Mémoire d’un otage du 16 au 18 août 1944 à Rambouillet

Type : Témoignage

Source : © Collection privée M. Picard Droits réservés

Date document : 16 au 18 août 1944

Lieu : France - Ile-de-France - Yvelines - Rambouillet

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Analyse média

Récit écrit par M. Reby peu après sa détention. Le texte fut signé par les otages quelques jours après leur libération.


Contexte historique

A la suite de ces échauffourées, les Allemands prirent six otages : l'abbé Renaud, M. Ouvrard, M. Picard et son fils âgé de quinze ans, M. Reby et M. Tessier. Ils furent enfermés dans une grange de la ferme de M. Baron et gardés sous la menace de mitraillettes. (1)

En 1944, François Prompsaud organise les Forces françaises de l'intérieur dans le secteur de Rambouillet. Dans ce canton, l'organisation qu'il met en place s'appuie sur des anciens sous-officiers du 4e Hussards, régiment stationné à Rambouillet jusqu'à la guerre. Pour entraîner les corps-francs, il recrute plusieurs sous-officiers : le maréchal des logis-chef Saintier et les adjudants Glotain et Moissenet. Sur le plan de la technique militaire, l'efficacité de ces corps francs est augmentée par l'arrivée d'une dizaine de Russes évadés, habitués à la technique de la guerre de partisans. Ce groupe fut le plus actif dans les combats de la libération du canton.

Concernant ces combats, nous disposons d'un témoignage écrit du docteur André-Nicolas Rabourdin qui a vécu la libération de Rambouillet. Son récit commence le 9 août 1944 : "Dès le 9 août, des éléments de FFI, régulièrement constitués, avaient pris le maquis, sous la direction de Saintier, de Moissenet et de Glotin. Les corps-francs, suivant les instructions reçues du commandement départemental FFI devaient harceler l'ennemi sur les routes nationales n°10 par Epernon et n°191 par Ablis. Leur armement, parachuté dans la région de Limours, était constitué par des mitrailleuses, des fusils-mitrailleurs, deux pièces antichars et des grenades.(...) Dès le 14 août, dans la soirée, la mission des FFI, rendue difficile par la méfiance des Allemands, était terminée ; les trois quarts des FFI rentrèrent à Rambouillet, en laissant leur matériel à Gazeran jusqu'au 16, date à laquelle ils prirent contact avec l'Etat-major de Rambouillet. MM. Prompsaud et Perrot, et les FFI de Saintier et du capitaine Bernier firent leur jonction avec les Américains au café Daem à Guipéreux. Le lendemain 17, MM. Daignueperse et Serge Petit se rencontraient à Epernon où ils purent ensemble poursuivre leur mission : établir la liaison entre le QG FFI de Rambouillet et le QG américain de Longvilliers, rétablir l'ordre dans Epernon, dont les forces de résistance organisés avaient été arrêtées par les Allemands et rétablir la liaison avec le commandement départemental d'Eure-et-Loir." (Docteur Rabourdin, "Comment nous avons été libérés le 19 août 1944").

Raymond Saintier, responsable des corps-francs FFI du sous-secteur, a laissé un compte-rendu de l'action militaire de ces corps-francs : "Le 11 août 1944 à 14 heures, je reçus l'ordre de mettre les groupes A et B sur pied. Je reçus l'armement vers 22 heures et le 12 août à 3 heures du matin, les hommes étaient armés, nous sommes partis. Le groupe A, commandé par l'adjudant Glotain avait pour mission de se rendre en direction de Gallardon. Celui-ci rencontra de très grosses difficultés (bois impénétrables la nuit, nombreuses patrouilles allemandes) et dut attendre le jour pour effectuer sa mission. Le soir du 12 août, voulant se porter en avant pour continuer les reconnaissances, il se trouva pris dans un barrage de DCA allemande. Pour éviter de gros risques, le groupe dût se disloquer. Les armes furent cachées et laissées sous la surveillance d'un Officier Russe évadé. Le groupe B, sous les ordres de l'Adjudant Moissenet, avait ordre de se rendre dans la région de Maintenon. Pu arriver sans difficulté dans les bois aux abords de la commune d'Hermeray où les hommes se cachèrent en attendant la nuit. (...) Quelques heures plus tard, une formation d'infanterie et de grenadiers allemands en retraite prenait position. Le groupe fut repéré, par une patrouille, une partie put se replier, tandis que l'autre se trouvait encerclée. Immédiatement prévenu, je me portais avec mes hommes à leur secours, et parvins à les dégager sans incident. Le 13 août au soir je recevais l'ordre de repli sur Rambouillet." (rapport Saintier, 1944).

Le 16 août, les avant-gardes américaines font leur entrée dans Rambouillet. Reprenons donc le récit du docteur. Rabourdin : "Le 16, vers 15 heures, la première auto-mitrailleuse américaine fit son entrée dans Rambouillet. Montée par quatre hommes, venant du Quartier Général de Maintenon, elle avait pris la route de Gazeran et était entrée dans Rambouillet, par erreur paraît-il. Les Allemands l'accueillirent à coups de mitrailleuses et de canons anti-chars. Arrivée place Félix Faure, elle prit la rue Nationale et pendant qu'elle montait la rue de la République, un de ses hommes, à demi sorti de sa tourelle, répondit de la main au salut que lui adressa de sa fenêtre, M. Ostrowski (...). L'auto-mitrailleuse traversa la place de l'Eglise et descendit jusqu'au bout de l'avenue Foch. En revenant sur son chemin, M. Serge Petit l'arrêta et monta avec les Américains, pour les diriger vers la kommandantur. Dès qu'elle fut engagée dans la rue Gambetta, on vit apparaître le capitaine de gendarmerie Bernier, des gendarmes, le dentiste Schouder, chez lequel les armes étaient déposées, le vicaire M. Renaud, M. Leuques, lieutenant des pompiers, et quelques autres FFI. L'auto-mitrailleuse fut arrêtée devant l'Ecole des Filles par une rafale de mitrailleuse, tirée par des Allemands, embusqués derrière le capot d'une voiture, arrêtée devant la kommandantur. M. Serge Petit mit la mitrailleuse lourde américaine en action; les gendarmes firent feu à leur tour et les Allemands rentrèrent dans la Kommandantur, puis ils en ressortirent dans une voiture commerciale, qui prit à toute vitesse la direction de la gare. M. Serge Petit et M. Lebeau, Inspecteur d'Académie, qui parle anglais, persuadèrent les Américains qui étaient entrés dans l'Ecole des Filles, que le moment était propice pour remonter en voiture et s'échapper. M. Serge Petit les accompagna et en passant devant la Kommandantur, il ouvrit le feu de la mitrailleuse américaine sur une dizaine d'Allemands situés près de la maison du jardinier. L'auto-mitrailleuse fila dans la direction de la gare, passa sous le Pont Hardi, où elle arrosa de balles cinq ou six Allemands qui s'y trouvaient, prit la rue de la Garenne et gagna le Bel-Air ; là par une manœuvre propre à dérouter les Allemands, elle finit par foncer sur la route d'Ablis et rejoignit Maintenon par Orcemont, Orphin. Après le départ de l'auto-mitrailleuse, les FFI entrèrent dans la kommandantur, qu'ils trouvèrent vide. L'abbé Renaud prit les clefs de la villa et alla les déposer à la Gendarmerie française. A ce moment une auto-mitrailleuse allemands apparut dans la rue du Général Humbert. Les FFI prirent la fuite mais une rafale de fusil automatique tua à cent cinquante mètres un FFI, Jean Houff, d'une balle qui traversa la tête de part en part et un autre FFI eut le mollet traversé par une balle. " (Rapport Saintier, 1944).

A la suite de ces échauffourées, les Allemands prirent six otages : l'abbé Renaud, M. Ouvrard, M. Picard et son fils âgé de quinze ans, M. Reby et M. Tessier. Ils furent enfermés dans une grange de la ferme de M. Baron et gardés sous la menace de mitraillettes. Le lendemain, Emile Degois, maire de Rambouillet, est sommé de désigner sept otages à fusiller en échange de ceux arrêtés. Il répond courageusement : "Je ne peux en désigner qu'un seul : moi-même”. Cette digne réponse vaut la libération des otages ("La libération du 19 août 1944", in Toutes les Nouvelles, 14 août 1985). Nous supposons que cette version ne constitue qu'une conclusion partielle sur la libération des otages. Outre l'intervention réelle et courageuse de M. Degois, d'autres facteurs déterminants expliquent la libération des otages deux jours après leur détention : la proximité des Américains et le fait que les Allemands aient été tués par des balles américaines. C'est ce que souligne Serge Petit dans un témoignage : " L'enquête ultérieure des autorités allemandes ne peut que constater, au cours de l'autopsie des cadavres, la marque américaine des balles de la mitrailleuse du char. Quand je pense que j'aurais pu tirer avec une quelconque arme française, je frémis rétrospectivement à l'idée du sort qui aurait été réservé aux otages rambolitains en pareil cas. Fort heureusement aussi, les jeunes FFI qui, au péril de leur vie, essayèrent de s'emparer, quelques instants après notre passage, d'armes allemandes entreposées dans la kommandantur, n'avaient pas d'armes françaises, ou, tout au moins, n'en firent point usage ce jour-là ! " (Serge Petit, "Précisions sur la libération de Rambouillet"). Le même jour, le 16 août, Raymond Saintier met ses deux groupes à la disposition du Capitaine de gendarmerie de Rambouillet. Sur la route d'Epernon, ils établissent le contact avec une patrouille de blindés américains. " De nombreuses reconnaissances furent effectuées en liaison avec les FFI d'Epernon et les troupes alliées. Le 18 août, à 22 heures, je reçus l'ordre de me rapprocher de Rambouillet, afin de pouvoir renseigner les troupes alliées pour l'attaque de la ville.(...) Le 19 août, nous rentrâmes dans Rambouillet, évacuée dans la nuit par les Allemands. " (rapport Saintier, 1944).

Le 18 août, de nombreux bombardements eurent lieu autour de Rambouillet. Et dans la nuit du 18 au 19 août, les Allemands quittèrent la ville : Rambouillet était libéré. Les FFI s'empressèrent de prévenir les Américains du départ des Allemands, ce qui permit d'éviter un bombardement intensif de la ville prévu pour le lendemain. Le 20 août, à 11 heures, les Américains firent leur entrée à Rambouillet. A souligner parmi les libérateurs américains, la présence d'Ernest Hemingway, correspondant de guerre et nommé responsable de la défense militaire de Rambouillet. Enfin, le 22 août fut marqué par le passage de la Division Leclerc et le 23 par l'arrivée du général de Gaulle et de Maurice Schumann. C'est à Rambouillet que de Gaulle annonça à Leclerc que la 2e D.B. devait foncer sur Paris. Ce fut au château de Rambouillet que les deux hommes fixèrent les opérations de marche sur Paris, pour le 24 août.

L'arrondissement de Rambouillet a été le premier arrondissement libéré de Seine-et-Oise. Le 17 août, les Allemands évacuent la région de Houdan et de la Queue-Lez-Yvelines. Dans le même temps, Ablis est également libéré. Une seule victime est à déplorer à Paray-Douaville où un ouvrier agricole est fusillé par les Allemands. Dourdan est libéré le 21 août et Limours le 22. La région de Pontchartrain, quant à elle, n'a été évacuée que le 25 août après plusieurs combats. (2)

 


AUTEUR : Winieska Françoise,
SOURCES : (1) Août 1944. La Libération de Rambouillet, France, Ed. Shary, 1999, p.27-28. (2) Dvd-rom La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004.