Plaque évoquant le martyre du Dr Bourdongle

Légende :

À Nyons, place du docteur Bourdongle (ex-place des Arcades).

Genre : Image

Type : Photo

Producteur : cliché Alain Coustaury

Source : © Archives Alain Coustaury Droits réservés

Détails techniques :

Photographie argentique couleur.

Date document : 2006

Lieu : France - Rhône-Alpes - Drôme - Nyons

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Analyse média

Cette plaque est fixée sur un des piliers des arcades qui entourent la place. Cette place est au centre de l’agglomération où se tient un marché tous les jeudis matin.

La plaque évoque le drame vécu par le docteur Bourdongle :
ICI
FUT ARRÊTÉ PAR LA GESTAPO
LE 18 MARS 1944
LE DR BOURDONCLE
ORGANISATEUR DE LA RÉSISTANCE
MARTYRISÉ ET FUSILLÉ À ST-PONS


La place dite des Arcades a été dénommée Place du Dr Bourdongle. Il avait son cabinet de médecin généraliste dans l’immeuble où a été apposée la plaque. La place a été rénovée en 2005 et inaugurée le 14 juillet. À cette occasion, des conférences, des projections de documents, des panneaux ont évoqué les moments tragiques de l’Occupation notamment le drame vécu par le Dr Boudongle.

La plaque initiale comportait une erreur qui a été rectifiée dans la nouvelle plaque.

À signaler une faute dans la rédaction de la plaque. Il s’agit du Dr Bourdongle et non Bourdoncle. La même erreur se retrouve dans les articles parus dans La Drôme en armes.


Auteurs : Jean Sauvageon

Contexte historique

Le docteur Bourdongle, résistant nyonsais, a été fusillé sauvagement à Saint-Pons, un hameau de Condorcet.

Jean Bourdongle est né le 8 décembre 1912 à La Roche-Saint-Secret. Au moment de sa naissance, son père Léopold est cordonnier et sa mère, Jeanne Louise, tient un restaurant. Leur relative aisance permettra à Jean de suivre des études médicales jusqu'à leur terme.

Élevé dans la stricte tradition républicaine, Jean est scolarisé à La Roche-Saint-Secret, puis à Comps chez sa tante institutrice. De la sixième à la terminale, il fréquente le lycée Émile Loubet à Valence. Il s'inscrit ensuite à la faculté de Médecine de Lyon. Mobilisé en septembre 1939, il est affecté comme médecin militaire en Moselle. Il est démobilisé le 6 août 1940 et prépare sa thèse qu'il soutient fin 1940. Le 19 juin 1941, il épouse, à Villeneuve-de-Berg, Denise Letan, une infirmière qu'il avait connue à Vienne durant son internat.

Il s'installe à Nyons comme médecin généraliste. Très apprécié par sa clientèle, le jeune médecin parcourt le pays et l'arrière-pays nyonsais sur sa moto.

À Nyons, à la fin de l'été 1942, à l'initiative du parti communiste, est créé un comité local du Front national qui est dissous rapidement en raison de divergences entre ses membres. Mais il renaît, début 1943, et s'intitule : Comité de Front national de la Résistance. La présidence en est confiée à Jean Bourdongle. On y trouve le coiffeur Buffaven, le boucher Henry Bayet, le distillateur de lavande Félix Maurent, le buraliste Flavien Barnouin, l'agriculteur Albin Vilhet. Le Comité aide les jeunes à se soustraire au STO, mais aussi il entreprend d'aider la population par la fourniture de denrées alimentaires. Il ravitaille les maquis environnants, et c'est surtout le docteur Bourdongle qui s'en charge, à la faveur et sous le couvert de ses nombreux déplacements dans les campagnes.

Le lieutenant Pierre (Challan-Belval) qui venait écouter Radio-Londres chez le docteur, écrit : « À Nyons, avec le coiffeur et le boucher, c'était le milieu commerçant qui prédominait, mais une figure particulièrement attachante y faisait autorité : le Docteur Bourdongle représentait le type même du médecin de campagne, passant une partie de ses journées et de ses nuits sur les sentiers rocailleux qui menaient aux fermes. Il était disponible, quels que soient le temps et l'heure, du moment qu'on l'appelait. Son esprit de décision et sa compétence le faisaient apprécier de tous. Très simple, très direct et d'une grande probité, il avait une grande influence dans la région de Nyons. Acquis à la Résistance dès les premiers jours, il fut pour moi un appui ferme et un conseiller dans toute mon action. »

Une première alerte a lieu le 21 janvier 1944. Probablement sur dénonciation à la Gestapo, le docteur Bourdongle est arrêté, puis transféré à la prison Montluc à Lyon. Malgré toutes les tentatives, faute de preuves, il est relâché au bout de quelques jours, mais Klaus Barbie délègue un espion dans la région nyonsaise, Joseph B., dit "Marie-Louise". Celui-ci rejoint le maquis de la Bessonne, au-dessus de Condorcet, en se faisant convoyer par un groupe de partisans. Il y séjourne du 3 février au 3 mars 1944. Après s'être bien renseigné sur les maquis de la région, il sollicite un congé-maladie, prétextant un état dépressif. Le docteur Bourdongle accorde cette permission, donne même au garçon de quoi payer son voyage en train et un sandwich pour le trajet.
"Marie-Louise"  réapparaît le 19 mars 1944, vers 6 heures du matin, au milieu d'une trentaine de soldats allemands. Ils se rendent directement au domicile du médecin. Grâce à un escalier dérobé, celui-ci envoie sa femme et son fils se cacher au dernier étage chez Maître Crosasso. Le docteur Bourdongle est appréhendé rudement, l'appartement est fouillé. Devant l'échec des recherches, Jean Bourdongle est transféré à la mairie où il est soumis à des tortures violentes. Quelques heures plus tard, à bout de forces, mais encore conscient, il est jeté dans un camion qui gagne Saint-Pons, un hameau de Condorcet, où les Allemands, grâce à Joseph B., savent pouvoir trouver un maquis au camp de groupement n° 33 des Chantiers de jeunesse. Mais le maquis est allé s'installer la veille près de Vaison-la-Romaine. Furieux de ne pas trouver les résistants, les Allemands tournent leur fureur vers les habitants de Saint-Pons. Gustave Long et Bertin Montlahuc d'abord, puis Henri et Marcel Sillan père et fils, enfin Stanislas Gras sont appréhendés brutalement et joints à Jean Bourdongle. Simon Raspail qui assistait de loin à la scène est abattu au fusil-mitrailleur. Puis les six otages sont sauvagement assassinés vers 16 heures à coups de rafales de fusil-mitrailleur, contre le mur de l'école de Saint-Pons. Pour parfaire leurs forfaits, les soldats pillent caves et garde-manger des fermes environnantes. Des recherches sont en cours pour savoir si Klaus Barbie a participé à cette expédition punitive.

Le lendemain, le docteur Causse accompagné de maître Crossasso ont retrouvé les cadavres au pied du mur de l'école. Le docteur Causse constate que le corps de son confrère présente 25 impacts, sans compter le coup de grâce dans la nuque et les traces de multiples traumatismes à la face et sur le corps.
Le docteur Bourdongle est enterré au cimetière de La Roche-Saint-Secret, son village natal. Il avait 32 ans, laisse une veuve et un enfant de deux ans.
Pierre Emmanuel, Louis Aragon, Andrée Viollis, entre autres, ont célébré la valeur, le courage exemplaire de Jean Bourdongle, dans des articles ou une nouvelle.


Auteurs : Jean Sauvageon
Sources : La Drôme en armes, n° 4 du 5 septembre 1944. Terres d’Eygues, n° 23. Rapports du pasteur Seignol, de Me Crosasso. Louis Aragon, « Le droit romain n’est plus », Servitude et Grandeur des Français.