Les espaces, les temps, les acteurs

Les espaces : 

Tous ces maquis s’appuient sur des zones-refuges plus ou moins montagneuses (les Cévennes, le Morbihan, le Morvan, les Glières, le Vercors), voire bocagères (Maquis Surcouf en Normandie). L’originalité du Vercors réside dans sa position géographique stratégique au vu des axes vitaux de communications routières et ferroviaires allemands. En cas de débarquement en Provence, les pénétrantes du sillon rhodanien et de la route des Alpes, les rocades de la Drôme à Die et de l’Isère à Voreppe constituent un barrage naturel. C'est sur cette originalité que repose le « Projet Montagnards ».

Les temps :

Les modes de résistance préexistants aux années 1940, 1941 et 1942 se sont renforcés par l’apport des réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) dès février 1943. Au printemps et à l’été 1944, la plupart des réfractaires ont dû faire face à de violentes attaques allemandes, menées dans le but de les affaiblir (Bir-Hakeim dans les Cévennes, Mont-Mouchet, Saint-Marcel et bien sûr le Vercors), les Allemands craignant une mobilisation générale de la Résistance.

Les acteurs :

À partir de noyaux durs de résistants - civils ou militaires clandestins - plus ou moins bien organisés, les maquis vont être contraints de prendre des mesures appropriées pour accueillir, cacher, héberger, structurer, encadrer et armer ces futurs combattants (les parachutages des Alliés y pourvoiront en partie.). Les effectifs mobilisés sont compris dans une large fourchette allant de 500 (Les Glières) à plus de 2 000 (Vercors, Ain, Saint-Marcel, Surcouf, Mont-Mouchet). Dans ce domaine, les camps du Vercors présentent une originalité du fait de leur unité (mouvement Franc-Tireur), du soutien de la population essentiellement rurale et de leur mission nationale en cas de déclenchement du « Projet Montagnards ». De plus, le Vercors a dû subir les occupations italiennes puis allemandes dans des rapports de forces en sa défaveur.

Une autre originalité du Vercors réside dans sa gouvernance bicéphale, actée lors de la réunion d’août 1943 à Darbounouze. En juin 1944, le commandement est double en la personne d’une part, du civil Eugène Chavant et, d’autre part, du militaire François Huet. Tous les autres maquis n’ont qu’un seul chef, généralement un officier.

Auteur(s): Guy Giraud et Julien Guillon

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Les espaces haut ▲

Serti entre des falaises, le Vercors est pour les puristes un massif des Préalpes, et un Plateau pour la vox populi, c’est-à-dire les résistants et, souvent, la presse ou certains ouvrages. Le massif du Vercors est le plus vaste (quelque 2 000 km2) des massifs préalpins du Nord. Il est administré par le département de l’Isère, pour la partie des Quatre-Montagnes, et par celui de la Drôme, pour la zone du Vercors traditionnel ou historique. De ce fait, le Vercors a longtemps manqué d’unité géographique, sociale et économique.

De forme globalement triangulaire, sa largeur moyenne est d'environ 40 kilomètres et sa longueur de 60 kilomètres. Il s’agit d’un relief très accidenté constitué de hautes falaises, de cluses et de gorges. Mais ce sont également des synclinaux qui adoucissent les paysages (val-de-Lans). Au massif bien identifié, notamment par Raoul Blanchard et Jules Blache, il convient de rattacher le Royans à l’ouest, le Trièves à l’est, la Gervanne et le Diois au sud. Ces zones ont une importance dans l’observation des différents échanges entre le massif et son piémont et l'organisation de la Résistance. C'est sur ces espaces que les secteurs de la Résistance seront d'ailleurs calqués. Les communications vers l’extérieur sont rares et vont de routes encaissées dans des défilés à des chemins muletiers, voire piétonniers.

Son économie est essentiellement rurale et pastorale. Les alpages pour la transhumance d’été donnent lieu à la construction de cabanes de berger ou de chalets d’altitude, souvent vétustes, qui sont des refuges pour les résistants, malgré la rareté des sources sur ces sols karstiques. Enfin, le massif possède une couverture forestière étendue. Elle génère une activité sylvicultrice et l’exploitation du charbon de bois, mais elle est aussi une zone potentielle de refuge favorable à l’existence de maquis.

La violence des combats de l'été 1944, marqués par le massacre de civils puis les mémoires associées à ces drames participent à l'unité du massif. Enfin, le développement du tourisme et la création du Parc Naturel Régional du Vercors ont contribué à créer cette unité.

Auteur(s) : Julien Guillon et Guy Giraud
Source(s) :

D'après Blache, Jules, Les Massifs de la Grande Chartreuse et du Vercors, Grenoble, Didier & Richard, 1931, rééd. Laffitte reprints, Marseille, 1978.

 

Les temps haut ▲

 Déroulement des événements de 1940 à 1945 - Quelles implications directes ou indirectes pour le Vercors ? 

 

1940

-  Le 25 juin, l’armistice avec l’Allemagne et l’Italie entre en vigueur. La France est en partie occupée, des réfugiés gagnent la zone Sud, notamment la zone-refuge naturelle du Vercors.

 

1941

-  Décembre, parution du premier numéro de Franc-Tireur et de Combat.

 

1942

-  2 janvier, Jean Moulin (Max) est parachuté en zone Sud.

-  14 juillet, la France libre se rebaptise « la France combattante ».

-  11 novembre, les Allemands envahissent la zone Sud.

-  12 novembre, les Italiens occupent la région alpine.

-  Décembre, création de l’organisation métropolitaine de l’armée (OMA, future Organisation de Résistance de l’Armée, ORA).

 

1943

-  30 janvier, création de la milice.

-  16 février, Vichy mobilise trois classes d’âge pour le Service du Travail Obligatoire (STO). Premier camp du Vercors à Ambel.

-  9 juin, arrestation du général Delestraint (Vidal), qui avait entériné le « Projet Montagnards » élaboré par P. Dalloz.

-  21 juin, arrestation à Caluire de Jean Moulin. Il aura unifié les mouvements de la Résistance et appuyé le « Projet Montagnards ».

-  8 septembre, Badoglio signe l’armistice avec les alliés. Les Italiens quittent leur zone. Les Allemands occupent Grenoble.

-  13 novembre, premier parachutage d’armes sur le Vercors.

-  20 novembre, création à Alger de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS).

 

1944

-   Début d’année, actions ponctuelles des Allemands sur le Vercors.

-   8 et 9 juin, verrouillage des accès au Vercors par le maquis.

-   3 juillet, proclamation de la République en Vercors.

-   21 juillet jusqu’au début du mois d’août, assaut allemand contre le Vercors.

-   23 juillet, diffusion de l’ordre de dispersion du maquis.

-   Fin de l’année, poursuite des combats pour la Libération.

 

1945

-   8 mai, capitulation allemande.

Auteur(s) : Guy Giraud
Source(s) :

En 2015, à l’occasion du 70e anniversaire de la libération de la poche rochelaise, le musée des Beaux-Arts de La Rochelle a mis en lumière les événements singuliers vécus par la ville et ses habita

Les acteurs haut ▲

Les Italiens, dirigés par le général De Castiglioni, occupent le Sud-Est de la France de novembre 1942 à septembre 1943. Ils sont peu virulents, mais leur service secret de police politique, l'Organizzazione di Vigilanza e Repressione dell’Antifascismo (OVRA), est efficace. Face au développement de la Résistance en Vercors, l’adversaire engage progressivement ses moyens d’action. Les occupants italiens parviendront à éliminer le premier comité de combat du Vercors.

Les Allemands, emmenés par le général Niehoff, envahissent la zone libre le 11 novembre 1942 suite au débarquement allié en Afrique du Nord, avec pour objectif de s'emparer de la flotte française de Toulon. Ils reprochent aux Italiens leur manque d’efficacité dans la lutte antiterroriste et le contrôle des juifs. La 157e DR du général Pflaum se déploie à l’est du Rhône, appuyée par le Sipo/SD (Sichereitsdienst) et la milice française.
La relève des unités italiennes donne lieu à de violentes oppositions entre les deux armées, notamment à Grenoble.

Dans le même temps, la résistance naît d’initiatives individuelles ou de petits groupes. La décision des Allemands, appuyés par le gouvernement de Vichy, d’instaurer le Service du travail obligatoire (STO) va progressivement faire augmenter les effectifs dans les zones-refuges qui s'organiseront en camps puis, plus tard, en unités de type militaire.

Le développement des camps impose la mise en place d’une gouvernance bicéphale civile et militaire. Si cette gouvernance connaît des évolutions pour pallier les arrestations de certains de ses membres, elle se place dans la double continuité du mouvement Franc-Tireur, qui rassemble des civils et des militaires, et de la perspective du Projet Montagnards. Civils et militaires connaîtront parfois des oppositions sans conséquences graves.

La gouvernance conduite par E. Chavant et F. Huet, dès l’été 1944, saura maîtriser les problèmes d’organisation dans les domaines du soutien de la population et de l’organisation des structures des camps, notamment au moment de la mobilisation du 9 juin 1944.

Les Allemands, soucieux de préserver leur liberté de circulation sur les itinéraires des Alpes et de la vallée du Rhône, s’engageront en force le 21 juillet 1944 sur l’ensemble du massif. Le résultat des combats découle de l’évaluation du rapport des forces des belligérants.

Auteur(s) : Guy Giraud et Julien Guillon