L'Yonne Républicaine, vecteur de diffusion de la mémoire de la Résistance

Légende :

Première page du supplément du journal l’Yonne Républicaine du 24 août 2004, consacré à l’évocation du 60e anniversaire de la Libération de l’Yonne, le 24 août 1944

Genre : Image

Type : Journal

Producteur : L'Yonne Républicaine, 24 août 2004

Source : © ARORY Droits réservés

Détails techniques :

Document imprimé sur papier d'une page. Voir aussi l'album photo lié.

Date document : 24 août 2004

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Auxerre

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Analyse média

Ce supplément, édité par le journal l’Yonne Républicaine, le 24 août 2004, comporte 20 pages.
Après un éditorial du rédacteur en chef, Gérard Delorme, il est consacré pour environ la moitié à l’évocation des réalités de la vie quotidienne des habitants de l’Yonne sous l’occupation allemande. Après un article - rédigé la plupart du temps par l'un des membres de l’équipe de recherche de l’ARORY - résumant l’essentiel sur chaque sujet, suivent un ou plusieurs témoignages de personnes ayant vécu cette période, agrémentés de reproductions de documents ou de photos d’époque.

Sont évoqués ainsi le rationnement et le marché noir, la situation des agriculteurs et celle des ouvriers d’usine, les réquisitions forcées, les problèmes liés aux difficultés de déplacement, la scolarité des enfants, etc. [Voir l'album photo lié]

Dans la deuxième moitié de ce supplément, des articles et des témoignages évoquent l’état de l’opinion des Icaunais pendant l’Occupation, la question des prisonniers de guerre icaunais, les bombardements de 1944, l’action des maquis en 1944, la libération des villes et des campagnes de l’Yonne au cours de l’été 1944, et enfin, l’épuration et le châtiment des « collaborateurs ».

Une page est consacrée à la naissance du journal l’Yonne Républicaine, le 26 août 1944, avec le témoignage d’un de ses anciens directeurs.

Ce supplément se termine par une page consacrée à l’ARORY et au cédérom La Résistance dans l’Yonne, que l’ARORY venait alors de faire paraître.


Auteur : Claude Delasselle

Sources :

Supplément de l’Yonne Républicaine du 24 août 2004.

Contexte historique

L’Yonne Républicaine est née le 26 août 1944, dans des circonstances assez particulières. En effet, il existait avant-guerre un quotidien, Le Bourguignon, qui était de loin le journal le plus lu dans le département de l’Yonne. Ce quotidien avait continué à paraître pendant l’Occupation, sous la surveillance des Allemands, chaque numéro étant soumis à la censure d’un officier de la Propaganda Staffel d’Auxerre.
À la Libération, comme l’avait décrété le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), il aurait dû disparaître, comme tous les journaux ayant paru pendant l’Occupation. Cependant, sur injonction du Comité départemental de Libération (CDL) de l’Yonne et du nouveau préfet, Paul Gibaud, si le journal Le Bourguignon fut bien suspendu le 25 août 1944, tout son personnel - y compris l’ensemble de la rédaction et même le rédacteur en chef, Georges Carré - fut autorisé à rester en place pour faire paraître un nouveau journal, intitulé l’Yonne Républicaine et imprimé dans les locaux et avec les machines du Bourguignon. Le motif invoqué pour justifier cette substitution était que le personnel du journal avait constamment montré son soutien à la Résistance. Si des tracts avaient en effet été tirés clandestinement par les presses du Bourguignon, et si une partie de ses employés avait participé à l’action résistante, le journal était cependant resté soumis aux directives de l'occupant et le rédacteur en chef, Georges Carré, avait rédigé des éditoriaux clairement favorables à la collaboration.

Le premier numéro de l’Yonne Républicaine, paru le 26 août 1944, annonçait la libération du département et la mise en place des nouvelles institutions (préfet et CDL), issues de la Résistance. Les débuts du nouveau journal furent difficiles, faute de papier, de matériel (l’imprimerie du Bourguignon avait été touchée par un bombardement allié le 17 juillet 1944) et de moyens de transport, et ce n’est que peu à peu que le tirage et la diffusion reprirent le niveau d’avant-guerre. L’Yonne Républicaine, placée jusqu’en 1945 sous la tutelle étroite du CDL, reçut d’abord le statut de coopérative de consommation, transformé, à partir de 1955, en coopérative de production, ce qu’elle est restée jusqu’à son rachat dans les années 2000.

Les premiers numéros de l’Yonne Républicaine portaient seulement la mention : « Journal régional d’information ». Ce n’est qu’à partir de décembre 1962 qu’apparaît la mention « issu de la Résistance ». De ses origines, l’Yonne républicaine, dont la ligne politique se situait, jusqu’à son rachat récent, dans la mouvance d’une gauche modérée, a gardé la tradition de consacrer chaque année, à la fin août, une ou plusieurs pages à la commémoration de la Libération, et tous les dix ans, de réaliser un supplément spécial sur la libération d’Auxerre et du département.

Pendant assez longtemps, le journal a surtout été un support pour les associations d'anciens résistants et les collectivités ; il a publié les annonces de cérémonies, les communiqués des uns et des autres, en laissant à chacun la responsabilité de ce qu’il publiait. Puis, le journal est intervenu autrement. D’une part, il a cherché les acteurs et les témoins survivants, recueilli leurs témoignages et les a publiés, le plus souvent à l’occasion d’une date anniversaire. Cela a été le cas en 1994, 2004 et 2005, avec les 50e et 60e anniversaires de la Libération et de la fin de la guerre. D’autre part, il demandait à des personnes extérieures au journal de rédiger des textes. En 1994, il avait demandé à Robert Bailly, alors considéré comme le meilleur connaisseur de la Résistance de l’Yonne, de rédiger des chroniques. En 2004, il fait appel à des historiens. Le journal n’était plus un simple intermédiaire entre les associations et ses lecteurs, il était devenu un acteur de la transmission. Une nette inflexion s’est produite avec le changement de statut du journal, qui n’est plus une SCOP, et son rachat par le groupe Centre-Presse en 2009. Les cadres de direction sont désormais étrangers au département, à son histoire et à sa mémoire. L'investissement du journal dans les commémorations de 2014 a été beaucoup plus réduit qu’il ne l'avait été dans celles de 2004.


Auteurs : Claude Delasselle et Joël Drogland

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l’Yonne, AERI - ARORY, 2004.