Germaine Tillion

Née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire), ethnologue, Germaine Tillion anime sous l'Occupation l'Union nationale des combattants coloniaux au sein de laquelle elle se livre à des actions de résistance (propagande, évasion, renseignement). Elle est en contact étroit avec le réseau du Musée de l'Homme. Arrêtée le 13 août 1942 et déportée le 31 octobre 43 à Ravensbrück, elle sera rapatriée le 11 juillet 1945. Germaine Tillion constitue dans l'après-guerre une abondante documentation sur la Résistance et la Déportation. Elle devient directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études en 1956. Germaine Tillion est décédée le 19 avril 2008 à Saint-Mandé

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Les années d'avant-guerre haut ▲

Germaine Tillion est née le 30 mai 1907 à Allègre, petite ville située entre le Puy et La Chaise-Dieu, en Haute-Loire. Bourguignonne par son père et auvergnate par sa mère, elle grandit dans un milieu bourgeois, intellectuel et catholique. Son père, magistrat, meurt d'une pneumonie en 1925 laissant à sa femme Emilie la charge de leurs deux filles, Germaine et Françoise, sa cadette de deux ans. Emilie Tillion travaille alors chez Hachette où elle a créé et dirige une collection illustrée sur les régions de France et les pays d'Europe. Après ses études secondaires, Germaine Tillion s'intéresse à la préhistoire, à l'archéologie et à la psychologie avant d'opter finalement pour l'ethnologie en suivant les cours de Marcel Mauss à la Sorbonne (Institut d'ethnologie), à l'Ecole des Hautes Etudes et au Collège de France ; parallèlement, elle s'inscrit aussi à l'Ecole des langues orientales. Mauss l'oriente vers le monde berbère et en 1934, grâce à une bourse de l'International Institute of African Languages and Cultures, elle part pour une première mission d'étude au cœur de l'Aurès, dans le Sud algérien, à quatorze heures de cheval du premier administrateur colonial. Elle passera au total six années sur ce terrain montagneux à étudier les populations berbères "Chaouïas" au cours de quatre missions scientifiques successives (les deux dernières lui sont confiées par le CNRS) entre 1934 et 1940, entrecoupées en 1938 d'un séjour en France où elle fréquente assidûment la bibliothèque du Musée de l'Homme dirigée par Yvonne Oddon avec qui elle se lie d'amitié. 

Le réseau dit du Musée de l'Homme haut ▲

En mai 1940, alors que sa quatrième mission s'achève, elle quitte l'Algérie et rentre en France. C'est en pleine débâcle qu'elle rejoint Paris le 9 juin 1940. Refusant immédiatement l'armistice, elle cherche tout de suite à se rendre utile. Elle fait alors, par hasard, la connaissance de Paul Hauet, colonel en retraite de 73 ans, qui brûle lui aussi d'agir. Ensemble, ils reprennent une association d'entraide moribonde, l'UNCC (Union nationale des combattants coloniaux) qui, officiellement, porte assistance aux prisonniers de guerre originaires d'outre-mer en leur faisant parvenir lettres et colis et en recrutant des marraines de guerre qui correspondent bénévolement avec eux. Mais derrière cette façade caritative se cache vite un actif centre de la Résistance à l'occupant qui recense les camps de prisonniers de guerre coloniaux, met sur pied des filières d'évasion, se lance dans la contre-propagande à destination des milieux d'outre-mer ou encore collecte de petits renseignements militaires. Dès l'automne 1940, l'UNCC, qui travaille déjà avec d'autres noyaux aussi bien à Paris qu'en province (Metz, Bordeaux, Blois), entre en contact d'une part avec un vieil ami de Hauet, le colonel de La Rochère qui fédère plusieurs groupes, et d'autre part avec le trio Vildé-Lewitsky-Oddon, tous trois employés du Musée de l'Homme et qui ont mis sur pied une organisation. Entre ces différents secteurs s'ébauchent des liens qui concernent surtout la collecte et la transmission de renseignements. Une nébuleuse complexe et éclatée qui prendra, après-guerre, le nom de réseau du Musée de l'Homme, se forme. 

Arrestation et incarcération haut ▲

Après les arrestations (printemps 1941) et le procès (janvier et février 1942) des pionniers du Musée de l'Homme, Tillion poursuit ses activités. En contact avec plusieurs organisations (parmi lesquelles les mouvements Valmy et CDLR de son ami Jacques Lecompte-Boinet, le réseau anglais de renseignement Gloria SMH…), elle joue un rôle déterminant d'interface et d'échangeur mettant en relation les uns et les autres. A l'été 1942, elle est victime d'une trahison. L'abbé Robert Alesch, vicaire de la Varenne et agent de l'Abwehr (fusillé en janvier 1949), est parvenu à s'infiltrer au sein de Gloria SMH. Il est responsable des très nombreuses arrestations qui frappent ce réseau. Connue d'Alesch pour l'avoir rencontré plusieurs fois, Germaine Tillion est interpellée gare de Lyon à Paris le 13 août 1942. Incarcérée à la prison de La Santé pendant deux mois, elle est ensuite transférée à Fresnes où elle reste un an. C'est là qu'elle apprend, en janvier 1943, que sa mère Emilie a été arrêtée. Ceux qui travaillaient à ses côtés et restent libres se dispersent : certains intègrent CDLR et Manipule de Jacques Lecompte-Boinet alors que d'autres passent sous le contrôle de Hauet. Grâce à son amie Marcelle Monmarché qui lui fait parvenir du linge et des colis, elle reçoit des informations sur le cours de la guerre, communique à l'extérieur les nouvelles de la prison et fait passer des directives. 

Déportée à Ravensbrück haut ▲


Cinq chefs d'inculpation sont retenus contre elle (parmi lesquels espionnage et aide aux ennemis de l'Allemagne) mais elle est finalement déportée sans jugement à Ravensbrück comme NN le 31 octobre 1943. Sa mère la rejoint le 31 janvier 1944 et sera assassinée le 2 mars 1945 dans la chambre à gaz du camp à la suite d'une sélection. Pendant les 17 mois qu'elle passe en déportation, elle enquête sans relâche sur le système concentrationnaire nazi, dresse des organigrammes de SS et des listes des déportées françaises, camoufle des documents (en particulier des photos des expériences médicales sur les cobayes humains)… Le 23 avril 1945, elle fait partie des 300 Françaises miraculeusement libérées par Himmler et remises à la Croix-Rouge suédoise. Après quelques semaines passées en Suède, elle est rapatriée en France par avion le 11 juillet 1945. 

L'après-guerre haut ▲

Seul chef de secteur ayant survécu, elle prend naturellement en charge la liquidation administrative de son organisation de Résistance qu'elle homologue, en hommage aux morts et à ses camarades ethnologues tombés les premiers, sous le nom de réseau Musée de l'Homme-Hauet-Vildé, réseau reconnu par la France combattante. Pendant près de dix ans, elle consacre l'essentiel de son temps à constituer une abondante documentation sur la Résistance et la Déportation (y compris sur les camps soviétiques) et à témoigner ; membre fondateur de l'ADIR, elle participe à la Commission du Livre Blanc sur l'Histoire de l'Internement et de la Déportation (1945) et représente les déportées françaises aux procès de Hambourg (1947) et de Rastadt (1949-1950) qui jugent les responsables nazis de Ravensbrück. 

Retour en Algérie haut ▲

En 1954, les événements d'Algérie la ramènent dans un pays qu'elle avait quitté en 1940. Pendant trois ans, chargée de mission au cabinet de Jacques Soustelle, gouverneur général à Alger, elle se consacre à la lutte contre la misère en organisant, à travers la mise en place des centres sociaux, l'éducation des enfants et des adultes. Puis, à partir de 1957, alors que la lutte pour l'indépendance fait rage avec son cortège de violences, elle dénonce sans relâche la torture, l'arbitraire et les exactions d'où qu'elles viennent.
Directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études depuis 1959, elle a publié de nombreux ouvrages aussi bien sur la guerre d'Algérie (L'Algérie en 1957 et Les Ennemis complémentaires qui date de 1960), l'univers concentrationnaire (Ravensbrück dont les trois éditions paraissent en 1946, 1973 et 1988) et l'ethnologie (Le Harem et les Cousins en 1966 et Il était une fois l'ethnographie en l'an 2000).

Largement médiatisée depuis quelques années, décorée en 1999 de la Grand-croix de la Légion d'honneur, distinction suprême de la République, Germaine Tillion est décédée le 19 avril 2008 à Saint-Mandé.