"Opérations sous-marines et missions"

Le ravitaillement de la Résistance corse se fait par des sous-marins partis d'Alger qui, entre décembre 1942 et septembre 1943, touchent quatre zones du littoral corse et y débarquent des armes légères, des munitions, des techniciens avec leurs postes radio émetteurs-récepteurs, des agents des services de renseignement ainsi que des fonds. Le sous-marin français Casabianca accomplit le plus grand nombre de ces opérations. C'est de son bord que débarquent à Ajaccio, après les événements du 9 septembre, 109 hommes du Bataillon de choc venus soutenir les patriotes corses contre les Allemands. Dans les jours suivants, les premières unités de surface, le Fantasque et le Terrible, arrivent au port d'Ajaccio. 

Les premières missions vers la Corse sont le fruit d'un travail de renseignement mis sur pied par de Gaulle. En mars 1941, le Corse Fred Scamaroni - engagé dans les FFL depuis juin 1940 - effectue son premier voyage, durant lequel il parvient à rencontrer le sénateur Paul Giacobbi en octobre : les tout premiers contacts entre Alger et l'Ile de Beauté sont noués. Le réseau des FFL, qui opère sous les ordres d'Achille Peretti, d'Archange Raimondi et de Scamaroni, s'appelle "R 2 Corse". Ses objectifs sont le recueil de renseignement politique et militaire, avec transmission régulière à Londres, en vue de la préparation d'un débarquement allié en Corse, ultérieurement. Scamaroni retourne en Corse en janvier 1942, où les premiers repérages de terrains propices à des parachutages sont effectués.

De son côté, le général Giraud - sans en avoir informé de Gaulle - avait demandé au général Juin d'étudier la possibilité d'un débarquement en Corse, qu'il planifiait pour juin 1943. Dans cette optique, il met sur pied une mission, en partenariat avec les services américains de l’OSS (Office of Strategic Services) et l'Intelligence Service (IS) britannique, la mission Pearl Harbor. Le débarquement des membres de la mission a lieu dans la nuit du 14 au 15 décembre 1942, dans l’anse de Topiti, entre Porto et Cargèse. Sous les ordres du commandant Roger de Saule, un agent secret belge, l'équipe compte quatre autres hommes : l'agent de l’OSS « Fred Brown » et trois Corses, Laurent Preziosi et deux cousins, Toussaint et Pierre Griffi. 

Les membres de la mission Pearl Harbor ont posé comme principe que les étiquettes politiques ne seraient pas prises en compte. Ils cherchent l’appui du Front national corse. Ils savent l’indépendance du commandant en chef des troupes d’Afrique du Nord par rapport à celui de la France libre. Sans exclure une future union de toutes les forces résistantes, ils privilégient dans le court terme la coordination des Résistances locales, - Résistance communiste comprise -, et la préparation à une lutte armée. C'est ce qui va expliquer le succès des contacts pris, en particulier avec Nonce Benielli et Arthur Giovoni. En février 1943, leurs réseaux du nord, de Corte et du sud seront constitués, et les livraisons d'armes attendues - 450 mitraillettes et 60 000 cartouches - leur seront pour partie réparties.

Entre-temps, parvenu à convaincre de Gaulle de l’opportunité de travailler à la future libération de l’île dont il a saisi toute l’importance stratégique, Scamaroni débarque une troisième fois, en baie de Cupabia, près de Propriano, dans la nuit du 6 au 7 janvier 1943 : c'est la mission Sea Urchin (Oursin de mer), conjointement organisée par le BCRA et le SOE (Special Operations Executive). Il est accompagné du radio Jean-Baptiste Hellier et de l'instructeur en armement britannique Jickell. Leur mission consiste à organiser la Résistance insulaire et à la placer sous l'autorité du général de Gaulle. Les résistants corses ne sont toujours pas considérés autrement que comme une force d'appoint aux futures troupes de débarquement. La mission est difficile : aucune équipe d'accueil n'est présente, à l'exception de patriotes corses prêts à aider à titre individuel, tels Jean Zuccarelli et François Giacobbi. L’entente avec le Front national est impossible en raison des désaccords sur le projet insurrectionnel et du refus des principaux dirigeants de se soumettre au chef de la France combattante. Cependant, victime de la délation, le réseau sera démantelé en mars 1943 et la plupart des dirigeants, dont Scamaroni, seront arrêtés.

Du 4 au 7 février 1943, le Casabianca débarque la mission Auburn, venue étoffer les effectifs de la mission Pearl Harbor : l'adjudant Bozzi et l'opérateur radio Chopitel, dit "Tintin" sont débarqués.

Les 10 et 11 février 1943 est débarquée du HMS Saracen la mission Frederick, dirigée par l'opérateur radio Guy Verstraete, qui poursuit l'objectif de renseigner les Alliés sur les forces italiennes occupant la Corse depuis le 11 novembre 1942. 

Les 10 et 11 mars 1943, le Casabianca débarque dans l'anse d'Arone un instructeur et un radio, tous deux français, puis rembarque Laurent Preziosi et Toussaint Griffi. 

A Alger, le capitaine de gendarmerie Paulin Colonna d’Istria est prêt à relever le commandant de Saule, dans le cadre de la mission "Paul Cesari", continuation de l'opération Pearl Harbor qui débute dans les premiers jours d'avril. Il est débarqué par le sous-marin britannique le Trident sur la côte est.

Enfin, à compter du 13 septembre, c'est le déclenchement de l'Opération Vésuve, nom de code donné au débarquement des troupes venues d'Algérie pour prêter main forte aux patriotes. Débarquent les soldats du bataillon de Choc du colonel Gambiez, bientôt rejoints par le 1er régiment de tirailleurs marocains, des spahis ainsi que des éléments de l'artillerie et du Génie. L'opération Vésuve se déroulera jusqu'au 4 octobre 1943, date de la libération totale de la Corse.

Le quart environ des armes envoyées en Corse a transité par la voie maritime, le reste par voie aérienne et par parachutages. 
Les agents débarqués en Corse y courent de graves dangers, car il sont passibles de l'inculpation d'espionnage. Les radios et les responsables des missions sont parmi les plus exposés. Plusieurs de ces hommes sont arrêtés, torturés, comme Fred Scamaroni, et parfois condamnés à mort comme le radio Pierre Griffi.

Les risques sont grands aussi pour les équipes de réception qui ont à récupérer les caisses d'armes (surtout des mitraillettes Sten et des cartouches, et, le 6 septembre 1943, des fusils anti-chars). Avec les armes arrivent aussi des secours en vivres et en argent, car l'île manque de tout. Les caisses sont cachées dans des dépôts à proximité du lieu de débarquement avant d'être acheminées, le plus souvent à dos de mulets, vers les villages proches comme Casta dans les Agriates, et, de là, écoulées parfois en camion vers l'intérieur et les villes dans une région où l'on compte près d'un occupant pour deux habitants. Il faut du temps et l'aide des villageois, comme en juillet 1943, de Saleccia à Casta, puis à Calamicorno et à Lento : au total, presqu'un mois pour que les caisses soient distribuées. 

Auteur(s) : Département AERI
Source(s) :

CHAUBIN Hélène, Corse des années de guerre 1939-1945, Editions Tirésias-AERI, Paris, 2005

CHAUBIN Hélène, La Corse à l'épreuve de la guerre 1939-1943, Editions Vendémiaire, Paris, 2012

Sir Brooks Richards, Flotilles secrètes. Les liaisons clandestines en Corse et en Afrique du Nord 1939-1945, Ed. MDV, 2001.

CHOURY Maurice, La Résistance en Corse, "tous bandits d'honneur !", préface d'Arthur Giovoni, Editions sociales, Paris, 1958.

AERI, La Résistance en Corse, 2e édition, Paris, 2007.

Plan de l'expo

Crédits

Bibliographie