Contexte historique
Durant les printemps et été 1942, dans le cadre de la Délégation générale encore embryonnaire, Jean Moulin entreprend de créer un certain nombre de services centraux destinés à favoriser la coopération entre les trois grands mouvements de Résistance de la zone libre et à rattacher progressivement les activités de ces organisations à la France libre.
En avril, il commence par mettre sur pied le Bureau d'information et de presse (BIP). Placé sous la responsabilité de Georges Bidault et formé de journalistes, ce service est destiné à être l'agence de presse clandestine de la Résistance. Il publie chaque mois un Bulletin d'information de la France combattante (fin 1943, le Bulletin sera trihebdomadaire) qui circule dans les mouvements et informe régulièrement Londres. Dans le même temps, le BIP diffuse au sein de la Résistance intérieure les informations sur l'actualité de la France libre et du monde extérieur que Londres lui fait passer. À terme, le BIP fusionnera avec les centres d'information des MUR pour donner l'Agence d'information et de documentation (AID).
Début juillet, à l'instigation de François de Menthon, Moulin crée le Comité des experts (futur Comité général d'études) dont la mission est prospective puisqu'il doit travailler aux projets de réforme politique, constitutionnelle, économique et sociale qu'il faudra mettre en oeuvre à la Libération. À partir du début du mois d'août, un embryon de secrétariat est organisé sous la houlette de Daniel Cordier.
Dans le courant de l'automne 1942, afin de sécuriser autant que possible les liaisons radio avec Londres, Moulin crée un service central de transmissions, le Wireless Transmissions (WT).
À la même époque, il charge l'agent du BCRA Fassin ("Sif") de monter, avec l'aide de deux autres officiers de la France combattante, Schmidt ("Kim") et Monjaret ("Frit") un service centralisé de liaisons aériennes avec l'Angleterre. Au sein de ce Service des opérations aériennes et maritimes (SOAM - appelé plus tard Centre des opérations de parachutage et d'atterrissage (COPA)), les agents du BCRA formés par les Britanniques aux opérations de parachutage et d'atterrissage travaillent avec des équipes fournies par les mouvements de Résistance. Début de 1943, Moulin charge un autre agent du BCRA, Ayral ("Pal") d'organiser un service similaire en zone Nord. Celui-ci met alors en place le Bureau des opérations aériennes (BOA) avec l'aide de deux autres agents, Pichard ("Bel") et Deshaye ("Rod").
Au fil des mois, ces services centraux deviennent au moins autant des moyens de pression sur les mouvements de Résistance que des instruments de coordination de l'activité clandestine et de liaison avec la France combattante. C'est donc fort logiquement qu'au printemps 1943, les chefs des grandes organisations résistantes en font un enjeu essentiel de la querelle qui les oppose à Jean Moulin. Par la bouche et la plume, notamment, d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie et de Jacques-Henri Simon, ils réclament le rattachement des services centraux à leurs mouvements. En pure perte.
Transférés à Paris au cours des printemps et été 1943, les services centraux continuent alors à se développer dans la perspective de la Libération. Au cours de l'automne, ils s'adjoignent une Commission presse et radio, une Commission des désignations et une Commission du ravitaillement. La première est présidée par Alexandre Parodi et travaille en liaison avec la Fédération de la presse clandestine. Présidée par Michel Debré, la deuxième comprend des représentants des MUR, de Libération-Nord, de l'OCM et de Défense de la France. Elle travaille sous le contrôle d'un des chargés de mission de la Délégation venu d'Alger, Émile Laffon, et en liaison avec une autre commission de même nature que dirige Francis-Louis Closon. Dirigée par Miné, la troisième est le produit d'initiatives conjointes et similaires du CNR et de la Délégation générale.
Début 1944, un Comité des oeuvres sociales des organisations de résistance (COSOR) voit le jour par la fusion des services sociaux des grands mouvements et des organisations de solidarité créées par le Front national et le PCF.
En février, Jacques Bingen et Georges Bidault créent le Comité financier de la Résistance (COFI). Présidé par André Debray, ce comité comprend notamment René Courtin, Michel Debré, Jacques Chaban-Delmas, Félix Gaillard, François Bloch-Laîné. Il est destiné à organiser le financement de la résistance intérieure par le Comité français de la libération nationale (CFLN).
Au cours du printemps et de l'été 1944, encore renforcés par une commission Jeunesse, ces services centraux jouent un rôle essentiel dans l'organisation clandestine du système étatique et administratif issu de la Résistance qui, aux jours de la Libération, contribuera avec l'efficacité que l'on sait au rétablissement de la légalité et de l'ordre républicains.
Guillaume Piketty, " Les services centraux de la Résistance ", in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004.


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