Commémoration du 18 juin 1944 dans le Tonnerrois

Légende :

Commémoration, le 18 juin 2013, du massacre de cinq otages, le 18 juin 1944, au lieu-dit «Les Granges de Sambourg» (Tonnerrois)

Genre : Image

Type : Commémoration

Source : © Cliché F. Gand Droits réservés

Détails techniques :

Photographie numérique en couleur (2013). Voir aussi l'album photo lié.

Date document : 18 juin 2013

Lieu : France - Bourgogne - Yonne - Sambourg

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Analyse média

La commémoration des événements du 18 juin 1944 obéit à un itinéraire qui s'est globalement maintenu depuis la fin des années soixante.

Le périple débute par le fleurissement de la stèle des Espagnols, au carrefour des routes de Lézinnes et de Saint-Vinnemer (D 905 et D 118), se rend ensuite en forêt, au lieu-dit « de Pinagault », devant le monument du maquis Aillot, puis gagne Lézinnes pour y déposer une gerbe au monument aux morts et sur les tombes de plusieurs résistants. Une opération qui se répètera à Vireaux et à Ancy-le-Libre. De Lézinnes, le cortège ne se rend plus directement comme autrefois à Vireaux, qui termine aujourd’hui la boucle, mais à Ancy-le-Libre, puis au lieu-dit « des Granges de Sambourg ».

La matinée entière du 18 juin 2013, jour du soixante-neuvième anniversaire, a réuni une petite vingtaine de personnes, ayant accompli un circuit de 65 kilomètres. Après la collation offerte par le maire de Vireaux en fin de parcours, les participants ont pris un repas commun, ne se quittant que pour se retrouver au monument aux morts de Tonnerre à 18 heures. Ils y ont commémoré l’appel du général de Gaulle du 18 juin 1940. Cet appel a été lu le matin, devant chaque monument aux morts, par Claude-Jean Hies, qui dirigeait chaque hommage, rappelant les hauts faits des morts, citant leurs noms et réglant le mouvement des porte-drapeaux. Il a également fait office de chef de chœur pour chanter La Marseillaise et le Chant des Partisans.

Aujourd’hui, la commémoration s’essouffle. Depuis le début de l’année 2013, l’ANACR du Tonnerrois, si active il y a quarante ans, s’est dissoute.
Il ne reste donc plus que Rhin et Danube pour financer la journée (achat de gerbes, envois de courriers, transport, rénovations des stèles…). Officiellement dirigée par Georges Roze, président du Comité d’entente de Rhin et Danube, la journée repose en réalité sur les épaules de M. Hies, président de l’Union nationale des combattants (UNC), dont les adhérents donnent de leur personne. Il peut toutefois compter sur les contributions, toujours trop maigres, de quelques communes, dont celle de Tonnerre. La participation des maires à la journée se fait d’ailleurs plus rare, tout comme celle des classes présentes aux monuments aux morts. Il ne reste bien souvent dans l’assemblée que les derniers survivants et les parents des résistants.

 

[Voir l'album photo lié.]


Auteur : Frédéric Gand

Sources :

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Éditions de L’Yonne Républicaine.

Contexte historique

Dans les jours précédant l’attaque du maquis, de faux maquisards, peut-être membres de la Milice, ont sillonné Vireaux et ses communes environnantes, questionnant la population pour connaître l’emplacement du maquis Aillot, sous prétexte de vouloir le rejoindre. Leurs renseignements ont permis une opération coordonnée à Vireaux, au maquis et à la ferme du Deffroy.

Le 18 juin 1944, le maquis Aillot, affilié à Libération-Nord, installé depuis le mois de mars dans un bois proche de Vireaux, est attaqué par les Allemands et par un détachement de Russes blancs de l’armée Vlassov. Dès l’aube, les maquisards sont pris pour cible dans leur cabane du lieu-dit « de Pinagault ».
Aux premières balles ennemies, les sentinelles Maurice Johannet, Jean-Claude Christol et Jean Porrot répondent au fusil-mitrailleur et permettent la retraite de leurs camarades. Furieux, l’assaillant se venge sur ces trois maquisards qu’il exécute à coups de crosse. J. Porrot est même jeté dans la cabane en feu. Les Russes blancs se dirigent ensuite sur la ferme voisine du Deffroy et y exécutent deux autres maquisards. Pierre Brulé, qui s’y remettait d’une blessure récente, contractée dans un accrochage à Moulins-en-Tonnerrois, est abattu dans le dos par des tirs qui l’atteignent dans sa fuite. Son cousin, Jacques Gemble, qui l’hébergeait, est molesté, attaché à un arbre pendant le pillage de sa ferme, puis conduit à l’emplacement du maquis où son corps sera retrouvé défiguré et brûlé par une tôle brûlante du toit de la cabane.

Entre-temps, les Allemands sont arrivés à Vireaux dès 7 heures, bien décidés à capturer les maquisards. Des soldats sont partis à Tonnerre pour réquisitionner deux cars destinés à leur transport jusqu’à la prison d’Auxerre. Sur les conseils des deux espions, plusieurs arrestations ont lieu : deux jeunes femmes, Thérèse Antiquario et Yvonne Magoni, le maire Henri Machefer et le maquisard en permission Roger Choquenet. Tous sont harcelés et vainement questionnés jusqu’à 10 h 30, alors qu’une partie de la population masculine est retenue sur la place. Vers 11 heures, les cars tonnerrois arrivent à Vireaux. Plusieurs otages, soutiens du maquis, ont été arrêtés sur la route de Tonnerre, et y figurent déjà Auguste Ramel, adjoint au maire à Lézinnes, Roger Maitrot, Maurice Duval et Jeanine Labalte-Vadot à Ancy-le-Libre. Les quatre otages de Vireaux les rejoignent dans les deux cars, en séparant les hommes des femmes. À la fin de la matinée, les otages sont conduits au lieu-dit « des Granges de Sambourg ». Les cinq hommes y sont fusillés par un peloton et sont achevés d’une balle de revolver, non sans avoir reçu de violents coups de pieds dans le visage. Les trois jeunes filles, qui ont assisté à l’exécution, sont également mises en joue, mais sont sauvées de justesse par l’arrivée d’un officier qui ordonne leur retour dans l’autocar, pour un internement à la prison d’Auxerre. Elles y resteront jusqu’à la Libération.

Après la guerre, l’idée de réunir les commémorations ne s’est pas imposée. La plaque commémorative de la ferme des « Granges de Sambourg », est inaugurée le dimanche 17 juin 1945, sous la présidence du préfet de l’Yonne et en présence de membres de la municipalité de Sambourg et d’organisations de résistance. Elle s'achève par une messe à la mémoire des cinq fusillés en l'église de Lézinnes. Une seconde cérémonie a lieu un mois plus tard, le dimanche 22 juillet 1945, au cours de laquelle est inauguré un monument à la mémoire des victimes allemandes du maquis Aillot. Y figurent, au nom du général de Gaulle, l’amiral Ortoli, son chef de cabinet militaire et le capitaine de Boissieu, le président du Comité départemental de Libération Henri Cuinat, des représentants des Comités locaux de Libération - comme M. Clin, président du Comité de Lézinnes, des maires des communes du Tonnerrois, des représentants des mouvements de résistants dont le commandant Verneuil (Jean Chapelle), ainsi que des familles des disparus. Sont aussi présents le socialiste Henri Ribière, membre du Conseil national de la Résistance et fondateur de Libération-Nord, sans oublier le père du défunt, Jean-Claude Christol, pasteur de l'église protestante de Londres, qui fut l'un des premiers à rejoindre le général de Gaulle en Angleterre.

Dans les années soixante, après un essoufflement des différentes commémorations, il apparaît judicieux de repenser la journée du 18 juin. C’est chose faite lors de la cérémonie du vingt-cinquième anniversaire. Un véritable parcours de la mémoire est établi, sous la houlette du Comité d'entente réunissant l'ANACR et Rhin et Danube, entre autres organisations : Robert Bailly et Gabriel Laventureux pour l'ANACR, Mattéo Chiavazza pour Rhin et Danube, sans oublier les représentants de l’ADIRP (Guy Chevreau), des CVR et de la FNCR.
Le pèlerinage débute en début de matinée à la stèle des Espagnols, située au carrefour de la départementale (Tonnerre-Ancy-le-Franc) et de la route d’Angy. Le 27 août 1944, trois bûcherons, dont deux Espagnols, Jacques Mazeau, Francisco Doblado et Valériano Palencia, y avaient été fusillés le long de la route par une mitrailleuse allemande postée à l'embranchement de la route de Saint-Vinnemer pour protéger le reflux des convois allemands. Puis débute, à proprement parler, la célébration de la journée du 18 juin 1944 qui se rend de Lézinnes à Ancy-le-Libre en passant par Vireaux et les « Granges de Sambourg ». Cet itinéraire réunit les associations qui fleurissent les stèles, les monuments aux morts et les tombes, alors que chaque maire prononce un discours aux côtés des résistants.


Auteur : Frédéric Gand

Sources : 

CD-ROM La Résistance dans l'Yonne, AERI - ARORY, 2004.

C. Delasselle, J. Drogland, F. Gand, T. Roblin, J. Rolley, Un département dans la guerre. Occupation, Collaboration et Résistance dans l’Yonne, Paris, éd. Tirésias, 2007.

Éditions de L’Yonne Républicaine.