Reddition d'une colonne allemande aux FFI à Estivareilles (Loire)

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Service historique de la Défense Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc

Date document : 22 août 1944

Lieu : France - Rhône-Alpes - Loire - Estivareilles

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Contexte historique

Dans la nuit du 19 au 20 août 1944, la garnison allemande quitte Saint-Etienne sans être inquiétée, cependant ... Le 18 août une colonne allemande a quitté Le Puy. La rumeur fait état de 2 à 3000 hommes marchant sur Saint-Etienne via Craponne et Saint-Bonnet-le-Château. Cela paraît vraisemblable, les itinéraires étant compliqués par les destructions d'ouvrages d'art accomplies par les FFI de la Haute-Loire. En fait, la garnison du Puy se replie, comme l'attestent des documents rédigés par le colonel Metzer, commandant d'armes du Puy, et la colonne ne compte qu'environ 850 hommes. Cela ne sera connu que plus tard. A peine sortis du Puy, les Allemands doivent en découdre avec des maquisards de Haute-Loire, rejoints par des camarades du nord de l'Ardèche et du Puy-de-Dôme. De violents heurts ont lieu à Saint-Paulien et Bellevue-la-Montagne, mais les partisans n'ont pas le dessus. Ils font alors appel aux GMO de l'AS de la Loire stationnés dans la région de la Chapelle-en-Lafaye, mais le commandant Marey ne veut pas s'engager sur un terrain inconnu en ordre dispersé. Le 19 août , il apprend, tard dans la soirée, que les Allemands sont à Craponne. Il décide que c'est dans la région boisée et montagneuse entre Usson et Estivareilles que l'attaque aura lieu. Le GMO Bir-Hakeim (lieutenant Jacques) devra désunir la colonne par des actions retardatrices puis fera front avec tous ses éléments tandis que l'assaut sera donné de flanc par le gros des troupes (GMO 18 juin et groupement Strasbourg). Bir-Hakeim devra être en place le lendemain au lever du jour ; 18 juin restera à la Chapelle-en-Lafaye ; Liberté et Strasbourg se tiendront prêts à Roche-en-Forez. Le plan envisagé n'aura pas lieu.

Marey rejoint La Chapelle-en-Lafaye vers une heure du matin et donne ses ordres. Pour gagner Saint-Etienne, les Allemands ont trois itinéraires possibles qui franchissent tous l'Andrable. Le lieutenant Perrin reçoit l'ordre de faire sauter le pont de la route d'Estivareilles avant 2 heures du matin. Les ponts de La Plagne et des Verroux doivent être minés par Jacques pour ne sauter que sur ordre de Marey. Un plan est établi pour bloquer les Allemands sur l'Andrable et les attaquer en force. Ce deuxième plan n'aura pas lieu non plus. A deux heures du matin, le pont d'Estivareilles saute. A 8 heures le dispositif est mis en place : trois groupes de Bir-Hakeim sur la route d'Usson ; trois groupes du 18 juin, deux à Apinac et un sur la route d'Usson à 1 km d'Estivareilles. A 9 heures, Marey téléphone à Usson. Il apprend que les Allemands sont partis par la route d'Estivareilles. A 9h30, Max engage le combat à 2 ou 3 km en avant d'Estivareilles. Il devra céder en emmenant le sergent Roger tué et 3 blessés mais contre-attaquera en fin d'après-midi et incendiera un camion-citerne allemand. Vers 10 heures, les Allemands abordent Estivareilles. L'aspirant Michel (18 juin) quitte Apinac vers 11 heures pour venir aider le lieutenant François. Malheureusement celui-ci a dû se replier sur Saint-Bonnet-le-Château par manque de troupes. Marey lui donne l'ordre de retourner à Pichillon et de tenir. A 13 heures, la situation est précaire, d'autant plus que le GMO Liberté et le groupement Strasbourg ne donnent pas signe de vie. Pour retenir l'adversaire, il faut attaquer. Le lieutenant de Foucault parvient jusqu'au cimetière d'Estivareilles et s'y maintiendra avec ses deux groupes de combat. Cependant Marey manque d'hommes. Après ces moments d'attente, Strasbourg se manifeste enfin, Liberté part pour Lérigneux et le lieutenant Meygal (Million) signale que 300 Allemands sont encerclés à Saint-Anthème par le GMO Cassino, une section de Rhin et Moselle, des éléments des FTPF et de l'AS du Puy-de-Dôme. A la fin de la journée, la situation semble rétablie : les positions sont maintenues, une action psychologique est menée en prêchant la capitulation par haut-parleur, le lieutenant Ferrèol doit arriver avec des renforts. Vers 22 heures, le colonel allemand demande une entrevue au commandant Marey. Celle-ci a lieu vers minuit dans une ferme du hameau de Pommiers et débouche sur la reddition des troupes allemandes au PC de Merle. Pendant ce temps Rodolphe, François et Meygal sont entrés dans Estivareilles.

Le 22 août, à partir de 6 heures du matin, à l'entrée du pont d'Estivareilles, les Allemands se rendent. Selon le lieutenant Sanvoisin chargé de les dénombrer, il y a 18 officiers, 65 sous-officiers, 712 hommes de troupe allemands ou tartares et 35 miliciens. Une cinquantaine de blessés allemands est évacuée sur l'hôpital de Saint-Bonnet-le-Château. Pour ce qui est du butin, des équipements ont été abandonnés : environ une centaine d'automobiles et autant de chevaux. L'armement récupéré est considérable : 7 à 8 000 armes individuelles, 40 armes collectives à tir tendu, 8 mortiers de gros calibre, 6 canons antichars. Ce butin sera partagé entre les maquis des différents départements ayant participé à l'attaque de la colonne allemande (Loire, Ardèche, Haute-Loire et Puy-de-Dôme). La bataille a fait 9 morts dans les rangs de l'AS de la Loire.

Au lendemain de la victoire, une prise d'armes a lieu à Saint- Bonnet-le-Château au cours de laquelle le commandant Marey entérine un certain nombre de promotions au feu : au grade de capitaine, le lieutenant Cusset ("François") commandant le groupement Sambre et Meuse ; au grade de lieutenant, le sous-lieutenant Oriol ("Albert") commandant le GMO 18 juin ; au grade de sous-lieutenant, "Robert" (Régis Perrin) du GMO Pourquoi pas ?, Félix (Max France) du GMO Liberté et Michel (Michel Chabrolles) du GMO 18 juin. Ces cérémonies se déroulent en face du drapeau du 5e RI, caché depuis l'invasion de la zone Sud en novembre 1942.


Anne-Catherine Laurier-Larvaron in CD-ROM La Résistance dans la Loire, AERI, 2011