Le "don suisse" et la reconstruction du Vercors

Légende :

Un tracteur fourni par le « Don suisse » achemine des matériaux de construction, 1945 (photographie extraite de L'Illustré n°43, Lausanne, octobre 1945)

Genre : Image

Type : Photographie

Producteur : Paul Bourquin

Source : © Revue suisse L'Illustré n°43, octobre 1945 Libre de droits

Détails techniques :

Reproduction de photographie analogique en noir et blanc.

Date document : Eté - automne 1945

Lieu : France - Rhône-Alpes

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Analyse média

Cette photographie a été prise entre l’été et l'automne 1945, au plus tard en octobre 1945, par Paul Bourquin, reporter du journal hebdomadaire suisse L’Illustré. Cinq hommes déchargent du matériel de construction transporté par un tracteur et une charrette dans le Vercors. Des planches et des éléments de charpente parsèment le sol pour être triés. Elle montre les pentes d’un territoire de montagne et les difficultés d’accès aux fermes isolées. Le chemin, en arrière plan, est sinueux et non bitumé. Il a été façonné sur un flanc abrupt.

Des personnes s’attèlent à la reconstruction d’un bâtiment agricole ou d’une habitation. Il peut s’agir d’un tracteur « Hurlimann », dont quelques exemplaires ont été envoyés dans le Vercors grâce au « Don suisse », soit d’éléments de construction envoyés par cet organisme. Le drapeau suisse apparaît nettement : un carré, marqué d’une croix blanche (on peut deviner le fond rouge par contraste), sur le fronton de la charrette. 

Deux hommes sont chargés de décharger la charrette, tandis que deux autres réceptionnent le matériel. Le cinquième, peut-être un homme d’équipage envoyé par le « Don suisse », semble inspecter le moteur à travers la calandre.

Sur la gauche de la photographie, le bâtiment est en pleine réhabilitation : le bois qui compose les chevrons est jeune, non travaillé et non ajusté. Des éléments appuyés sur le mur montrent le processus de remplacement : les éléments sont soit neufs, soit en attente d’installation.


Julien Guillon

Contexte historique

À compter de la mi-août, sitôt le départ des troupes allemandes du Vercors, et de la Libération de Grenoble, le 22, différents inventaires sont menés pour mesurer l’ampleur des dégâts occasionnés par la « Bataille du Vercors ». Au total, 573 bâtiments (habitations, bâtiments agricoles et publics, commerces, hôtels) sont détruits ou fortement endommagés. Les champs et cultures étaient ravagés, les cheptels décimés, la main-d’œuvre, les outils, le matériel manquaient. Des habitations, des exploitations agricoles et des établissements touristiques étaient détruits.

Dans un premier temps, c’est le commandant Pierre Tanant, chef d’état-major de François Huet, Hervieux, responsable militaire de l’ensemble du Vercors, qui fut chargé de procéder aux premières constatations. Outre l’urgence de relever les corps des maquisards afin de leur offrir une sépulture décente, il entreprit de rencontrer les habitants et les édiles locaux pour dresser un premier bilan des reconstructions à venir. Yves Farge, par un arrêté, le nomma président du Comité d’Action et de Reconstruction du Vercors le 1er octobre 1944. Tanant installa ses bureaux et son équipe à Grenoble. En novembre 1944, c’est Eugène Chavant, chef civil du Vercors, qui prend la relève. Enfin, le 15 juin 1945, Gaston Boissière prend définitivement en charge la présidence du Comité.  

Plusieurs organismes et institutions à l’échelle locale, régionale, nationale - par l’intermédiaire du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme - voire internationale intervinrent pour prendre part à la reconstruction du Vercors. Les revenus propres du Vercors ne suffisaient pas complètement à garantir une reconstruction globale et pérenne ainsi le « Don suisse » et La Croix-Rouge permirent au Vercors de se relever plus rapidement en fournissant environ 10 % de l’effort financier pour la reconstruction.   

 

Questions :

Qui a pris l’initiative de la reconstruction ?

À partir de quelle date ? Combien de temps dura-t-elle ?

Quelles furent les aides ?

Quelles traces la reconstruction a-t-elle laissé aujourd’hui dans la mémoire collective ?  

 

 

Pour en savoir plus :

La reconstruction urbanistique et économique (Julien Guillon)

Le "don suisse" et la reconstruction du Vercors, 1944-1948 (Julien Guillon)


Auteur : Julien Guillon

Sources :

Archives fédérales suisses, référence N° 10 090 110, Feuille fédérale, n° 96, Berne, 7 décembre 1944 (Publications officielles numérisées).

Archives fédérales suisses, référence N° 10 090 528, Message du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant le « Don suisse pour les victimes de la guerre » du 19 août 1946, Berne, 1946, 51 pages.

Archives départementales de la Drôme, 943 W 13. Reconstruction économique de la Drôme, correspondances, rapports (1944-1948).

L’Illustré, revue hebdomadaire, Lausanne, Suisse, n° 43, 30 novembre 1944, 48 pages.

L’Illustré, revue hebdomadaire, Lausanne, Suisse, n° 48, octobre 1945, 24 pages.

La Picirella (J.), Le martyre de Vassieux-en-Vercors, Chez l’auteur, 1994, 150 pages.

Nash Peter H., « Le massif du Vercors en 1945. Etude sur les dévastations causées par l'Armée allemande dans une région alpine de la France et de leurs effets sur les traits géographiques ». In Revue de géographie alpine, 1946, Tome 34, N° 1, pp. 87-100.

Tanant (P.), Vercors : Haut lieu de France, Souvenirs, Grenoble, Arthaud, 1971, 230 pages.

Vergnon (G.), Le Vercors, Histoire et mémoire d’un maquis, Collection « patrimoine », Paris, Les éditions de l’Atelier, 2002, 256 pages.