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Français rejoignez les FTPF, premier trimestre 1942

Légende :

Tract du comité central du Parti communiste français, premier trimestre 1942.

Genre : Image

Type : Tract imprimé

Producteur : MUREL PACA

Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 99 W 120 Droits réservés

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Analyse média

Le comité central du parti communiste diffuse au début de l'année 1942 un tract recto verso appelant le peuple français à la lutte contre les occupants et les traîtres qui les soutiennent. Le tract est antérieur au 18 avril 1942, date du retour au pouvoir de Pierre Laval. Pierre Pucheu et l'amiral Darlan ne font pas partie du nouveau gouvernement Laval.

Le document est un appel national. Il n'est fait aucune distinction entre la situation de la zone occupée depuis l'armistice de juin 1940 et la zone sud qui ne le sera qu'en novembre 1942.

La mise en page et la typographie visent à donner un caractère solennel au texte.

L'objectif : convaincre que le moment est venu pour les Français de passer à la lutte armée.

Chaque paragraphe développe un argument en ce sens.

-L'introduction rappelle les exactions de l'occupant. Il est à noter que les persécutions antisémites ne sont pas évoquées.

-la défaite de l'armée allemande face à l'armée soviétique est considérée comme inéluctable. Les offensives hitlériennes contre l'URSS sont la preuve d'un effondrement proche.

- la nation toute entière est prête à se battre pour sa libération. Ce ne sera pas une guerre civile : l'armée et la jeunesse rejoindront le camp des patriotes.Le document n'emploie pas le terme de résistants qui n'apparaît qu'à partir de 1943.  Les publications liées au Parti communiste développent une ligne nationale comme le résumera le vers de Louis Aragon « mon parti m'a rendu les couleurs de la France » tout en privilégiant toujours l'URSS et son armée quel que soit la réalité militaire.

-Une minorité de Français trahit. Il n'y aura pas d'impunité pour eux, que ce soient les collaborationnistes(voir contexte historique) ou les fonctionnaires français qui participeraient à la répression.

La deuxième page développe les consignes d'action en les adaptant à des auditoires spécifiques:

          -les ouvriers doivent saboter la machine de guerre allemande. Il est surtout fait état des réquisitions allemandes sur l'appareil de production français. A la date du texte, la politique de « la Relève » n'a pas été annoncée.

            -les femmes sont avant tout des mères nourricières. Elles doivent manifester avec leurs enfants, montrer le dénuement de ceux-ci et s'emparer par la force de stocks de nourriture ou de charbon.En incitant les femmes à manifester avec leurs enfants, les auteurs de l'appel pensent sans doute que la répression sera moindre.

            -les paysans ne sont pas oubliés. Au sein de comités populaires, ils résisteront aux réquisitions allemandes et organiseront la vente de leur production aux Français. On peut s'interroger sur l'adhésion de certains paysans qui trouvent dans le marché noir des profits inédits. Pour gagner cette catégorie, les auteurs du tract découplent la condamnation du marché noir des agriculteurs.

En conséquence tous les patriotes doivent rejoindre les rangs des FTPF. Ils constituent l'avant-garde de la nation. On retrouve le thème léniniste des minorités agissantes: le parti communiste est l'avant-garde du prolétariat, les FTPT sont celles de la nation.

Le volontarisme du tract apparaît dans la péroraison finale : « l'année 1942 doit être et sera l'année de la délivrance. Il suffit de le vouloir... »

Le rappel des paroles de l'hymne national est destiné à montrer l'attachement du Parti communiste français à l'histoire nationale et la filiation avec la Révolution française.

Le parti communiste fait encore figurer en signature « SFIC » : section française de l'Internationale communiste » puisque l'internationale communiste ne sera dissoute qu'en mai 1943.


Sylvie Orsoni

Contexte historique

A partir du printemps 1941, le Parti communiste français applique la ligne de l'Internationale communiste :  abandonner le thème de la guerre inter-impérialiste, lutter contre l'occupant en formant des structures pour rassembler un maximum de non-communistes autour d'un objectif national : la défense et la libération de la Patrie. En mai 1941 le Front national de lutte pour l'indépendance de la France est lancé. Un an plus tard, le Front national se dote d'une organisation chargée de la lutte armée : les Francs-tireurs et partisans français.L'internationalisme est mis en sourdine. Le parti communiste doit cependant conjuguer le patriotisme et la défense de l'URSS toujours valorisée par rapport aux alliés anglo-saxons.

Comme dans toutes les publications de la Résistance, les partisans de la collaboration ne sont qu'une infime minorité et se sont placés en dehors de la nation. Les principaux partis collaborationnistes sont énumérés. Il n'est pas fait de différence entre ceux qui prônent un alignement total sur le nazisme et les fonctionnaires qui obéissent aux ordres du gouvernement de Vichy. Les communistes vouent une haine particulière à Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de l'amiral Darlan de juillet 1941 au 18 avril 1942. Pierre Pucheu mène une lutte sans merci contre les communistes.  Après l'exécution du chef de la Kommandantur de Nantes, (octobre 1941), Pierre Pucheu propose aux autorités allemandes une liste de 48 otages, majoritairement communistes, à fusiller. Comme à tous ceux qui ont participé à la répression le tract promet le même sort qu'aux ultras de la Collaboration : la peine capitale. Pierre Pucheu sera fusillé après jugement le 20 mars 1944.

Les organisations liées au Parti communiste français n'oublient jamais de s'adresser aux femmes.  La vision est très genrée : ce sont des mères, des épouses, des sœurs. Elles sont invitées à se mobiliser dans le soutien aux militants emprisonnés et dans la protestation contre les pénuries alimentaires. Il est difficile de déterminer si les manifestations de « ménagères » qui s'intensifient au premier semestre de 1942 sont spontanées ou téléguidées par les organisations communistes. Elles se multiplient dans toute la région.

La Révolution française est toujours présentée comme un événement fondateur de l'histoire de France. Marseillaise et Chant du départ prennent le pas sur l'Internationale.


Sylvie Orsoni

Sources

:Azéma Jean-Pierre, Prost Antoine, Rioux Jean-Pierre (dir.), Le  parti communiste français des années sombres, Paris, le Seuil, 1986.

Guillon Jean-Marie, « La France du Sud-Est », Azéma Jean-Pierre, Bédarida François (dir), La France des années noires, Paris , Le Seuil, 1993 tome 2 p.159-176, réed. Points Histoire, 2000.

Mencherini Robert, Résistance et Occupation (1940-1944). Midi Rouge, ombres et lumières, tome 3. Paris, Syllepse, 2011.