Extrait du discours de De Gaulle à Ajaccio, 8 octobre 1943

Légende :

La foule est venue acclamer le général de la France combattante, présent à Ajaccio le 8 octobre 1943

Genre : Image

Type : Photographie

Source : © Musée A. Bandera d'Ajaccio Droits réservés

Détails techniques :

Photographie analogique en noir et blanc.

Date document : 8 octobre 1943

Lieu : France - Corse - Corse du Sud - Ajaccio

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Analyse média

Extrait :

Au milieu de la marée d'enthousiasme national qui nous soulève tous aujourd'hui, nous pourrions ne connaître rien que l'émouvante satisfaction d'être emportés par la vague. Mais, mesurant le dur chemin qui nous sépare encore du but, nous savons qu'il ne suffit pas de nous livrer à la joie et qu'en vérité nous devons, sur-le-champ, tirer la leçon qui se dégage de la page d'Histoire que vient d'écrire la Corse française. 
La Corse, que l'héroïsme de sa population et la valeur de nos soldats, de nos marins, de nos aviateurs, viennent d'arracher à l'envahisseur au cours de la grande bataille que les Alliés mènent en ce moment, la Corse a la fortune et l'honneur d'être le premier morceau libéré de la France. Ce qu'elle fait éclater de ses sentiments et de sa volonté, à la lumière de sa Libération, démontre ce que sont les sentiments et la volonté de la nation tout entière. 
Or il est prouvé que, pas un jour, la Corse n'a cru à la défaite. Il est prouvé qu'elle n'attendait que l'occasion pour se lever, combattre et vaincre. Cette fraction du pays savait bien, comme la patrie, que les revers essuyés par nos armées, en mai et juin 1940, n'étaient qu'un épisode cruel, mais passager, d'une guerre grande comme le monde. Ce que ne discernaient pas les chefs indignes ou sclérosés qui se ruèrent au désastre, le peuple ici le comprit aussitôt. D'où la résistance obstinée qu'il ne cessa d'opposer à l'ennemi, passivement d'abord, puis, au moment favorable, activement, les armes à la main. 
Pourtant, voyant la chance touner et l'envahisseur faiblir, les patriotes corses auraient pu attendre que la victoire des armées alliées réglât heureusement leur destin. Mais ils voulaient eux-mêmes être des vainqueurs. Ils jugeaient que la Libération ne serait point digne de son propre nom si le sang de l'ennemi ne coulait de leurs propres mains et s'ils n'avaient point leur part dans la fuite de l'envahisseur. Ils étaient, d'avance, ralliés à cette foi dans la patrie, à cet esprit de lutte à outrance, qui maintinrent sur les champs de bataille, au nom de la France tout entière, les soldats de la France combattante et qui animent, aujourd'hui, notre vaillante armée d'Afrique dont l'avant-garde vient de recevoir, à Saint-Florent et à Bastia, le baiser brûlant de la gloire.
Mais, par le fait même que la Corse n'a, pas plus que la patrie, jamais admis que la France fût vaincue, elle n'a point accepté davantage la coupable usurpation que les apôtres du désastre en ont tirée à leur profit. Qu'est devenu ici, je le demande, le régime dit de Vichy ? Où en est la fameuse Révolution nationale ? A quoi tenait donc cette bâtisse de mensonges, de police et de délation ? Comment se fait-il que tant de portraits, d'insignes et de devises aient cédé la place en un clin d'oeil à l'héroïque croix de Lorraine, signe national, s'il en fut, de la fierté et de la délivrance?

... Mais le présent exige la guerre, car l'ennemi principal n'est pas encore abattu. A cet égard, c'est d'Ajaccio que nous affirmons la volonté de la France de déployer sa force renaissante aux côtés des vaillantes forces de l'Angleterre et des Etats-Unis sur les rivages, sur les flots, dans les ciels de la Méditerranée. C'est d'Ajaccio que nous renouvelons notre serment de combattre jusqu'au terme avec tous les peuples qui, comme nous, luttent et souffrent pour écraser la tyrannie...". 


Contexte historique

L'accueil populaire réservé à de Gaulle pendant sa visite en Corse, du 5 au 8 octobre 1943, son discours d'Ajaccio du 8 octobre, qui salue le rôle du Front national dans la libération corse - la première du territoire métropolitain - réaffirment fortement les liens entre la Corse et la France, fort malmenés par le gouvernement de Vichy.

Au sujet de l'Italie, de Gaulle dira, au cours du même discours  : "Qu'une fois la justice rendue, la France de demain ne se figera pas dans une attitude de rancoeur à l'égard d'une nation qui nous est apparentée et que rien de fondamental ne devrait séparer de nous."


Département AERI.