Rue du Docteur-Léon-Mangeney, Mulhouse

Légende :

Voie dénommée rue du Docteur-Léon-Mangeney par une décision du conseil municipal du 31 mars 1969. 

Genre : Image

Type : Nom de rue

Producteur : Bertrand Merle

Source : © Collection Bertrand Merle / Aéria Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur

Date document : Juillet 2017

Lieu : France - Alsace - Haut-Rhin - Mulhouse

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Analyse média

Voie dénommée rue du Docteur-Léon-Mangeney par une décision du conseil municipal du 31 mars 1969. Cette rue est située dans la partie haute de la colline du Rebberg, un quartier bourgeois qui abrite notamment le nouvel hôpital Emile-Muller, le jardin zoologique et botanique, l’émetteur de télévision (194m), la tour du Belvédère (20m) et un monument dédié aux incorporés de force. Elle démarre côté Est par un rond-point formé par la convergence de la rue de la Pépinière (D21), de l’avenue de la 1ere-Division-Blindée, de l’avenue du Docteur-René-Laennec (D21) et de la rue du Docteur-Léon-Mangeney. Côté ouest, elle se poursuit sous un libellé proche (rue du Docteur-Mangeney) dans la commune de Brunstatt. La rue du Docteur-Léon-Mangeney dessert plusieurs bâtiments publics dont une école de soins infirmiers, la partie arrière de l’hôpital Emile-Muller et une maison médicalisée pour personnes âgées. La plaque n’indique aucune donnée biographique.


Bertrand Merle

Sources
Les rues de Mulhouse. Histoire et patrimoine, Conseil consultatif du patrimoine mulhousien et avec le concours de la Société d’histoire et de géographie de Mulhouse, Editions JM 2007 et JM 2009 actualisées et enrichies.

Contexte historique

Léon Mangeney est né à Colmar (Haut-Rhin) le 26 février 1908 dans une famille catholique. Son père, Jean Léon, originaire de Lièpvre (Haut-Rhin), est professeur de dessin et musicien: il tient l’orgue de la chapelle de l’hôpital de Colmar. Sa mère est Julie Heller. Il décède le 7 mai 1965 à Mulhouse des suites de blessures survenues lors d’une collision de deux voitures entre Habsheim et Sierentz dans la soirée du 6 mars. Ce jour-là, neige et verglas recouvraient de nombreuses routes de la région.

Léon Mangeney passe le baccalauréat à Colmar (lycée Bartholdi) en 1927 puis s’inscrit en faculté de médecine à Strasbourg (Bas-Rhin), où, après de brillantes études, il est nommé interne en 1934. Il rejoint les hôpitaux civils de Mulhouse en novembre 1938. Il a 31 ans lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Léon Mangeney a fait les EOR (Ecole des officiers de réserve) et débute cette période au service de santé des armées avec le grade de lieutenant. Son régiment est en ligne à Dompaire (Vosges) où il est fait prisonnier une première fois par les troupes allemandes le 19 juin 1940. Après des pourparlers avec un officier de la Wehrmacht il est renvoyé en direction d’un poste sanitaire… français. Cette action lui vaut la croix de guerre 1940. Il est fait prisonnier une seconde fois le 24 juin, puis renvoyé en Alsace le 10 juillet. Il retrouve alors les hôpitaux civils de Mulhouse, plus connus sous le nom de Hasenrain, comme médecin-adjoint désormais, son internat étant terminé.

Très vite, avec les décrets de l’incorporation de force du 25 août 1942, le corps médical va se trouver confronté avec l’obligation pour des dizaines de milliers de jeunes alsaciens de servir dans la Wehrmacht. Un mouvement se met spontanément en place afin de tenter d’empêcher les départs dans l’armée du Reich. Il est tout d’abord initié par les médecins de ville qui établissent des certificats de complaisance. Ils sont rapidement soupçonnés et ne peuvent plus poursuivre leur action. Leurs confrères des hôpitaux prennent le relais. Les médecins hospitaliers du public sont davantage surveillés que ceux des cliniques privées. Mais tous réalisent des scénarios compliqués et efficaces aussi longtemps qu’ils le peuvent. Les témoignages de l’époque recueillis après guerre donnent un inventaire de l’ingéniosité des médecins. Imitation des symptômes de la thyphoïde qui effraient les autorités allemandes, faux ulcères, fausses tuberculoses, opérations sur les os des jambes, fièvres artificielles, fausses appendicites, plaies qui cicatrisent lentement, soins nécessitant des semaines de traitements, etc. Les jeunes eux, se mutilent souvent avant d’aller à l’hôpital où les médecins jouent le jeu. C’est dans ce contexte que les praticiens du Hasenrain prennent leur part de risques dans cette résistance à l’ennemi et notamment Léon Mangeney malgré la présence de l’émissaire du Gauleiter Wagner le professeur Schrumpf, un médecin allemand. Le docteur Mangeney a l’assentiment de sa hiérarchie et plus particulièrement du docteur Henri Lux.

Dans l’éloge funèbre prononcé au cours des obsèques, le docteur Vonderweidt rappelle que « le service de médecine replié à Carspach après le bombardement allié du 11 mai 1944 sur Mulhouse regorgeait de jeunes malades mobilisables, très malades le matin, mais allant se baigner dans l’Ill en cachette l’après-midi. » Mais aussi que « Schrumpf dans un de ses rapports recommandait d’éloigner Léon Mangeney du Hasenrain. » Trop tard, et tant mieux pour les jeunes appelés: la 1ere armée française n’était plus très loin! Une colonne est entrée en ville en descendant du Rebberg.

Après guerre, Léon Mangeney est devenu médecin-chef au Hasenrain en médecine interne jusqu’à son décès. Il a également œuvré dans différents domaines médicaux comme au centre de transfusion sanguine et à la direction de l’école d’infirmière.


Bertrand Merle

Sources
- Léon Mangeney: un grand médecin mulhousien. Daniel Mangeney. Chronique médicale mulhousienne. 2005.
- Journal L’Alsace des 7 mars, 8 mai (article de J.-G.S.; Jean-Georges Samacoits) et 11 mai 1965.
- "Les médecins alsaciens face à l’incorporation de force". Fiche d’Eric Le Normand (Aéria). DVDrom La résistance des Alsaciens. Aéri. 2016.
- "L’opposition du corps médical en Alsace annexée (1940-1945)". Fiche d’Eric Le Normand (Aéria). DVDrom La résistance des Alsaciens. Aéri. 2016.
- La résistance des médecins alsaciens. Charles Bene. L’Alsace sous les griffes nazies. Fetzer. Raon-l’-Etape. 1984.
- "La résistance en blouse blanche". Marie-Thérèse Sackenreiter. Saisons d’Alsace n° 117. 1992.