Meyères (Les), quartier de Montélimar

Légende :

Vue aérienne du quartier des Meyères (Montélimar) : 9 impacts de bombes (bas du cliché) où furent fusillés et (ou) enterrés dix-huit résistants (1944)

Genre : Image

Producteur : IGN/Alain Coustaury

Source :

Détails techniques :

Photographie aérienne en noir et blanc et renseignée.

Lieu : France - Rhône-Alpes - Drôme - Montélimar

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Analyse média

Bien que cette photo de 1946 soit prise d’avion, elle donne une bonne impression d’ensemble d’un paysage parfaitement plat, tel que l’on peut en rencontrer à proximité du Rhône, lorsqu’une plaine alluviale a pu se construire. C’est le quartier des Meyères, à l’extrême ouest de Montélimar. La formation végétale, en bordure, est contiguë au lit d’un ruisseau, le Meyrol, se jetant dans le fleuve un peu plus au sud. Le reste du plan est structuré par des parcelles agricoles très régulières et, en outre, par trois routes. L’une, oblique sur l’image, d’est en ouest, se dédouble au niveau de la ferme de monsieur Lafaye, propriétaire en 1946 (demeure de monsieur Chanéac actuellement). La seconde se dirige vers le sud ; la troisième part vers le nord et se nomme chemin des Meyères.

La proximité de l’aérodrome d’Ancône au nord-est, utilisé par les Allemands pendant la guerre, explique qu’il existe encore, en 1946, des murs en pierre en U – pare-éclats – destinée à recevoir un avion, tout près de la première route. L’accès des appareils au pare-éclats apparaît, dans le champ, grâce à une couleur sensiblement plus claire correspondant à des chemins empierrés.

Enfin et surtout, dans le quart sud-ouest de la photo, tout près de la ferme, dans l’emblavure, on repère neuf impacts de bombes larguées par les avions des USAAF (sortes de trous coniques). Les projectiles étaient destinés à détruire le pont voisin sur le Rhône, reliant le Teil à Montélimar, l’Ardèche à la Drôme, et peut-être à endommager l’importante gare (dépôt et triage) du Teil. Il s’agissait là d’un nœud routier et ferroviaire assez important.

Rappelons que les événements, qui marquèrent tragiquement ces lieux, se situaient dans la deuxième quinzaine d’août 1944, immédiatement après le débarquement allié en Méditerranée (15 août) et après l’ordre de repli donné à la 19e Armée allemande stationnée dans le sud de la France (17 août) ; c’est-à-dire dans un moment où les enjeux étaient de poids dans la région.

Aux environs du 20 août, ont été fusillés et (ou) enterrés dans ces excavations (parfois peut-être à proximité) dix-huit Résistants dont trois femmes, Louise Gémard et Simone Garaix et une troisième, qualifiée d’ « inconnue » dans le registre d’état civil. Lieux martyrs d’importance s’il en est, sans doute non reconnus comme tels encore, dans la mémoire collective. À l’époque, ils furent choisis pour leur isolement. Ils étaient ainsi adéquats pour de basses besognes : des exécutions sommaires avec élimination de corps que l’on souhaitait cacher aux yeux de la population.


Auteurs : Claude Seyve, Michel Seyve

Sources : Photo IGN. Rencontre P. Morand, C. Seyve et M. Seyve avec des témoins, 7 mars 2012.

Contexte historique

Roger Lafaye avait 15 ans, à l’époque du bombardement, à la fin du mois d’août 1944 ; il vivait alors avec ses parents, dans la ferme sise tout près des cratères de bombes observés. Ginette Fouque – qui habitait chemin des Meyères, à quelques centaines de mètres de là – et lui-même se souviennent de l’énorme bruit provoqué par l’éclatement des bombes dans le calme de leur campagne, ainsi que de celui de plusieurs fusillades.

Après celles  des Résistants lors de la libération de Montélimar le 28 août 1944 et l'exhumation des cadavres, Roger Lafaye a gardé en mémoire les images des jupes colorées de deux femmes. C'étaient celles de Louise Gémard et Simone Garaix. Les deux amies hébergeaient parfois, chez Louise (route d’Allan), des hommes des maquis de la région et faisaient partie d’un réseau résistant qu’elles aidaient sous diverses formes, jusqu’à leur arrestation et leur exécution aux Meyères le 20 août 1944.

Le registre d’état civil de 1944, archivé à la mairie de Montélimar, mentionne en outre plusieurs autres personnes dont le nom (quand il est connu) est suivi de la mention « fusillé … Meyères » : Aubert André, Bonneau Paul, Ducros Marcel, Ducros Romain, Milhé Pierre, puis « 9 inconnus fusillés (…) quartier de Meyères, sexe masculin » dont les noms ont été ajoutés en marge ultérieurement : Lavenant Maurice, Balbo Gaston, Arnaud Jean Joseph, Brachet Henri Robert, Bruhat Rémy Antoine Mathieu, Peyronnel Jean Louis Daniel, Trosset Louis Marcel, Walber, Zapelli Joseph. On sait également par ailleurs que, le 22 août 1944, trois hommes du quartier de la Rochelle furent conduits, enchaînés, par un groupe d’Allemands, à l’hôtel du Parc, siège de la Milice : le père et le fils Ducros, cultivateurs, et leur domestique Henri Monteil. Ils furent ensuite fusillés, les deux premiers aux Meyères, selon les informations de l’état civil, le troisième très vraisemblablement au même endroit, bien que le registre ne le mentionne pas. Apportons maintenant quelques précisions concernant d’abord l’un des tués que nous venons de citer ; au numéro 316 du registre d’état civil : « Bonneau Paul, … décédé le 20 août, fusillé par les Allemands au quartier de Meyères, un homme dont l’identité n’a pu être établie, sans aucuns renseignements connus du déclarant, dressé le 2 septembre…, sur déclaration de Gustave Ribière, 56 ans employé de mairie. » L’identité se résume donc à « Bonneau Paul »… Ensuite, au N° 366, est inscrit « le décès d’une femme inconnue ; le 19 septembre 1944 a été découvert présumée noyée depuis environ du 1er au 5 septembre au quartier de Meyères, au bord du Rhône, une femme âgée d’environ 30 ans, brune, taille 1,55 m environ, sans autres renseignements connus ; déclaration : 22 septembre 1944. » Ce sont donc finalement 18 personnes qui ont été massacrées et (ou) ensevelies à quelques pas de la ferme, tout près de l’actuelle Base de Loisirs de Montélimar. Précisons que certains des corps – comme ceux de Mmes Gémard et Garaix – ont été inhumés « au Carré Militaire » du cimetière Saint-Lazare le 20 septembre 1950. Remarquons que les victimes qualifiées « 9 inconnus … fusillés Meyères », sont aussi notées « SNCF », et que le nom de quatre d’entre elles apparaît sur une plaque à Avignon (exposée en album) : Brachet Henri 32 ans, Bruhat Louis 32 ans, Arnaud Jean 36 ans, Peyronnel Jean 31 ans. À leur sujet, Robert Serre apporte les informations suivantes : « Dans la nuit du 19 au 20 février 1944, des Résistants FTPF du Vaucluse font sauter, avec des explosifs venant de Montélimar, une vingtaine de locomotives et la rotonde du dépôt SNCF d’Avignon. Les détonateurs bien réglés déclenchent les explosions à intervalles réguliers pendant neuf heures. Des cheminots suspectés sont arrêtés et incarcérés à la prison des Beaumettes à Marseille. Certains sont déportés, d’autres amenés à Montélimar où ils sont discrètement fusillés aux Méyères. Leurs corps sont exhumés en 1946 et rapatriés sur Avignon où leurs obsèques ont lieu en présence du général de Lattre de Tassigny ».

Les hommes de la Milice, cantonnés à l’hôtel du Parc à Montélimar, trouvaient sans doute bien commode ce coin du quartier des Meyères pour accomplir leurs forfaits : faire disparaître des ennemis rapidement en laissant le moins de traces possibles. De nos jours, ces faits sont maintenant établis pour l’essentiel et portés à la connaissance du public. Ils constituent une motivation forte pour qu’une plaque ou une stèle, attestant l’importance des massacres d’août 1944, informe les nombreux visiteurs de ces lieux naturels.


Auteurs : Claude Seyve, Michel Seyve

Sources :

Robert Serre, notes et arch. pers., recherches aux AD Drôme (5 et 6.04.2012) ;

Claude Seyve, rech. aux AC Montélimar (276 w 10) et à l’état civil (registre 1944).

Rencontre organisée par Patrick Morand, avec Roger Lafaye, Ginette Fouque (témoins en août 1944), 7.03.2012 ; Mireille Monier-Lovie, arch. pers. ;

Robert Vernin, On se bat à Montélimar, 98 p., 11.05.1945, 2e éd.