Bouches-du-Rhône sont les Italiens, les Espagnols (18,3% des résistants étrangers), les réfugiés arméniens (12,8%) et les Polonais (6,7%). Dans le Vaucluse, la communauté italienne devance les Espagnols (21,1%), les Polonais et les Allemands (7,3% chacun).
Ces nationalités les plus présentes dans la Résistancesont le reflet des principaux courants migratoires de l’époque en direction de ces départements ou de la France en général pour les Italiens, les Polonais et les Espagnols. Les migrations des Transalpins sont liées à la proximité géographique de l’Italie, aux flux économiques déjà prépondérants depuis la deuxième moitié du XIXe siècle s’ajoutent les flux politiques depuis l’arrivée au pouvoir de Benito Mussolini en 1922. Les Espagnols arrivent en France pour des raisons économiques puis l’Espagne étant neutre pendant la Première Guerre mondiale, ses ressortissants ne sont donc pas mobilisés et compensent dans une certaine mesure le manque de main-d’œuvre en France avant que la guerre civile espagnole ne pousse à l’exil de nombreux Républicains.Les Arméniens sont très implantés dans les Bouches-du-Rhône car le port de Marseille est la porte d’entrée en France de ces réfugiés à la suite du génocide arménien et une partie d’entre eux s’est installée à Marseille ou sa région. Les causes économiques et politiques expliquent la venue en France des Polonais. Des Allemands antifascistes fuient l’Allemagne nazie.
La présence d’étrangers dans les Bouches-du-Rhône et dans le Vaucluse est un phénomène ancien et important. Les activités agricoles, industrielles, commerciales et portuaires ont besoin d’une main-d’œuvre abondante. La baisse de la fécondité en France, l’insuffisance des travailleurs déjà avant 1914, la mortalité liée à la Première Guerre mondiale et le nombre d’anciens soldats invalides dans l’incapacité de travailler accentuent les besoins dans l’entre-deux-guerres. Marseille, ville de négoce, attire aussi des hommes d’affaires, des courtiers, des banquiers, des négociants, des marchands de la Méditerranée et du monde entier. Lors de l’entrée en guerre en septembre 1939 puis lors de l’exode à la suite de l’offensive allemande en mai et juin 1940, des étrangers affluent dans le sud de la France. Le port de Marseille, avant l’occupation totale de la France en novembre 1942, permet encore de s’embarquer pour l’étranger. Les départs sont limités car l’offre de places est très inférieure à la demande exponentielle de populations désireuses de quitter la France, ce qui favorise une forte inflation des prix des billets de bateau. Tous les papiersnécessaires (autorisation du régime de Vichy pour sortir du territoire français, visas de transit dans les ports où le bateau fait escale, visa du pays d’accueil) sont compliqués à obtenir. La non délivrance de l’un de ces papiers brise le rêve de milliers de réfugiés qui se retrouvent coincés puis pris au piège à Marseille et ses environs lors de l’invasion de la zone libre.
Marilyne Andréo
Contexte historique
Ces deux graphiques sont issus des recherches effectuées dans le cadre de la thèse de doctorat de Marilyne Andréo. Cette thèse étudie la sociologie de la Résistance méridionale (Gard, Vaucluse, Bouches-du-Rhône) à partir d’un échantillon de 9 248 résistants dans les Bouches-du-Rhône et de 3 337 résistants dans le Vaucluse. Grâce à différentes sources, ces chiffres correspondent au nombre de résistants identifiés, il ne s’agit en aucun cas d’un comptage exact et exhaustif.
Afin de composer cet échantillon, les dossiers de demande de la carte de combattant volontaire de la Résistance (CVR) et de la carte du combattant au titre de la Résistance (carte A 137) sont la source principale. Seuls les dossiers de résistants ayant opéré dans ces départements pendant la guerre ont été analysés. L’échantillon comprend aussi des personnes ayant eu des services dans la Résistance homologués par les autorités militaires, même pour une durée de moins de 90 jours mais avec un engagement remontant au plus tard au 1er juillet 1944 inclus. La base de données ainsi constituée fut complétée par les dossiers des résistants internés, fusillés, morts au combat ou déportés conservés à la Division des Archives des Victimes des Conflits contemporains (DAVCC) à Caen.
La demande de la carte de CVR ou de la carte de combattant au titre de la Résistance se fait auprès de l’office du département dans lequel réside la personne au moment de la demande ce qui signifie que les résistants étrangers ayant déménagé en France ou étant retourné dans leur pays d’origine ne sont pas comptabilisés ici. Quelques dossiers constitués à Paris et dans des départements limitrophes (Gard, Hérault, Var et Lozère) ont été consultés.
La procédure est longue et complexe pour obtenir une carte de combattant ce que dénonce François Marcot : « tout ceci suppose une compétence et une assurance intellectuelles qui requièrent un niveau culturel très inégalement réparti dans la société. A qui fera-t-on croire qu’à ce jeu-là, les paysans sont aussi adroits que les patrons, les ouvriers que les médecins, les boulangères que les avocats ? ». La question se pose également pour ces résistants étrangers qui maitrisent plus ou moins bien la langue française ou les rouages de l’administration de leur pays d’accueil. Des personnes sont décédées avant de pouvoir déposer ou finaliser leur dossier, d’autres ont abandonné leurs démarches. Certaines personnes ont refusé d’engager des démarches pour différentes raisons (pudeur, humilité, raisons politiques, plus envie de parler des événements quelquefois très douloureux, d’autres préoccupations : vie active, vie de famille, etc.).
Marilyne Andréo
Sources
2 159 W 1-470, AD Bouches-du-Rhône, Dossiers de demande de la carte de combattant volontaire de la Résistance.
2 096 W 22-176, AD Vaucluse, Dossiers de demande de la carte de combattant volontaire de la Résistance.
DAVCC Caen, Dossiers de demande du titre d’interné ou de déporté résistant.
DAVCC Caen, Dossiers de décès de victime civile ou militaire.
Marilyne Andréo, Sociologie de la Résistance méridionale (Garc, Vaucluse, Bouches-du-Rhône), thèse de doctorat, dir. Jean-François Muracciole, Université Montpellier III, 2018.
Marie-Françoise Attard-Maraninchi, Emile Temime, Migrance, Histoire des migrations à Marseille, tome III Le cosmopolitisme de l’entre-deux-guerres, Aix-en-Provence, Edisud, 1990.
François Marcot, « Pour une sociologie de la Résistance » in Antoine Prost (dir.), Pour une histoire sociale de la Résistance, Paris, Les Editions de l’Atelier, 1997, p.21-42.


Voir le bloc-notes
()