Jacques Grou-Radenez

Genre : Image

Type : Photographie / Photograph

Producteur : Inconnu

Source : © Archives nationales, fonds Défense de la France (don Jean-Marie Delabre) Droits réservés

Détails techniques :

Photographie argentique en noir et blanc.

Date document : Sans date

Lieu : France

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Contexte historique

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Dans l'expansion et la professionnalisation de Défense de la France, "Un homme eut alors un rôle central et nous ouvrit littéralement les portes du Sérail, Jacques Grou-Radenez." (1)

Jacques Grou-Radenez est né à Montdidier le 4 avril 1905. Imprimeur professionnel, père de cinq enfants, il est installé au 11 de la rue de Sèvres (Paris) et offre très tôt ses services à la presse clandestine, à Défense de la France notamment.

"Son nom m'avait été donné par Paul Ranchon, l'assistant de Marcel Lebon. [...] Il avait un masque superbe, pâle et long, fait comme un moulage, un regard tourné vers l'intérieur dans de profondes orbites et un grand corps mince et puissant. Il parlait lentement comme s'il composait ses syllabes et ne voulait rien dire qui ne soit l'expression de sa vérité réfléchie," se souvient Philippe Viannay. (2) 

Son apport à Défense de la France est décisif. "Outre la fourniture de matériel, Grou-Radenez promet de dépanner DF pour l'impression de certains documents. Surtout, il forme plusieurs militants, en particulier de jeunes étudiants à la typographie." (3) "Il avait le don d'entraîner les gens" se souvient Hélène Viannay. (4)

"Charlotte Nadel est de ceux que mon père a formés à la composition" raconte Christophe Grou-Radenez. Cette technique, "du moins pour ses rudiments, n'était pas très difficile à assimiler. L'essentiel étant de bien connnaître les règles de la grammaire et de l'orthographe, ce qui ne posait aucun problème à Charlotte" confie-t-il. (5)

Les débuts sont laborieux et "les premières compositions arrachent des fous rires à Grou-Radenez" (6) : "Ce n'est pas du tout comme cela qu'on fait. Vous faites comme si vous tapiez sur une machine à écrire. Mais il faut écarter les lettres pour que ce soit bien d'équerre à droite et à gauche", se souvient Hélène Viannay (7). L'imprimeur permet ainsi au mouvement de passer de la machine à écrire offset - qu'ils utilisent pour les 12 premiers numéros - au stade professionnel. 

Après cet apprentissage rapide mais fort utile, Charlotte Nadel, qui jusque-là assistait Hélène pour la diffusion, accepte de se consacrer entièrement au futur atelier de composition (situé initialement rue du Montparnasse), et coiffe, à terme, toute la branche technique du mouvement. Elle est secondée par Génia Gemähling et un infirmier qu'elle recrute, formés eux aussi par Jacques.

Au fil du temps, la composition des numéros s'améliore et l'impression est de plus en plus soignée.

Il donne au mouvement le matériel nécessaire : composteur, galée, casses, mais il leur demande de ne pas utiliser, sinon pour s'entraîner, les caractères qu'il leur a prêtés. Il estime en effet qu'une analyse minutieuse peut permettre de repérer d'où viennent les caractères ayant déjà servi. Il faut donc trouver des caractères neufs. Il met ainsi Philippe Viannay en contact avec "le vieux patron de la fonderie Caslon, M.Radriguer - et son fils Alain - qui leur donne ou vend à bas prix tout le matériel approprié, très au-delà de la seule fourniture de caractères." (8). En outre, Jacques Grou-Radenez permet à Défense de la France d'acquérir une presse fort puissante de la marque Teish. Il imprime également des supports de faux papiers.

Le 12 novembre 1943, il fut arrêté avec sa femme pour avoir caché des enfants juifs. Ses activités clandestines furent découvertes, il fut condamné à mort et finit par mourir en déportation en 1945. 

Sources : (1) Philippe Viannay, Du bon usage de la France, Résistance, Journalisme, Glénans, éditions Ramsay, 1988. (2) Ibid. (3) Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance, Défense de la France, 1940-1949, éditions du Seuil, 1995. (4)Clarisse Feletin, Hélène Viannay, L'instinct de résistance de l'Occupation à l'école des Glénans, éditions Pascal, 2004. (5) Témoignage de Chritophe Grou-Radenez, le 7 octobre 2008, in Imprimeurs et éditeurs dans la Résistance, sous la direction de Laurence Thibault (AERI), éditions La documentation Française, 2010. (6) Olivier Wieviorka, Op.cit. (7) Souvenirs d'Hélènes Viannay, in Clarisse Feletin, op.cit. (8) Philippe Viannay, op.cit



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In the expansion and professionalization of Défense de la France « one man had a central role, literally opening us up to the world, and that was Jacques Grou-Radenez ». (1)

Jacques Grou-Radenez was born in Montdidier on April 4, 1905. A professional printer and father of five, he established himself at 11 Rue de Sèvres in Paris and, very early, offered his services to the underground newspaper, Défense de la France.

« I got his name from Paul Ranchon, Marcel Lebon's assistance. [...] He had a superb expression, long and pale, as though cast in plaster, his look was always turned inward to profound depths, and a tall body, thin and powerful. He spoke slowly, as though he gave each syllable thought and never wanted to say anything he did not truly believe » recalled Philippe Viannay. (2)

His contribution to Défense de la France was decisive. « In addition to the acquisition of materials, Grou-Radenez promised to aide DF with the printing of certain documents. Above all, he instructed many members, generally young students, in typography. » (3) « He had a talent for teaching people » recounted Hélène Viannay. (4)

« Charlotte Nadel was among those my father taught composition » recounted Christophe Grou-Radenez. This technique, « at least for the basics, was not very difficult to learn. The essential being to know the rules of grammar and spelling, which did not pose a problem for Charlotte » he admitted.

The beginnings were laborious and « the first compositions forced a laugh out of Grou-Radenez » (6): « That is not at all how we do that. You are doing it like you are typing on a typewriter. But you have to space out the letters so that they are equidistant on from the right and the left » cited Hélène Viannay (7). The printer thus allowed the movement to pass from an offset printer, which they had used for their first twelve issues, to a professional stage.

After this rapid but highly useful apprenticeship, Charlotte Nadel, who, up to that time, had helped Hélène in the diffusion, accepted to devote her time entirely to the future composition workshop (initially situated on Rue du Montparnasse), and headed the entire technical branch of the operation. She was seconded by Génia Gernähling and a nurse that she recruited, who were also instructed by Jacques.

Over time, the composition of the issues improved and the printing became more and more carefully done.

Grou-Radenez gave the movement the necessary materials: composing stick, galleys, scraps, but he asked them not to use, at least not for training, the characters that he lent them. He believed that a close analysis would allow someone to track the characters' whereabouts. Thus, it was necessary to find new characters. He put Philippe Viannay in contact with « the former head of the foundry, Casion, Mr. Radriguer – and his son Alain – who gave or sold them all of the appropriated materials, above and beyond the supply of characters. » (8) Additionally, Jacques Grou-Radenez helped Défense de la France to acquire a more powerful printing machine of the Teisch brand. He also helped with the printing of false documents.

On November 12, 1943, he was arrested for hiding Jewish children. His underground activities were discovered and he was condemned to death, eventually dying during deportation in 1945.


Source: (1) Philippe Viannay, Du bon usage de la France, Résistance; Journalisme, Glénans, Ramsay publications, 1988. (2) Ibid. (3) Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance , Défense de la France 1940- 1949, Seuil publications, 1995. (4) Clarisse Feletin, Hélène Viannay, L'instinct de résistance de l'Occupation à l'école des Glénans, Pascal publications, 2004. (5) Testimony of Christophe Grou-Radenez, October 7, 2008, in Printers and Editors in the Resistance, under the direction of Laurence Thibault (AERI), French documentary publications, 2010. (6) Olivier Wieviorka, op.cit. (7) Souvenirs d'Hélène Viannay, in Clarisse Feletin, op.cit. (8) Philippe Viannay, op.cit.


Traduction : Matthias R. Maier


Auteur : Emmanuelle Benassi

Author: Emmanuelle Benassi