Le Sénonais Libéré, vecteur de diffusion de la mémoire de la Résistance

Légende :

Le Sénonais Libéré est un journal sénonais bihebdomadaire créé par le Comité cantonal de Libération à la Libération. Tout au long de son existence, il a largement ouvert ses colonnes aux associations d'anciens résistants, rendu compte des cérémonies commémoratives, puis sollicité les historiens. Il s'est ainsi affirmé comme un vecteur important de la diffusion de la mémoire et de l'histoire de la Résistance dans le Sénonais et le nord du département de l'Yonne.

Genre : Image

Type : Article de presse

Source : © Collection Médiathèque de Sens Droits réservés

Détails techniques :

Document imprimé.

Date document : 23 septembre 1944

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Sens

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Analyse média

Il s'agit de l'éditorial publié en première page du premier numéro du journal Le Sénonais Libéré. Un Bulletin des Nouvelles de la Ville de Sens avait été publié en petit format par le Comité cantonal de Libération les 7, 13 et 16 septembre 1944. Comme l'indiquait son nom, il se limitait aux nouvelles essentielles et à la ville de Sens.
Le samedi 23 septembre 1944, paraît le premier numéro du Sénonais Libéré. Il porte en première page une devise empruntée à Saint-Just : « Ce n'est pas avec l'indulgence que l'on fonde la République, mais avec la rigueur implacable envers tous ceux qui l'ont trahie ». Le journal est la création du Comité cantonal de Libération et bénéficie des infrastructures de La Tribune de l'Yonne, journal interdit, saisi pour fait de collaboration.

Le comité de rédaction comprend quatre résistants : Maxime Courtis et Mercan du Front national, le docteur Potiron et Porteret de Ceux de la Libération-Vengeance, orientés plus à droite. L'éditorial, sous forme d'adresse à la population sénonaise libérée, expose quelques grands principes : « La nouvelle presse entend se montrer digne de ses origines et conserver jalousement son indépendance, notamment à l'égard des puissances d'argent : il n'y a derrière le comité de rédaction, ni conseil d'administration plus ou moins occulte, ni une influence politique ou financière. Le Sénonais Libéré est le journal de la Résistance : expliquer, commenter, diffuser les décisions prises par le gouvernement légal de la République Française, tel est notre but. Tous unis comme sous la Résistance, derrière le premier résistant de France, Charles de Gaulle, au travail ! ».


Auteur : Joël Drogland

Sources :

Joël Drogland, Histoire de la Résistance sénonaise, Auxerre, ARORY, 1998.

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Contexte historique

La Résistance a beaucoup réfléchi à la question de la presse : elle veut rompre avec les pratiques de la presse d'avant-guerre, trop fréquemment corrompue et vénale. Elle condamne la presse de l'Occupation, qui était soumise à Vichy et à l'occupant : si 60 % des journaux de la zone Nord et 40 % de ceux de la zone Sud ont suspendu leur publication, les autres ont accepté de paraître et de devenir les instruments de la propagande nazie. Le gouvernement provisoire a traduit dans la loi ces préoccupations. Pierre-Henri Teitgen, secrétaire général à l'Information dans la clandestinité, a envoyé un texte d'instructions provisoires pour les futurs commissaires de la République, et dès le 26 août 1944, le Gouvernement provisoire de la République française prend une ordonnance qui statue sur la presse et interdit la publication des journaux ayant paru sous l'occupation allemande.

Aux deux journaux d’avant-guerre qui avaient accepté de paraître sous l’occupation à Auxerre et à Sens, Le Bourguignon et La Tribune de l’Yonne, succèdent deux nouveaux journaux créés par le Comité départemental de Libération à Auxerre et par le Comité cantonal de Libération à Sens, L’Yonne Républicaine et Le Sénonais libéré, qui paraissent encore aujourd’hui dans ces deux villes, bien que Le Sénonais Libéré ait changé son nom pour celui de L'Indépendant de l'Yonne.

Maxime Courtis, le premier signataire de cet éditorial, est un résistant âgé de 66 ans, socialiste, franc-maçon, il est l'un des responsables départementaux du Front national. Il a été nommé maire de Sens par arrêté préfectoral du 1er septembre 1944 et la nouvelle municipalité est installée depuis le 10 septembre. Il est membre du Comité départemental de Libération (CDL) de l'Yonne et l'un des fondateurs de L'Yonne Républicaine. Il est également l’un des fondateurs de l’ADIF (Association départementale des déportés, internés et familles de disparus). Il conduit une liste d'union de la Résistance aux élections municipales du 29 avril 1945 et est élu avec 83 % des voix. Sa liste est battue aux élections municipales de 1947. Il poursuit une carrière politique locale au sein de la SFIO, devient conseiller général socialiste de 1955 à 1958 et meurt en 1966.

Par la suite, le journal s'est éloigné de son ancrage politique et institutionnel. Il est devenu un journal d'information locale, sa diffusion se limitant au nord de l'arrondissement de Sens. Sans qu'on puisse parler d'un militantisme de la mémoire résistante, le journal s'est toujours montré sensible à la défense des idéaux de la Résistance. Ses colonnes ont toujours été largement ouvertes aux communiqués des associations de résistants, ainsi qu'aux comptes rendus des commémorations.

Depuis sa création, l'ARORY a toujours entretenu de bonnes relations avec le journal. À plusieurs reprises, la rédaction lui a ouvert ses colonnes pour la publication d'articles ou de séries d'articles, parfois assez longs. Ainsi est parue en 2003, sous la signature de Joël Drogland, une série d'articles sur le thème de 1943, l'automne tragique de la Résistance sénonaise. De 1999 à 2004, de nombreux articles ont informé les lecteurs de l'avancement du cédérom La Résistance dans l'Yonne, puis de 2004 à 2007, de celle du livre Un département dans la guerre. En 2010, à l'occasion du 70e anniversaire de l'année 1940, ce sont six doubles pages illustrées qui ont paru sous la signature du même historien, et du journaliste Gérard Daguin.
Depuis qu'il est devenu L'Indépendant de l'Yonne et que sa parution est hebdomadaire, aucune inflexion ne semble visible, à la différence de la politique éditoriale récente de L'Yonne Républicaine, comme en témoignent les articles consacrés à l'exposition organisée par l'ARORY à la médiathèque de Sens en 2014, et à la publication des mémoires de Robert Loffroy en 2015.


Auteur : Joël Drogland

Sources :

Joël Drogland, Histoire de la Résistance sénonaise, Auxerre, ARORY, 1998.

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.