Tombes des 28 patriotes fusillés à Saint-Didier-de-Formans

Légende :

Tombe des 28 patriotes –dont 4 Drômois – détenus à Montluc et fusillés le 16 juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans (Ain)

Genre : Image

Type : Tombe

Producteur : Inconnu

Source : © AERD, fonds Robert Serre Droits réservés

Détails techniques :

Carte postale.

Date document : 1944 (juin probablement)

Lieu : France - Rhône-Alpes - Ain - Saint-Didier-de-Formans

Ajouter au bloc-notes

Analyse média

Les croix à la tête des sépultures sont surmontées de drapeaux français et reliées entre elles par un ruban tricolore. Les tombes sont abondamment fleuries.



Contexte historique

Après l'invasion de la zone Sud en novembre 1942, les Allemands réquisitionnent la prison de Montluc, à Lyon, pour y emprisonner des résistants, des juifs et des otages. Après le débarquement du 6 juin et face à l'avance alliée, une terrible série de massacres de détenus de la prison Montluc se déroule à Lyon et dans son voisinage. La plupart s'effectuent sans jugement, les victimes étant parfois choisies au hasard. Cela se passe chaque fois de la même façon : des détenus sont embarqués le soir dans une camionnette ou un camion bâché qui sera encadré par une escorte composée de deux ou trois voitures, chargées de sous-officiers et officiers allemands. Ils sont abattus souvent en rase campagne, toujours sans jugement préalable, et parfois au hasard des fiches.

1. Le 9 juin 1944, 19 détenus sont emmenés jusqu'au bois de Cornavent, à Communay dans l’Isère (Rhône aujourd’hui) où ils sont fusillés. Parmi eux, Paul Gateaud, originaire de Saône-et-Loire, âgé de 55 ans. Élu en 1924 représentant du syndicat national des agents CGT au Conseil supérieur des PTT. Il était inspecteur des Postes à Macon, puis receveur principal des PTT à Valence. Pendant la guerre, il est un des principaux agents de la Résistance. Membre du NAP (Noyautage des administrations publiques), chef adjoint au NAP/PTT, il organise la section de transport et de chiffres de la mission interalliée Union. Le courrier destiné aux Allemands est intercepté, décacheté et soit brûlé, soit photographié. Il cache chez lui des radios venant de Londres et d'Alger. Victime à la fois d'une dénonciation et d'une imprudence (un papier buvard rendait par transparence une phrase compromettante), il est arrêté à Valence le 17 ou 25 mai 1944 par les Allemands. et transporté à Montluc. Il ne trahit aucun secret malgré la torture. Un timbre de la série « Héros de la résistance » commémorant son exécution a été édité en 1961. Quelques jours auparavant, le mercredi 30 mai 1944, la brigade de gendarmerie de Saint-Symphorien-d'Ozon avait été avisée par des éléments de la police allemande se dirigeant vers Lyon de l'exécution de deux hommes dont les cadavres gisaient en bordure de la route nationale 7, à quelques kilomètres de là, sur la route de Vienne et au lieu dit "Les Pins". L’un d’eux était Drômois, Jean Antonin Tardy, 33 ou 43 ans, originaire d’Hauterives, chauffeur à Vienne.

2. Le 12 juin, 23 détenus, à qui on promet qu’ils vont être échangés avec d'autres prisonniers, sont conduits à toute allure jusqu'à Neuville-sur-Saône (Ain). Vers 19 heures, les véhicules s'arrêtent au lieu-dit La Chaumière, à la hauteur d'un petit chemin creux. À coups de pied et de poing, les prisonniers sont extraits de la camionnette et poussés dans le petit chemin. Ils sont abattus à la mitraillette, puis reçoivent le coup de grâce. Parmi eux, on identifiera Jacques Édouard Delpeuch (« François »), né le 9 mai 1924 à Valence. Du lycée Émile Loubet, il part à Paris au lycée Saint-Louis où il prépare l’école d’ingénieur en électricité. Éclaireur unioniste, il secourt des réfugiés espagnols. Il se marie. Réfractaire au STO (Service du travail obligatoire), il rejoint en août 1943 l’école des cadres du maquis. Il devient responsable du service radio de l'état-major régional de l'Armée secrète (AS). En octobre 1943, il dirige le groupe des Transmissions à l’état-major de Descour, à Lyon. Il assure les liaisons avec Londres. Trahi, il est arrêté en mars 1944 par la Gestapo, et emprisonné à Montluc. Il ne peut assister à la naissance de son fils François le 9 mai. Les tortures subies le rendent aveugle. Le 12 juin 1944, il est fusillé. Une rue de Neuville-sur-Saône et une rue de Valence depuis avril 1991 portent son nom. Le capitaine Henri Bichy, de l’ORA (Organisation de Résistance de l'armée), domicilié à Valence, et trois Valentinois, Louis Charrin, Gustave Grandouiller et Francis Traverso sont fusillés le 11 juillet 1944 au camp de Thol à Neuville-sur-Saône.

3. Le 13 juin, 19 prisonniers de Montluc sortis de leur geôle de la sinistre prison de Montluc, vont périr au lieu-dit « Tossard », à 2 kilomètres et demi de Villeneuve-sur-Ain en bordure de la route nationale n° 436. Ces hommes sont conduits, par groupes, sur des emplacements de fusils-mitrailleurs (FM) abandonnés par la Résistance et situés à une vingtaine de mètres de la route nationale et abattus à coups de mitraillettes. Un des membres de la communauté Boimondau créée par Barbu, figure parmi ces fusillés, Charles Hermann, originaire du territoire de Belfort, Juif, 24 ans, marié. Il était moniteur militaire à Valence. Réfractaire au STO, il devient résistant dans le groupe Barbu. Arrêté le 2 mars 1944, il est emprisonné à Montluc le 4. Sa femme attendait un bébé, ce sera une petite fille, Annick.

4. Le 16 juin, une trentaine de détenus, dont un aveugle et un mutilé, ainsi que Marc Bloch le célèbre historien, sont appelés "sans bagages", attachés deux par deux, et réunis dans la cour de la prison. Ils sont embarqués dans une camionnette qui, avec son escorte parcourt une trentaine de kilomètres sur la route de Bourg-en-Bresse avant de s'arrêter au bord d'une petite route à 2 km environ du village de Saint-Didier-de-Formans (Ain), à hauteur d'un pré entouré de haies de buissons, au lieu-dit Les Roussilles. C’est par groupes de quatre hommes qu’ils sont descendus de la camionnette, détachés, emmenés dans le pré et abattus à la mitraillette. Quatre Drômois sont du nombre. Marcel Bac, né à Saint-Laurent-du-Pape (Ardèche), marié, 47 ans. En 1944, il était radio-électricien et tenait un café dans l’avenue Joseph Combier à Livron. Il avait été radio dans la marine pendant son service militaire. Quand la Résistance avait procédé à l'installation de six postes radio-émetteurs dans la Drôme, il avait été décidé qu'un des postes serait placé chez lui en liaison avec Londres. Un spécialiste radio de la Résistance venait avec un garde du corps pour passer les messages. Le 20 mai 1944, le radio Guy Wenderer et son garde du corps sont arrêtés en gare de Valence. Le radio parviendra à s'échapper (il sera à nouveau arrêté plus tard et fusillé à Combovin), mais son compagnon, un jeune garçon, parlera. Vers 13 h, ce samedi, la Gestapo arrête Bac après avoir découvert le poste clandestin à son domicile. Il est conduit à Valence puis transféré à la prison Montluc où il sera torturé. Louis Eugène Cézard, né dans le Rhône, avait 20 ans. Après son baccalauréat en 1942, il allait entrer à l’école préparatoire de Saint-Cyr, mais il rejoint la Résistance en novembre, dans un groupe franc de l’AS. Blessé, il refuse l’hospitalisation à Grange-Blanche, trop surveillé, et se rend chez sa grand-mère. Fin janvier 1944, il rejoint le maquis de Combovin. L’attaque de ce village l’amène à partir vers Crest en mars, puis à tenter de rejoindre Romans. Il devient agent du réseau Buckmaster, comme radio déchiffreur. Le radio du SOE avec lequel il travaille commet l’erreur d’émettre toujours du même endroit : localisés par les services allemands, ils sont arrêtés le 8 juin 1944. Emprisonné à Montluc, Cézard est condamné à mort. Une rue de Lyon porte son nom. Georges Joseph Furby, 21 ans, né à Lyon où il était dessinateur, devient agent de liaison du réseau Phratrie en avril 1944. Arrêté à Valence le 21 mai, il est emprisonné à Montluc. Félix Veyrier, 44 ans, cantonnier à Taulignan, militant communiste, s'occupe du ravitaillement de la Lance. Il est arrêté dans son village lors de l'expédition allemande du 12 juin 1944. Transporté à Montluc, il est fusillé, laissant deux enfants orphelins, leur mère étant décédée 5 ans auparavant.

5. Les 17 et 18 juin 1944, six autres hommes pris lors de l’affrontement du 12 juin à Taulignan sont extraits de la prison Montluc pour être exécutés à Saint-Laurent-de-Mure (Isère, maintenant Rhône) avec d’autres détenus. Quatre le sont le samedi 17 juin, à 19 heures derrière une haie, route du Colombier : Carmelo Garcia, réfugié espagnol, 41 ans, marié, journalier agricole à Taulignan, était au 1er régiment FTPF (Franc-Tireur et partisan français) Drôme, les deux frères de Taulignan, Joseph Gelly, 16 ou 36 ans, et Pierre (ou Aimé) Gelly, 18 ans (?) agriculteur marié, enfin Pierre Giraud, 46 ans, de Solérieux, mineur. Deux autres le sont le lendemain au lieu-dit La Roche : Célestin Reynier, 55 ans, distillateur à Grignan et Albert Guitton, né à Taulignan, 45 ans, ouvrier agricole, qui appartenait au 2e bataillon FTP.

6. Le mercredi 12 juillet 1944, vers 18 heures, un convoi de camions militaires bâchés venant de la prison Montluc s’arrête près du bois de Toussieu (Isère). 28 détenus sont amenés devant le peloton d’exécution. André Blondel, né à Roubaix (Nord), 21 ans, était boucher charcutier dans la Haute-Loire. Agent des FFI (Forces françaises de l'intérieur), c’est près de Nyons qu’il a été arrêté. Roger Bouvrée (ou Bourret), 24 ans, était employé de commerce à Saint-Jean-en-Royans où il a été pris par les Allemands le 5 juin 1944 au pont de pierre. Quant à Michel Prunet (« Lieutenant Michel »), il a joué un rôle important dans la Drôme. Originaire de Meaux, diplômé de l'école des Sciences politiques, il devait débuter comme avocat du barreau de Paris, Mais il prend le chemin de la lutte en entrant dans la Résistance. Rapidement nommé lieutenant, il est l’adjoint du chef de Drôme-Nord. En janvier 1944, il prend le commandement d'un maquis en formation à Combovin. Il s’installe dans les baraquements de la communauté Barbu à la ferme Mourras. Obligé d’évacuer sous la menace de GMR (Gardes mobiles de réserve), il gagne le château d'Anse, à Omblèze, où il peut équiper et armer ses hommes. Menacé à plusieurs reprises par les GMR ou la Milice, le groupe utilise divers campements à la ferme d’Ambel, à Suze-sur-Crest, dans la forêt de Lente. Convoqué par Drouot, il descend à Saint-Jean-en-Royans. Le 4 juin 1944, reprenant sa voiture dans un garage, il est encerclé par un détachement de police allemande et emmené à Montluc. Il a été dénoncé. Il est fusillé. Deux jours plus tard, les habitants de Toussieu organisent une cérémonie de funérailles à la mémoire des victimes.

7. Le même jour, mercredi 12 juillet, vers 19 heures 30, un autre convoi de 22 détenus enchaînés deux par deux emprunte un chemin de terre pour se rendre au lieu-dit Bouvaret, sur la commune de Genas (Isère). Ces hommes sont extraits des deux camions pour être aussitôt fusillés Parmi les victimes identifiées, deux membres des "Forces unies de la jeunesse", de Lyon, venaient de Nyons, dans la Drôme : Henri Debiez (« Franck », « Brisson »), étudiant de 24 ans, en était le chef régional, Pierre Toesca, 22 ans, étudiant à la Faculté de Philosophie de Lyon, en était un agent. Debiez, après le collège Roumanille à Nyons où il avait commencé à prendre des responsabilités dans la Résistance, était étudiant à Grenoble à l'Institut électrotechnique. Il devient adjoint du responsable pour l’Isère du mouvement Combat. Il recrute un millier de jeunes qu’il organise en groupes francs menant des actions vigoureuses contre les troupes d'occupation et les ouvrages militaires. Il crée le journal Jeune Combattant et met en place les maquis de l'Ain. Fin 1943, il est nommé chef régional MUR (Mouvements unis de la Résistance) pour la jeunesse. Il est arrêté à Lyon le 8 juillet 1944 par la Gestapo, torturé au Fort Montluc, puis fusillé quelques jours après. Il a été inhumé à Nyons. Il a été fait à titre posthume chevalier de la Légion d'Honneur et Compagnon de la Libération. La ville de Nyons a honoré ces deux hommes en donnant leur nom à des rues.

8. Le 19 juillet, la commune de Châtillon-d’Azergues (Rhône) est le théâtre du massacre de 52 hommes de 17 à 57 ans, exécutés 3 par 3 au lieu-dit Pont-de-Dorieux. Un massacre perpétré par les Allemands en représailles à l'élimination à Lyon de deux membres de la Gestapo par des patriotes. Les identifications vont être longues car les victimes sont françaises, polonaises, turques et arméniennes : on y trouve trois résistants drômois de la compagnie Maisonny capturés par les Allemands le 13 juin à Bourg-lès-Valence à la suite d'un sabotage de la voie ferrée. René Augoyat, 40 ans, préparateur en pharmacie, Antoine Planas, 29 ans, agriculteur de Bourg-lès-Valence et Fernand Sibert, 23 ans, de Valence.

15 août, Boutemy, le préfet régional du gouvernement de Vichy obtient l'assurance de l'autorité allemande que les détenus de la prison Montluc vont être libérés. Mais les exécutions massives de détenus, les 17, 18, 19 et 20 août, contredisent rapidement pareil engagement. Le sort des internés de Montluc, un millier environ, devient l'une des préoccupations essentielles de l'autorité de la Résistance. Yves Farge, nommé par de Gaulle Haut Commissaire de la République pour la région Rhône-Alpes en avril 1944, Maurice Bourgès-Maunoury, délégué du BCRA (Bureau central de renseignement et d'action) et Jacques Maillet, délégué du gouvernement provisoire pour la zone sud, apprennent que le colonel Knap, commandant de la police allemande, a donné l'ordre d'exécuter tous les prisonniers de Montluc. Aussitôt ils rédigent une lettre qu’ils font porter au président de la Croix-Rouge, au consul de Suède et au préfet régional du gouvernement de Vichy : ils leur demandent de faire savoir aux autorités allemandes que la vie des 752 prisonniers allemands pris en Haute-Savoie dépendra du sort des patriotes français enfermés à Montluc.

9. Entre le 17 et le 21 août, 109 prisonniers de Montluc sont exécutés au terrain d’aviation de Bron Le 15 août 1944, les bombardements aériens des Alliés occasionnent des dégâts importants à l'aérodrome de Bron. Deux jours plus tard, le 17 août, 50 détenus de la Baraque de la prison Montluc sont conduits par carmions à l'aérodrome pour des travaux de terrassement et de désamorçage d'engins non éclatés. Le soir, à la fin du travail, les prisonniers sont entassés dans des camions. Ordre est donné de les conduire sur un autre chantier, où personne n'a jamais travaillé. Tous disparaissent sans laisser de trace.
Le lendemain, 23 nouveaux détenus de la Baraque sont retirés du chantier et embarqués sur un camion, à coups de cravache et de crosse de fusil pour aller "faire de la musique". Eux aussi disparaissent. Le 21 août, d'autres exécutions ont lieu sur l'aérodrome, semble-t-il du fait de miliciens, agissant peut-être sur l'ordre des Allemands.
Après la Libération, des anciens, requis pour le déblaiement de l'aérodrome, découvrent des cadavres dans des entonnoirs de bombe. La police et le Parquet, aussitôt alertés, ordonnent une enquête. 109 cadavres, dont 72 juifs, sont dégagés, entassés pêle-mêle dans 5 fosses.
Citons les Drômois identifiés :
Léon Gabay, 57 ans, né en Turquie, habitant Valence, résistant.
Maxime Liliental, 47 ans, ingénieur chimiste, commerçant.
Alphonse Marx, 68 ans, employé de mairie.
Paul Savinas, 47 ans, employé de la SNCF, à Valence, membre du Parti communiste, effectuait des liaisons et transportait des tracts.
André Blanc, 32 ans, directeur d'école à Saint-Marcel-lès-Valence, otage pris le 17 août en représailles à une attaque contre un train de munitions : le signal de l’attaque avait été donné au sifflet, or il avait dans sa poche le sifflet servant à rassembler ses élèves pour l’entrée en classe. Une école de Saint-Marcel porte son nom.
Albert Catz, juif né en 1912, 32 ans, chirurgien-dentiste à Troyes (Aube), puis dans la Drôme, arrêté le 7 juin 1944 à Valence.
Henri Gonnin, de Pont-d'Isère, d’Anneyron ou de Valence.
Charles ou Paul Schwartz, de Valence.

10. Le dimanche 20 août 1944, en début de matinée, environ 120 détenus de Montluc sont odieusement massacrés à Saint-Genis-Laval. Moins de 15 jours avant la libération de la ville de Lyon, alors que le second débarquement a eu lieu cinq jours plus tôt sur les côtes de Provence et que la défaite de l'Allemagne est inexorable, deux cars bondés encadrés par cinq ou six voitures amènent ces hommes et femmes au fort militaire désaffecté de Côte Lorette, à la sortie de Saint-Genis-Laval. Les Allemands, aidés par dix ou douze Français, entassent les prisonniers dans la maison inoccupée du gardien. Alors la fusillade commence, elle durera près de trois quarts d'heure : les détenus sont abattus par des salves intermittentes. Puis les tortionnaires placent des explosifs dans les différentes pièces et mettent le feu. Mêlés aux décombres, la plupart des corps, calcinés, sont méconnaissables. Des funérailles solennelles sont organisées le 23 août (les Allemands sont encore là) en présence de toute la population locale. Une immense tombe abrite les cendres des victimes.
Parmi celles-ci, on relève :
Louis Carbonel, 45 ans, charcutier à Valence, pris comme otage le 24 mai 1944 à la place de son fils.
Francisque Paye, né à Belley (Ain), 40 ans, employé à la gare de Valence, habitait rue Faventines, arrêté le 19 juillet 1944 sur son lieu de travail.
Le colonel Paul Lanoyerie (« Mont-Blanc »), marié, 50 ans, originaire de Valence, qui, bien que blessé durant la Première Guerre mondiale et mis en retraite en 1931, participe aux combats de mai-juin 1940 dans l’Ain. Dès 1941, il commence à apporter son aide à la résistance. Après sa rencontre avec le général Cochet, Frenay et Jean Moulin, il participe à l’action du mouvement Combat. Il contribue à créer le réseau Gallia dont il devient le chef-adjoint, responsable pour la région grenobloise. Il fait imprimer à Lyon des tracts rapportés dans la Drôme ensuite. Il est arrêté avec son épouse le 4 août 1944 au PC de l’état-major régional de Lyon. Son épouse Suzanne, également enfermée à Montluc, sera libérée le 24 août.
Jean Loubet (« Lepage »), né à Valence, 23 ans en 1943. rédacteur en chef à la préfecture de la Drôme. Dès 1941 il participe à la fabrication de faux papiers. Il subtilise le tampon de la préfecture de la Drôme et se procure des tampons de 9 départements ; la mairie de Valence lui fournit des cartes d'alimentation. Il contribue à l’impression de tracts pour des usines de Valence. Il organise le NAP du département dès janvier 1943 avec son cousin France Bastiat et en devient le chef départemental. En septembre 1943, membre du réseau Nestlé-Andromède, il se charge de la surveillance de Valence. En quelques mois il organise tout un réseau qui le reliait aux PTT, SNCF, Ponts & Chaussées, office du travail, trésorerie, services agricoles, police, gaz et électricité et à la préfecture. il fait partie du Comité départemental des MUR qu’il a contribué à créer en juillet 1943. Il participe à une réunion pour faire une unité de la Résistance fin 1943 avec Bouchier et de Saint-Prix. Jean Loubet aide le groupe de Roger Maisonny à organiser les premiers départs pour les coupes de bois dans le Nyonsais et dans les premiers camps du Vercors et des Glières. Il participe en outre à quelques coups de main : avec ses camarades, ils dérobent en janvier 1944 la totalité des fiches de recensement départemental des jeunes gens désignés pour le STO et les jettent au Rhône. Les jeunes avaient trois mois de sursis. Avec l'aide d’un complice, Jean Loubet cambriole le commissariat central de police et rafle en plein jour, à l'heure du déjeuner, le dossier des suspects. Il échappe de justesse à une arrestation par la Milice le 24 février 1944. Il est affecté à Lyon au PC du réseau Nestlé-Andromède comme chargé de mission, ce qui l’amène à effectuer huit voyages à Londres. Il est arrêté dans un café à Lyon le 8 août 1944 par un inspecteur de police valentinois milicien en compagnie de Mme Sarron, également du réseau NAP.

11. Le 23 août, dans la nuit, quatre résistants sont fusillés par les Allemands à Limonest (Rhône). On est à la veille de la libération de la prison de Montluc, les quatre détenus sont conduits vers minuit au lieu-dit Le Puy-d'Or, sur la commune de Limonest. Tous quatre sont assassinés dans un pré, en bordure de la route nationale 6. Parmi eux, Gustave André, né à Chabeuil, 35 ans, instituteur à Chabrillan, marié et père de famille. Adjoint de Revesz-Long, il travaillait pour le BCRA, comme inspecteur des radios des réseaux Actions de la France combattante, et inspecteur des transmissions et du renseignement pour la zone Sud, s'attachant à coordonner les liaisons entre les radios et l'état-major de Londres. Arrêté sur la dénonciation d’une lingère à Lyon le 6 juillet 1944, il sera emprisonné à Montluc. Torturé, il ne parlera pas et sera exécuté par la Gestapo à Limonest. Nommé Compagnon de la Libération.

À cette très longue liste de fusillés, il convient d’ajouter des victimes drômoises pour lesquelles nous manquons de précisions quant au lieu et à la date de leur exécution :
Henri Vabre, 30 ans, de Malataverne, fusillé à Montluc le 17 août 1944 sur le lieu d’un sabotage commis la veille.
Aurel Aisenberg, de Valence, fusillé à Montluc le 20 août 1944.
Kervorian, de Montboucher, fusillé par la Gestapo le 11 août 1943 place Bellecour à Lyon.
André Ogier ou Oger, de Valence, fusillé à Lyon le 5 juin 1944.

Les massacres de détenus de Montluc se poursuivent donc. Le commandant Koenig et son lieutenant décident de barrer les rues donnant accès à la prison avec des FFI armés afin d’empêcher tout transfert de détenus.
Le 24 août, des hommes sont envoyés pour parlementer avec le commandant allemand de Montluc. Celui-ci accepte d’ouvrir la prison à condition que ses hommes et lui puissent quitter les lieux sans être inquiétés. A 21 heures 30, les Allemands quittent la prison dont ils ferment la porte. Le groupe-franc FFI la défonce à l'aide de madriers et libère les prisonniers. Le 25 août au matin, le drapeau tricolore flotte sur la terrasse de Montluc, alors que la ville de Lyon ne sera libérée que le 3 septembre.
800 otages qui risquaient d'être exécutés sont sauvés in extremis.


Auteurs : Robert Serre
Sources : AN, BCRA, 3AG2/478-171Mi189. ADD, 9 J 7, 132 J 1, 132 J 30, 133 J 62, 1920 W, J 680. Commissariat de la République (région Rhône-Alpes), Mémorial de l’Oppression (fascicule 1), Lyon 1945. Archives du Musée de la Résistance nationale, Champigny. Marcel Ruby, Résistance et contre-résistance à Lyon et en Rhône-Alpes, Horvath, Lyon 1995. Permezel, Résistants à Lyon. Pour l'Amour de la France. Pons, De la Résistance à la Libération. Drôme Nord, terre d'asile et de révolte. De Lassus/Saint-Prix, Combats pour le Vercors et pour la liberté. Poujol, Protestants dans la France en guerre. J.-N. Couriol, Plan-de-Baix, histoire et tourisme. Pk Martin, thèse. La Picirella, Témoignages sur le Vercors. Gerland. Lucien Micoud, Nous étions cent cinquante maquisards. L.F Ducros, tome 2. Granet/Michel, Combat. Dominique Veillon, Franc-Tireur, Henri Faure, Étais-je un terroriste ? yadvashem.org. La Voix populaire de la Drôme du 23 août 1947. Le Lien, organe de la communauté Boimondau, n° 25, 15 juillet 1945, n° 34 du 15 mars 1946. Terre d'Eygues n°13. Journal la Drôme (ex Le Pontias, Nyons), 3 et 17 décembre 1944. Bulletin des CVR Drôme, n°6, 2e trimestre 1991 n°9, 1er trimestre 1992. Bulletin municipal Livron, août 1984, article de Jean-Pierre Bernard. Raymond Tracol, Souvenirs, manuscrit. Plaques, stèles, monuments sur les lieux de massacre et les communes d’origine des victimes (Chabeuil, Chabrillan, Valence, Bourg-lès-Valence, Vaunaveys, Solérieux, Taulignan, Grignan, Saint-Didier-de-Formans, Plan-de-Baix, Poste de Valence, Génas (Rhône), Livron, Malataverne).