A l'assaut des bastilles de Vichy, secours populaire, juillet 1942.
Légende :
Copie de cinq papillons diffusés par le secours populaire de France, 14 juillet 1942, Aix-en-Provence.
Genre : Image
Type : Tract
Producteur : MUREL PACA
Source : © Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 99 W 120 Droits réservés
Lieu : France - Provence-Alpes-Côte-d'Azur - Bouches-du-Rhône - Aix-en-Provence
Analyse média
Ces cinq papillons ont été saisis sur la voie publique et recopiés par les services de police afin d'illustrer les rapports envoyés au sous-préfet d'Aix-en-Provence et à l'intendant de police de Marseille.
Le secours populaire français (voire contexte historique) diffuse en préparation du 14 juillet 1942 plusieurs papillons destinés à mobiliser la population.
L'objectif : manifester contre la politique de répression de Vichy. Les papillons font appel au patriotisme et convoquent les souvenirs de l'histoire de France : Saint Barthélémy comme symbole d'un massacre dû à l'intolérance et au fanatisme religieux et le 14 juillet 1789, événement considéré comme fondateur de la République. Un seul papillon cite le maréchal Pétain. Tous rendent responsables de la répression Hitler et Pierre Laval revenu au pouvoir le 18 avril 1942(voir contexte historique)
Un papillon, comme d'usage dans les publications liées au Parti communiste s'adresse spécifiquement aux femmes. Parmi les prisons citées (voir contexte historique), les Présentines à Marseille et le camp de Gaillac, en réalité Brens(Tarn) sont destinées aux femmes.
Sylvie Orsoni
Contexte historique
Tous les mouvements de Résistance se mobilisent pour faire du 14 juillet 1942 une journée de manifestation. La police et la gendarmerie sont sur le qui-vive et transmettent au sous-préfet d'Aix-en-Provence de nombreux exemplaires de tracts et papillons qui s'adressent à la population en général ou à des catégories spécifiques comme les femmes, les travailleurs, les jeunes.
L'internationale communiste crée en mai 1923 le secours rouge international. Dans le cadre de la politique de Front populaire, le secours rouge devient en France le secours populaire de France et des colonies(SPFC). Comme toutes les organisations liées au Parti communiste, le SPFC est interdit en septembre 1939. Il prend dans la clandestinité le nom de secours populaire français ou secours populaire de France. Il édite un journal « La Défense » et de nombreux tracts et papillons. Deux axes sont développés : lutter contre la propagande de Vichy et sa politique de répression, organiser la solidarité avec les victimes de cette répression et leurs familles.
Les prisons et camps cités dans un des papillons relèvent des autorités françaises. Vieilles prisons construites au XIXe siècle à Marseille comme les Présentines ou camps d'internement créés par la IIIe République finissante comme le camp de Brens(Gaillac dans le tract). A partir de novembre 1938, des décrets-lois permettent l'internement des « indésirables », étrangers réfugiés en France.
Le décret-loi du 18 novembre 1939 aggrave les dispositions du décret de 1938 et permet l'internement à titre préventif de tout élément « suspect au point de vue national et politique». C'est une loi des suspects. Les communistes et les syndicalistes français rejoignent les indésirables étrangers dans les camps. Après l'entrée des troupes allemandes en Belgique, le 15 mai 1940, il est décidé l'internement des ressortissants du Reich âgés de 17 à 56 ans et le 17 mai des femmes âgées de 17 à 65 ans. La IIIe République lègue au gouvernement de Vichy un arsenal répressif ouvrant la porte à l'arbitraire, une constellation de camps et une population stigmatisée, affaiblie moralement et physiquement par les conditions déplorables d'internement. Le gouvernement de Vichy supprime dès juillet 1940 les quelques voies de recours offertes aux internés. Au critère de nationalité, il ajoute le critère racial. Les lois des 3 et 4 octobre 1940 puis le deuxième statut des Juifs permettent l'internement des juifs étrangers puis français qui peuvent être internés en tant que tels. Le camp de Brens situé en face de la ville médiévale de Gaillac(Tarn) est d'abord un camp d'internement pour indésirables puis à partir de décembre 1941 un camp de concentration pour des femmes et des enfants transférés de Rieucros (Lozère) qui ferme ses portes. La prison de Castres est une prison politique qui dépend du camp de Saint-Sulpice(Tarn). Les détenus sont des opposants politiques en particulier des communistes, des syndicalistes, des républicains espagnols ou des membres des Brigades internationales.
Si les papillons citent toujours Pierre Laval aux côtés de Hitler, c'est que cet homme politique français est particulièrement impopulaire. Il incarne aux yeux des résistants la politique de collaboration.Sonretour au pouvoir le 18 avril 1942 est interprété comme un diktat de l'Allemagne (voir notice Laval au poteau).
Sylvie Orsoni
Sources :
Grynberg Anne, Les camps de la honte. Les internés juifs des camps français, 1939-1944, La Découverte/Poche, Paris, 1999.
Lahu Corinne, « Secours rouge et secours populaire à Marseille et dans sa région, 1924-1939 », in ManessisDimitri , Roubaud-Quashie Guillaume, Empreintes rouges, nouvelles perspectives pour l'histoire du communisme français. Rennes, PUR, 2018.
Mencherini Robert, Vichy en Provence, Midi Rouge, ombres et lumières, tome 2., Paris, Syllepse, 2009.
Peschanski Denis, La France des camps. L'internement 1938-1946, Editions Gallimard, Paris, 2002.


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