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Jacques Bloch : le froid au quotidien dans le maquis

Légende :

Jacques Bloch évoque le froid au quotidien dans le maquis

Genre : Film

Type : Témoignage filmé

Source : © AERI Droits réservés

Détails techniques :

Durée de l’extrait : 00:01:58

Tournage et montage : Nicolas Voisin

Interview réalisée par Clémence Piet et Manuel Valls-Vicente.

Date document : Février 2009

Lieu : France - Nouvelle-Aquitaine (Limousin) - Creuse

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Analyse média

Retranscription :

" Alors moi, à ce moment-là, je suis rentré dans cette organisation, c'était un maquis du mouvement Combat. Il y avait un village tous les 10 ou 12 kilomètres. Et on s'est installé là, dans les bois, avec des... et on a construit deux petites baraques, qui ressemblaient un peu aux baraques de chantier de maintenant, et qui avaient été construites par des amis que nos chefs de l'époque s'étaient fait dans le coin, etc. et on a habité là pendant tout l'hiver de 1943-1944.

Alors, la vie quotidienne n'était pas spécialement facile. Premièrement, il ne fallait pas faire de feu. On a passé tout l'hiver par des -5, -10, -15, on n'avait pas le droit de faire de feu parce qu'il y avait des avions allemands qui patrouillaient à peu près tout le temps sur toute la France. Il ne fallait pas que les Allemands puissent repérer un endroit (...). Et donc, on a passé tout l'hiver sans feu, sans chauffage... il n'y en avait pas, d'ailleurs.
Et puis, de même, pour la même raison, pratiquement sans manger jamais chaud pendant tout l'hiver avec des moins, moins, moins, etc. Des gardes jour et nuit, à l'extrémité du terrain sur lequel on était installé, pour être sûrs de se protéger quand on est arrivé. On a eu très froid. On n'a pas eu faim parce qu'on était ravitaillé. On recevait d'abord par parachutage de la nourriture anglo-américaine, enfin, le genre de paquets de ration militaire, et puis les gens de la Creuse - que je ne connaissais pas avant - ont été pendant toute cette période d'une hospitalité par rapport aux étrangers qui arrivaient, tout à fait exceptionnelle. On a été - je ne dirais pas gavés, si on peut dire - mais enfin, on n'a manqué de rien, les paysans nous donnaient des pommes de terre, du beurre. Enfin, ce n'était pas toujours très raffiné, ce n'était pas de la haute cuisine, ni faite avec des hauts matériaux, mais enfin, on n'a pas souffert de la faim. "  


Contexte historique

Jacques Bloch est né le 7 juillet 1924, il a donc 15 ans lorsque la guerre éclate. Son père, mobilisé, est fait prisonnier de guerre. Il est libéré durant l'été 1941, avec les autres officiers de réserve anciens combattants de 1914-1918. Mais à son retour, le proviseur du lycée où il enseigne lui annonce qu'il est révoqué, parce qu'il est juif. Deux jours plus tard, c'est la mairie qui convoque le père de Jacques : les Allemands réquisitionnent sa maison. La famille a quelques heures pour quitter les lieux... Ils se réfugient dans leur maison secondaire en Touraine. Ils y habitent jusqu'en février 1942 : la famille est alors prévenue par des villageois que l'ordre a été donné de les arrêter. Ils fuient vers la Creuse, retrouver leur cousin, l'historien Marc Bloch.

Jacques soupçonne son cousin de faire partie de la Résistance et il est certain de pouvoir lui faire confiance : il lui propose donc son aide. Marc Bloch se donne le temps de la reflexion, puis le met en contact avec un camarade qui permettra à Jacques de prendre le maquis dans la région de Bourganeuf (Creuse), le 19 février 1944. Il devient " Jacques Binet ". Jacques et ses camarades apprennent à se servir d'armes. Jusqu'au Débarquement, la plupart des actions sont le sabotage et la réception de parachutages anglais et américains. La population, dans son ensemble, est de leur côté.

Le 7 juin 1944, les maquisards attaquent et libèrent Guéret... Mais la victoire est de courte durée : la terrible division SS Das Reich revient. Lors de ces combats, Jacques est blessé au bras. A l'hôpital, le chirurgien est obligé de l'amputer. Dénoncé par un milicien, Jacques est arrêté dans sa chambre d'hôpital par les Allemands et livré à la Gestapo, à Montluçon. Il y est interrogé pendant sept jours et sept nuits. Transféré à la prison militaire de Moulins, il reste trois mois " au secret ".

Jacques est déporté au camp de concentration de Buchenwald le 5 septembre 1944, alors que Paris est libéré. Les médecins SS hésitent sur son cas : c'est un jeune homme fort mais handicapé. Cela lui permet d'alterner entre le camp de travail et les blocks des invalides. Dans ces derniers, il rencontre Jacques Lusseyran.

Lors de l'évacuation du camp, il préfère s'évader et rejoint clandestinement les lignes américaines le 13 avril 1945. Moins de la moitié des personnes déportées à Buchenwald avec lui rentreront chez eux. A son retour en France, il suit des études de Droit puis travaille comme administrateur au Sénat. Il pratique quelques sports. Retraité, il vient raconter son histoire aux élèves.

 


DVD-ROM « Valeurs de la Résistance, valeurs des jeunes aujourd’hui », AERI, 2012.