Manuel SOUSA ROQUE (DE)

Etat-civil
Profession en 1940 : Boucher
Domicile en 1940 : Rioupéroux (Isère)
Résistance
Organisation de Résistance : Maquis de l'Oisans.
Commentaires
Né en 1907, Manuel était un garçon de ferme résilient, rejeté par sa patrie appauvrie de Loulé, au
Portugal. Il s'enfuit en France en 1924 pour échapper à l'avenir sombre d'un travail de la terre stérile,
laissant derrière lui son père, sa mère et sa sœur. Guidé par une ambition discrète, Manuel refusa de
suivre les voies toutes tracées et confortables de ses compatriotes immigrés portugais. Il s'installa
dans les usines industrielles et enfumées de Lille, y apprit le français par lui-même, puis déménagea
dans les Alpes, à Grenoble, en 1926. Là, il suivit une formation de chaudronnier-soudeur et travailla
sur les conduites forcées hydroélectriques de l'Isère. Manuel décrocha ensuite un apprentissage de
boucher au sein d'une corporation fermée et syndiquée — un fait rare pour un immigré. En 1935, il
épousa Juliette, une employée locale des Postes, au moment même où le fascisme de droite, les
grèves politiques et les violents troubles antifascistes envahissaient les rues de Grenoble.
Manuel et Juliette s'installèrent à Rioupéroux et ouvrirent une boucherie dans la communauté de
Livet-et-Gavet, un verrou industriel stratégique. Leur fille, Marie-Josée, naquit à Rioupéroux en
1938, suivie de leur premier fils en 1941. Cependant, leur vie paisible vola en éclats lorsque la
Seconde Guerre mondiale exigea leur soutien. Reconnaissant la fiabilité de Manuel et la position
unique de sa boucherie, le commandant Lanvin (le capitaine Lespiau) le recruta lors de la formation
initiale du Maquis de l'Oisans. Sa première mission fut de contrebander une tonne d'armes militaires
destinées aux résistants dans les montagnes. Bloqué par des barrages allemands, Manuel fit un détour
et les cachat dans sa boucherie pendant huit jours. Suite à ce succès, sa boutique se transforma,
passant d'un foyer familial à un lieu de réunion clandestin de haut niveau pour la Résistance. Lanvin
et d'autres agents de la Résistance commencèrent à se réunir secrètement à la maison plusieurs fois
par semaine, jusqu'à ce qu'un poste de commandement formel soit établi à Jarrie, en Isère.
Pour préserver cette opération dangereuse, son épouse, Juliette, et leurs enfants devinrent la
couverture civile absolue — une responsabilité qui s'alourdit encore avec la naissance de leur second
fils en 1944. Pendant près de deux ans, Manuel mena une double vie mortelle sous le nom du «
Boucher de Rioupéroux ». Il effectuait quotidiennement des missions à haut risque : livrer des
renseignements aux résistants, transporter des combattants blessés, cacher des agents de la
Résistance dans la cave de la boucherie, passer des fournitures en contrebande et conduire des
gendarmes déserteurs vers les camps de haute montagne.
Alors que les patrouilles nazies fouillaient activement cette ville-verrou, la présence physique de
matériel de résistance et d'agents plaçait la famille de Manuel en péril immédiat. Manuel fit face à
une crise psychologique déchirante, réalisant que sa quête de liberté à long terme et d'opportunités
avait transformé sa propre maison en cible, et sa femme et ses jeunes enfants en boucliers humains. Il
marchait sur le fil du rasoir, où une seule erreur ou un regard suspect d'un soldat nazi signifiait
l'exécution immédiate de toute sa famille. Ce danger atteignit son paroxysme lorsque Manuel fut
arrêté par la Gestapo dans un café lors d'une tournée postale habituelle. Ils fouillèrent
minutieusement sa camionnette et ouvrirent tout le courrier, mais ne parvinrent miraculeusement pas
à trouver les documents secrets de renseignement qu'il transportait. À contrecoeur, ils le relâchèrent,
lui laissant la vie sauve de justesse.
À la fin de la guerre, Manuel reçut un dossier officiel sur ses activités de la part du comité de
libération, ainsi qu'un certificat appuyant sa demande d'obtention de la nationalité française en 1945.
Désireux de repartir sur des bases saines, il déracina sa famille en 1951 pour traverser le globe et
s'installer en Australie afin de commencer une nouvelle vie. Il endura un travail épuisant sur un
nouveau projet hydroélectrique avant de s'établir en Tasmanie. Là-bas, il maîtrisa une quatrième
langue, l'anglais, et surmonta l'exclusion sociale amère liée à son statut d'immigré.
Sources et bibliographie utilisées
http://www.maquisdeloisans.fr/le-maquis/naissance-du-maquis-de-loisans/ ; informations, biographie et documents transmis par M. Marc Barnes, son petit-fils (juillet 2026).
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